Un nouveau souffle pour le traitement de l'asthme

«L’asthme représente 30% des hospitalisations en pédiatrie. C’est énorme», relate Catherine Laprise, qui dirige la Chaire de recherche du Canada sur l’environnement et la génétique des troubles respiratoires et de l’allergie.
Photo: Didier Pallages Agence France-Presse «L’asthme représente 30% des hospitalisations en pédiatrie. C’est énorme», relate Catherine Laprise, qui dirige la Chaire de recherche du Canada sur l’environnement et la génétique des troubles respiratoires et de l’allergie.

Asthmatique un jour, asthmatique toujours ? Si l’expression tend à se démentir, il reste que des milliers de personnes au Québec sont incommodées par des symptômes sévères de l’asthme. Le secret pour leur venir en aide : la génétique. Au Québec, ce sont près de 600 000 personnes qui souffrent de cette maladie respiratoire de façon plus ou moins intense. Essoufflement, difficulté à respirer et toux persistante sont leur lot quotidien.

« Les gens ont souvent l’impression qu’on maîtrise la maladie parce que les patients n’en meurent pas », remarque Catherine Laprise, qui dirige la Chaire de recherche du Canada sur l’environnement et la génétique des troubles respiratoires et de l’allergie. « Pourtant, il y a encore le tiers des asthmatiques sévères qui ne répondent pas aux traitements qu’on leur propose. » Le poids que cette maladie occupe dans le système de santé est un défi supplémentaire. « L’asthme représente 30 % des hospitalisations en pédiatrie. C’est énorme. C’est l’une des pathologies les plus onéreuses en frais directs et indirects à la société. »

Pour ces patients fortement incommodés par l’asthme, l’espoir réside dans la génétique. Il y a 20 ans, la première équipe de recherche qui s’est intéressée à la question croyait avoir trouvé l’unique gène responsable de la maladie. « Depuis ce temps, il y en a plus de 300 qui ont été identifiés », s’exclame Mme Laprise, qui consacre ses recherches à l’identification de gènes associés à l’asthme à l’Université du Québec à Chicoutimi.

En ce moment, c’est la voie de traitement qui est sur toutes les lèvres. En ciblant un ou plusieurs gènes reconnus comme ayant un lien avec le développement de l’asthme, on pourrait bloquer son action ou entrer en compétition avec lui à l’aide de médicaments. Plusieurs compagnies pharmaceutiques sont déjà au travail. Le traitement le plus prometteur est l’anti-TSLP. Déjà, les premiers résultats montrent qu’il réussit à diminuer les symptômes de l’asthme dus à un allergène.

Les chercheurs rêvent d’ailleurs d’un traitement basé sur les particularités génétiques du patient et adapté à sa forme d’asthme. Évidemment, l’objectif reste la rémission de la maladie, c’est-à-dire une disparition complète des symptômes.

Les gènes associés à la rémission attirent donc l’attention des chercheurs. « Les gens dont les symptômes disparaissent nous intéressent aussi. On se demande ce qu’ils ont de différent sur le plan biologique par rapport à ceux qui vont vivre avec un asthme sévère toute leur vie. » En ce moment, ce sont surtout les gènes impliqués dans le développement et la persistance de la maladie qui animent le domaine pharmaceutique, note toutefois la professeure Laprise.

Jouer avec la génétique n’est pas sans conséquence. Cela entraîne une véritable cascade biologique. Parfois, un même gène joue plusieurs rôles. « Comme beaucoup d’autres maladies, l’asthme est une maladie inflammatoire. Si on cible un gène impliqué dans la maladie, il a peut-être aussi un rôle de contrôle pour d’autres maladies liées à l’inflammation qu’il ne pourra plus remplir, explique Catherine Laprise. Risque-t-on de créer un nouveau problème ? Cela va-t-il entraîner plus de dommages que de bienfaits ? Ce sont des questions qu’on doit se poser. »

Vers la guérison ?

En ce qui concerne l’asthme, lorsque les symptômes disparaissent complètement, on parle de rémission plutôt que de guérison. Pourquoi ? Parce que l’asthme est une maladie sournoise qui tend à revenir à certaines périodes de la vie. Les hormones semblent avoir leur mot à dire dans le processus. Alors qu’on retrouve surtout l’asthme chez les garçons en bas âge, les filles les rattrapent à l’adolescence et à la ménopause. Certaines femmes développent même de l’asthme pendant leur grossesse.

Il est vrai que plusieurs enfants, particulièrement les garçons, voient leurs symptômes disparaître totalement durant l’école primaire. Adieu détresse respiratoire, toux et respiration sifflante. Mais la partie n’est pas gagnée pour autant, prévient la pédiatre et responsable de la clinique d’asthme du CHU Sainte-Justine Francine Ducharme. « Les enfants se retrouvent souvent avec des séquelles pulmonaires, déplore-t-elle. Le poumon ne se développe pas aussi bien qu’il le devrait. On s’est rendu compte que l’asthme n’est pas aussi bénin qu’on le croyait. »

À partir d’une méta-analyse, elle a découvert que, lorsque ces patients atteignent la cinquantaine, ils se retrouvent avec des maladies liées au tabagisme… même s’ils n’ont jamais fumé ! « L’asthme pendant l’enfance devient un facteur de risque au même titre que le tabagisme. »

La clé est une prise en charge précoce, même avant l’âge de six ans. « Un contrôle rapide augmente significativement les chances de rémission », soutient la Dre Ducharme, qui voit d’un bon oeil les recherches en génétique. « Les parents veulent donner le moins de médicaments possible. Si on pouvait identifier les patients qui courent un plus grand risque à partir de leur génétique, on pourrait peut-être personnaliser le traitement », croit-elle.

Depuis 30 ans, le traitement de l’asthme a fait des gains importants, mais le meilleur semble à venir. « Avant, les enfants souffrant d’asthmemodéré ou sévère ne pouvaient même pas penser à fonder une famille. Même si on ne peut pas encore le guérir, il est maintenant possible, et ce, de façon considérable, de mieux vivre au quotidien avec son asthme », assure Catherine Laprise.