Vaccination contre la grippe: McCann rétablit l’accès élargi

La nouvelle ministre de la Santé, Danielle McCann
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne La nouvelle ministre de la Santé, Danielle McCann

La nouvelle ministre de la Santé, Danielle McCann, semble avoir pris en grippe l’avis des experts scientifiques en annonçant jeudi le retour de la gratuité du vaccin contre l’influenza pour des clientèles qui ne sont pas considérées comme à risque.

Le dérapage a créé une petite onde de choc dans le réseau de la santé vendredi, semant la confusion.

À quelques jours du lancement de la campagne de vaccination contre la grippe, la ministre McCann a en effet causé la surprise en annulant jeudi « la décision du gouvernement précédent et le maintien de la vaccination gratuite » pour les enfants de 6 à 23 mois et les personnes en bonne santé de 60 à 74 ans, qui en avaient été exclus, et ce, quelques heures après la diffusion d’un communiqué officiel du ministère disant le contraire.

Selon nos sources, cette décision aurait été annoncée sans que soient consultés les principaux experts, notamment ceux du Comité d’immunisation du Québec (CIQ) qui avaient pressé en juin dernier le gouvernement de réserver ses ressources à d’autres clientèles plus à risque afin de prévenir plus de décès et d’hospitalisations.

Interrogé hier, l’attaché de presse de la ministre McCann, Alexandre Lahaie, a soutenu que cette dernière n’allait pas à l’encontre de la science, mais qu’elle trouvait important que la population ait « accès au vaccin ». « Nous, on suggère que les gens qui se considèrent comme à risque y aient accès, s’ils le veulent. Notre volonté n’est pas de contredire la science, mais de faciliter l’accès. Peut-être que ces gens ont de bonnes raisons de vouloir être vaccinés », a-t-il défendu, ajoutant que cela dépendait de la recommandation de leur médecin.

Tentant d’atténuer l’imbroglio, ce dernier a ajouté que le ministère ne ferait pas la « promotion » du vaccin auprès de ces clientèles. « Ce qui est clair, c’est que l’ancien gouvernement avait restreint l’accès. Nous, on revient à la situation antérieure. »

Le gouvernement Couillard s’était en effet rallié à l’avis du CIQ proposant le retrait de la gratuité à certaines clientèles pour cibler davantage les plus vulnérables. Les personnes visées, soit environ 1,6 million de Québécois, pouvaient toutefois encore se prévaloir du vaccin gratuitement sur demande.

Surprise chez les experts

Vendredi, aucun commentaire n’a fusé à ce sujet au bureau du directeur de la santé publique.

Toutefois, l’expert du CIQ et coauteur du rapport sur la révision du programme contre l’influenza, Gaston De Serres, a rappelé que depuis dix ans, l’analyse des décès et des hospitalisations liés à l’influenza au Québec a clairement démontré que ce sont les malades chroniques, de tous âges, et les personnes âgées de 75 ans et plus qui comptent pour 90 % des décès.

Or, les taux de vaccination de ces clientèles (53 % chez les 65 ans et plus en bonne santé) demeurent très en deçà des objectifs (80 %).

Selon cet expert, l’efficacité réduite du vaccin contre la grippe, qui oscille entre 30 % et 60 %, ne milite pas en faveur d’un accès gratuit élargi. Dans le reste du Canada, sauf dans deux provinces, toute la population est vaccinée gratuitement. « Les enfants de moins de 2 ans et les gens de 60 à 75 ans en bonne santé en décèdent très rarement. Comme le programme vise à prévenir les décès et complications, nous proposions de concentrer les ressources vers d’autres clientèles qui en bénéficieront plus », explique-t-il.

Compte tenu de la secousse soulevée par cette décision, on s’attendait vendredi à ce que la ministre recule ou tempère son annonce.