Faut-il craindre le retour de la rougeole?

Au Québec, de 90 à 95% des enfants sont vaccinés.
Photo: iStock Au Québec, de 90 à 95% des enfants sont vaccinés.

Des États-Unis à Madagascar, en passant par l’Ukraine ou la France, la rougeole ressurgit un peu partout dans le monde. À Montréal, sept cas ont été détectés depuis le début de l’année. Mercredi, la santé publique était en état d’alerte, cherchant les personnes qui auraient pu être contaminées par deux derniers cas : l’un avait reçu le vaccin, l’autre non. Les Québécois devraient-ils s’inquiéter ? Le Devoir fait le point avec deux spécialistes. Propos recueillis par Annabelle Caillou.

Alors que plusieurs pays occidentaux vivent une importante épidémie de rougeole, devrait-on s’inquiéter au Québec de voir les cas se multiplier dans les derniers mois ?

Ève Dubé, anthropologue et chercheuse à l’Institut national de santé publique du Québec.

Nos taux de vaccination pour la rougeole sont très, très bons, 90 à 95 % des enfants sont vaccinés au Québec. Mais la rougeole reste la maladie la plus contagieuse qu’on connaisse. Dès qu’il y a des poches de plusieurs personnes qui ne sont pas complètement vaccinées, c’est la première maladie que l’on voit ressurgir. Le dernier exemple à Montréal est parlant : les membres de la famille n’étaient pas vaccinés et ils ont voyagé en Europe, où il y a beaucoup plus de cas de rougeole qu’ici. Ils ont rapporté la maladie. D’où l’importance de se faire vacciner, [car] même au Québec, même avec tous les soins de santé qu’on a, la rougeole peut encore causer des complications. C’est un cas sur 3000 qui va en décéder. Le virus peut aussi rester latent et se réactiver plus tard, entraînant des séquelles importantes dans la vie.

Comment expliquer cependant qu’une personne vaccinée a pu contracter la rougeole à Montréal ?

Caroline Quach, pédiatre microbiologiste-infectiologue au Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine.

On le sait, la vaccination contre la rougeole n’est pas à 100 % efficace. Elle l’est à 90 % à la première dose, et autour de 95 à 97 % à la deuxième. Ça laisse 2 à 3 % de la population non protégée. De plus, il y a des gens qui ne sont pas vaccinés pour des raisons génétiques, d’autres l’ont été dans un autre pays où la chaîne de froid n’a pas été respectée, et le vaccin est alors moins performant. Pour pallier ces échecs vaccinaux, il faut que le reste de la population soit bien vacciné pour servir de bouclier. On estime que ça prend 94 % de la population protégée pour qu’il n’y ait pas de transmission. Et présentement, on se retrouve malheureusement avec de plus en plus de personnes qui refusent le vaccin.

Justement, pourquoi certaines personnes refusent-elles d’être vaccinées ?

È. D.

Contrairement à certains endroits, je ne pense pas qu’il y ait un mouvement antivaccin au Québec. Ce sont surtout des gens qui hésitent, inquiets des effets secondaires. Les vaccins sont victimes de leur succès : ils sont si efficaces qu’on ne perçoit plus les risques des maladies contre lesquelles on vaccine, et toute notre attention est concentrée sur les risques des vaccins eux-mêmes.

C. Q.

Les gens ont peur du vaccin contre la rougeole en particulier depuis cette étude, il y a plus de 20 ans, du docteur britannique Andrew Wakefield, qui faisait un lien entre le vaccin et l’autisme. L’étude était mal faite, frauduleuse, mais ça a quand même marqué la conscience collective. D’autres pensent que, compte tenu de nos bonnes conditions hygiéniques — de l’eau potable, une bonne nutrition —, la vaccination n’est plus nécessaire. Mais c’est faux. La rougeole est très contagieuse : un cas peut infecter en moyenne 16 autres personnes, ça va vite pour se propager. Il y a ensuite ceux qui pensent que les compagnies pharmaceutiques les manipulent pour se faire de l’argent. Mais c’est un vaccin qui ne coûte presque rien et qui est tellement protecteur…

Est-ce qu’obliger la population à se faire vacciner contre la rougeole serait une solution au problème ?

È. D.

La vaccination est obligatoire aux États-Unis, dans deux provinces au Canada — l’Ontario et le Nouveau-Brunswick — et dans d’autres pays en Europe. Quand on regarde nos taux de couverture vaccinale au Québec et les leurs, ça demeure comparable. Ici, on a plutôt opté pour des politiques de sensibilisation, d’information, d’éducation pour amener les gens à avoir davantage confiance dans les programmes de vaccination.

C. Q.

Je ne crois pas que l’obligation vaccinale permettrait de convaincre les indécis. Au contraire, quand on rend quelque chose obligatoire, ça éveille des soupçons. Les opposants vont encore plus se braquer. Il faut miser sur une communication ouverte, en discuter, être transparent pour que les gens fassent des choix éclairés.

1 commentaire
  • Gilles Bonin - Inscrit 18 mai 2019 08 h 25

    Mais

    certainement avec tout ce qui se dit de tordu sur le NET et la resurgeance du re;igieux, cette plaie sociale de tous les temps.