Des médecins demandent à Legault de tenir compte des impacts sur la santé

Pour la direction de GNL Québec, le gaz naturel est au contraire un élément essentiel de la transition vers des énergies vertes.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Pour la direction de GNL Québec, le gaz naturel est au contraire un élément essentiel de la transition vers des énergies vertes.

Inquiets, 250 médecins et professionnels de la santé demandent au premier ministre François Legault de ne pas oublier la santé des Québécois en évaluant le projet de gaz naturel Énergie Saguenay de GNL Québec.

Ils ont publié jeudi une lettre ouverte dans La Presse pour lui demander de prendre en compte « les impacts négatifs » que ce gazoduc pourrait avoir sur la santé humaine, s’il devait voir le jour.

Ce ne sont pas que « de simples dommages collatéraux », est-il écrit dans la lettre.

Le projet dans son ensemble consiste en la construction d’un gazoduc de 750 km qui transporterait du gaz naturel de l’Ouest jusqu’à une usine de liquéfaction à Saguenay — donc en traversant le Québec — pour ensuite l’exporter à l’étranger par d’immenses navires, des méthaniers.

Les médecins et autres professionnels signataires font valoir trois principales préoccupations liées à ce projet.

D’abord, le transport et l’entreposage du gaz naturel par pipeline les inquiètent, « car il est hautement inflammable », a expliqué en entrevue la vice-présidente de l’Association québécoise des médecins pour l’environnement (AQME), Anne-Sara Briand, aussi médecin résident en santé publique et en médecine préventive. Ce gaz pose un risque pour les travailleurs, et aussi pour les communautés vivant autour des centaines de kilomètres de ce gazoduc projeté.

Et puis, ils s’opposent à la fracturation hydraulique, le procédé qu’ils supposent être celui qui sera utilisé car « la très grande majorité du gaz produit dans cette région est extrait par fracturation hydraulique », disent-ils, se basant sur un rapport de 2019 du CIRAIG (Chaire internationale sur le cycle de vie), commandé par GNL Québec.

« Il y a un momentum »

Selon la docteure Briand, il y a de plus en plus d’études qui font état de problèmes de santé liés à l’extraction du gaz naturel par fracturation hydraulique pour les populations vivant à proximité de telles installations : avortements spontanés, naissance de bébés prématurés, et certains cancers, a-t-elle expliqué. Cette fracturation n’aura lieu pas lieu au Québec, mais dans l’Ouest canadien.

Mais surtout, dit-elle, ce projet va augmenter les émissions de gaz à effet de serre (GES), qui ont un impact sur les changements climatiques.

« Dans ce contexte, le projet Énergie Saguenay est un non-sens : il participe au dérèglement climatique alors même que les menaces à la santé humaine qu’il laisse poindre sont de plus en plus tangibles », écrivent les 250 professionnels.

Par cette lettre, « on veut signifier au premier ministre notre opposition au projet », a dit Anne-Sara Briand.

Celle-ci est transmise au premier ministre maintenant, à l’aube des audiences du BAPE (Bureau d’audiences publiques sur l’environnement), « pour qu’en plus des impacts sur l’environnement, l’aspect’santé’soit considéré », dit la docteure qui est membre de l’AQME.

« Nous, on est convaincus que l’environnement et la santé vont de pair ».

L’AQME a d’ailleurs l’intention de faire des représentations au BAPE. Les audiences débuteront le 16 mars à Saguenay.

Il y a à peine deux semaines, un autre groupe de plus de 175 médecins, experts et professionnels de la santé ont demandé au gouvernement fédéral de rejeter le projet de mine de sables bitumineux Teck Frontier en Alberta. Peu après, un groupe de Prix Nobel leur ont emboîté le pas.

Quelques jours plus tard, l’entreprise a annoncé renoncer au projet.

Les médecins québécois espèrent-ils un résultat semblable ?

« Il y a un momentum », a répondu Dre Briand.

La semaine dernière, François Legault a déclaré que pour aller de l’avant, le projet de gaz naturel liquéfié GNL Québec devra obtenir non seulement l’aval de la communauté, mais aussi l’aval des communautés autochtones.

Pour la direction de GNL Québec, le gaz naturel est au contraire un élément essentiel de la transition vers des énergies vertes. Se basant sur l’analyse du CIRAIG, le promoteur soutient entre autres qu’Énergie Saguenay produira 84 % moins de GES qu’une usine équivalente aux États-Unis.