Le coût prohibitif des revues scientifiques dénoncé par des professionnels de la santé

«Un article peut coûter [de 47 $ à 67 $ canadiens]», indique Denis Pelletier, président de l’Ordre professionnel de la physiothérapie du Québec.
Photo: iStock «Un article peut coûter [de 47 $ à 67 $ canadiens]», indique Denis Pelletier, président de l’Ordre professionnel de la physiothérapie du Québec.

Après des bibliothèques universitaires et des scientifiques, c’est au tour de professionnels de la santé de dénoncer le coût prohibitif des publications des revues scientifiques en ligne.

« Un article peut coûter de 35 à 50 $ US [de 47 $ à 67 $ canadiens], dit Denis Pelletier, président de l’Ordre professionnel de la physiothérapie du Québec. C’est énorme. »

Il n’est donc pas facile, dans ce contexte, de se tenir à jour dans son champ d’expertise. « Prenez l’exemple d’un clinicien travaillant en région, qui n’a pas accès nécessairement à des universités à proximité, ça devient un exercice très coûteux. »

C’est pour faciliter la vie de ces travailleurs que 11 ordres professionnels du domaine de la santé et des services sociaux, dont celui de la physiothérapie, ont participé à un projet-pilote, en collaboration avec les grands éditeurs Elsevier et Wolters Kluwer, au cours de la dernière année. Leurs membres ont eu un accès gratuit à des centaines de revues scientifiques pendant deux périodes de deux mois chacune.

« Ce fut un succès monstre chez nous », dit Denis Pelletier. Plus de 1200 des 8000 membres de l’Ordre professionnel de la physiothérapie du Québec ont consulté des articles. Quelque 1400 articles ont été téléchargés gratuitement.

Malgré tout, aucune entente n’a pu être conclue avec les éditeurs. Le prix de l’abonnement proposé était trop cher. « L’accès à 10-15 revues nous aurait coûté environ 80 000 $, selon la sélection retenue, précise Denis Pelletier. Et ça, c’était le forfait de publications minimal. »

Prenez l’exemple d’un clinicien travaillant en région, qui n’a pas accès nécessairement à des universités à proximité, ça devient un exercice très coûteux.

Denis Pelletier trouve « désespérante » cette « situation de monopole » des éditeurs de revues scientifiques. « Ces maisons n’y sont pour rien dans la production de la recherche, en grande partie financée par les fonds publics », dit-il. Or, le coût de leurs abonnements ont explosé depuis une quinzaine d’années.

La présidente de l’Ordre professionnel des diététistes du Québec, qui a pris part au projet-pilote, déplore aussi ce manque d’accès des professionnels aux résultats scientifiques. « Les résumés des articles sont disponibles en ligne, mais c’est loin d’être complet, remarque Paule Bernier. Ce qui est important, ce sont les détails de l’étude : la méthodologie, l’échantillon, etc. »

Consortium universitaire

Dans le réseau public, des professionnels ont accès à des banques de données et à des publications électroniques, grâce à la mise en place d’un consortium par le Réseau universitaire intégré de santé et de services sociaux de l’Université de Montréal.

Actuellement, 28 des 34 établissements de santé, CIUSSS et CISSS du Québec bénéficient de cette initiative, selon le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS).

« Les démarches sont en cours afin d’intégrer les établissements non membres du consortium », écrit, dans un courriel, le porte-parole du MSSS, qui finance une partie de ce projet à la hauteur de 110 000 $ par année, une somme non récurrente.

À l’Ordre professionnel de la physiothérapie du Québec, la moitié des membres travaillent dans le secteur public. Ils profiteront donc des ressources électroniques du consortium.

Quant aux cliniciens du privé, l’Ordre travaille actuellement à l’élaboration d’outils visant à les aider à faire des recherches efficaces en ligne, tout en continuant à leur offrir de la formation continue.

Paule Bernier, elle, souhaite que les universités permettent à leurs diplômés de consulter les banques de données électroniques de leurs bibliothèques depuis leurs bureaux ou leur clinique.

Pour le moment, les professionnels de la santé peuvent se rabattre vers les revues en libre accès, qui gagnent en popularité. Il y a un mois, le Journal de l’Association médicale canadienne a retiré le verrou d’accès payant à son édition hebdomadaire sur Internet. Le nouveau contenu est désormais accessible en ligne et les anciens numéros le seront aussi à partir du 1er mars.