Des organismes de santé publique réclament plus de restrictions au vapotage

<p>Cet appel à resserer la réglementation sur la cigarette électronique intervient alors que l’on vient de signaler un cas de maladie grave à London, en Ontario.</p>
Photo: Robert F. Bukaty Associated Press

Cet appel à resserer la réglementation sur la cigarette électronique intervient alors que l’on vient de signaler un cas de maladie grave à London, en Ontario.

Huit organismes qui luttent pour la santé des Canadiens demandent au gouvernement fédéral d’adopter d’ici la fin de l’année des mesures urgentes pour traiter le vapotage comme le tabagisme.

Ces organisations demandent l’adoption rapide d’un décret provisoire pour mettre un terme au marketing des produits de vapotage, limiter les arômes disponibles et réglementer la teneur en nicotine.

La coalition soutient qu’étant donné les délais encourus habituellement pendant et après un scrutin, « la seule façon de mettre en place des mesures de protection pendant l’année en cours est de prendre un arrêté d’urgence en vertu de la Loi sur le ministère de la Santé ». Ces groupes affirment que tout délai augmentera les risques pour les Canadiens et ils demandent aux partis fédéraux de s’engager à adopter un décret provisoire dans les 60 jours suivant la formation du prochain gouvernement.

Cette coalition comprend notamment l’Association médicale canadienne, la Société canadienne du cancer, l’Association pulmonaire du Canada, Coeur et AVC, la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac et les Médecins pour un Canada sans fumée.

Cet appel intervient alors que l’on vient de signaler un cas de maladie grave liée au vapotage à London, en Ontario.

« Même en faisant abstraction des récents rapports tragiques qui ont établi que des décès et des maladies respiratoires aiguës ont été causés par le vapotage, il a été démontré que ces produits augmentent le risque de maladies cardiovasculaires, d’altération du développement cérébral chez les adolescents et d’issues défavorables de la grossesse », a rappelé Cynthia Callard, directrice générale de Médecins pour un Canada sans fumée.

Un sondage réalisé pour Santé Canada, publié cette année, a révélé qu’un élève du secondaire sur cinq déclarait utiliser des produits de vapotage ; chez les jeunes de 13 et 14 ans, ce taux était d’un sur sept.

« Cette crise est le résultat d’une réglementation inadéquate et d’un marketing irresponsable, estime Flory Doucas, codirectrice de la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac. L’assouplissement des règles par le gouvernement l’an dernier a permis aux fabricants de tabac et de nicotine d’inonder le marché de ces appareils accessibles aux jeunes en les rendant attrayants, savoureux et bon marché, et en les promouvant dans les médias sociaux, à la télévision et par d’autres moyens qui rejoignent les jeunes. »

Davantage de cas aux États-Unis

L’épidémie de maladies pulmonaires liées au vapotage continue aux États-Unis, le nombre de cas passant de 380 à 530 dans le pays, avec un nombre inchangé de sept décès, selon le dernier bilan communiqué jeudi par les autorités sanitaires.

Plus de la moitié des malades ont moins de 25 ans, et les trois-quarts sont des hommes, a annoncé Anne Schuchat, des Centres de contrôle et de prévention des maladies. 16 % des malades ont moins de 18 ans.

Les laboratoires d’analyse de l’agence des médicaments FDA sont en possession de plus de 150 échantillons suspects, mais n’ont toujours pas identifié la ou les substances responsables de ces maladies pulmonaires aiguës, a expliqué Mitch Zeller, directeur du centre pour le tabac à la FDA.

« Il n’y a pas de dénominateur commun sur le ou les produits utilisés, comment ils sont utilisés, où ils ont été achetés, et ce qui a pu se passer entre le moment où l’utilisateur les obtient et celui où il est vaporisé et inhalé », a insisté Mitch Zeller.

Les enquêteurs sont très prudents sur la cause possible des maladies, que ce soit une marque, un produit, ou une source.

Dans de nombreux cas, les recharges impliquées contenaient du THC, le principe psychoactif du cannabis. Ces recharges sont achetées la plupart du temps à des dealers dans la rue ou sur Internet, puisque le cannabis reste illégal dans une partie des États-Unis.

Il peut aussi y avoir des recharges de contrefaçon, aux ingrédients mal contrôlés.

La FDA teste les échantillons pour identifier avec quoi la nicotine ou le THC ont été coupés, ainsi que les diluants, d’autres additifs, des pesticides, des poisons et des toxines.

Le bureau d’enquêtes criminelles de l’agence fédérale est désormais impliqué, a annoncé Mitch Zeller.

Les autorités sanitaires se sont rendu compte en juillet qu’il se passait quelque chose en lien avec le vapotage, en voyant arriver dans les hôpitaux beaucoup de jeunes gens souffrant de graves difficultés à respirer, de toux, de douleurs à la poitrine, voire de nausées.

La plupart ont déclaré avoir vapoté des liquides au cannabis, mais une partie dit n’avoir utilisé que des liquides à la nicotine.

Parallèlement, le Michigan et New York ont décidé d’interdire les cigarettes électroniques aromatisées, principalement car les arômes sont attractifs pour les jeunes. Les vapoteuses au tabac y restent autorisées.

L’Inde, en revanche, a interdit cette semaine toutes les cigarettes électroniques.

« C’est une enquête complexe, il ne faut pas s’attendre à des réponses définitives de façon imminente », a déclaré Anne Schuchat.

Avec l’Agence France-Presse