Une clinique à l'agonie faute de relève médicale

Malgré les cris d'alarme lancés par la clinique, des milliers de patients pourraient se retrouver orphelins en juin.
Photo: iStock Malgré les cris d'alarme lancés par la clinique, des milliers de patients pourraient se retrouver orphelins en juin.

Une clinique montréalaise située dans un des quartiers au Québec le plus dépourvu en matière d’accès à un médecin de famille se trouve au pied du mur, faute de relève autorisée par Québec. Elle est fortement menacée de fermeture. Des milliers de patients pourraient se retrouver orphelins en juin. Le quartier perd également un service sans rendez-vous prisé, ouvert les soirs et les fins de semaine.

Le Groupe de médecine familiale (GMF) de la Cité, situé dans un immeuble à l’angle de la rue Léo-Pariseau et de l’avenue du Parc, perdra six de ses onze médecins en juin prochain.

Des médecins d’expérience qui prendront leur retraite, planifiée depuis longtemps. Or, tous les cris d’alarme de cette clinique pour obtenir de la relève dans les dernières années sont restés sans réponse.

Même si « tout le monde cherche encore des solutions », la fermeture du GMF de la Cité semble très probable aux yeux de sa directrice, la Dre Liliane Delaby. « Nous sommes comme des poissons hors de l’eau qui essaient de survivre, illustre-t-elle. On tente encore de trouver des solutions, mais ça devient très difficile étant donné le manque de relève. » À 5 médecins, impossible de remplir les obligations liées au statut de GMF, comme le suivi d’un minimum de patients et la couverture du sans rendez-vous les soirs et les fins de semaine, par exemple.

Conséquence de la pénurie

Comme le dénonçait le Dr Mark Roper dans Le Devoir plus tôt cette semaine, Québec autorise peu de nouveaux médecins à s’installer sur l’île en comparaison de l’ampleur des besoins. Les régions aussi sont aux prises avec la pénurie, dit également la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec, qui estime qu’il manque tout simplement de diplômés pour compenser les retraites, plus nombreuses que prévu dans les dernières années.

La Dre Delaby, qui enseigne à des résidents en médecine de famille, déplore que ces jeunes qui auraient voulu venir pratiquer à la clinique au fil des ans n’aient pas pu le faire, faute de postes autorisés dans le quartier par le ministère de la Santé et des Services sociaux. « Il y a des besoins criants partout autour, dans les CHSLD, les urgences ! » souligne-t-elle.

Le réseau local de services (RLS) Côte-des-Neiges–Métro–Parc-Extension, où se trouve cette clinique, est autorisé à recruter six « nouveaux facturants » cette année. Et ce, pour plusieurs milieux de soins : CLSC, CHSLD, plusieurs GMF ou supercliniques, et deux hôpitaux. Le Dr Roper a calculé qu’il y aurait, dans ce RLS, plus de retraites que d’arrivées de jeunes médecins en 2019, alors que les besoins sont criants partout.

Pour atteindre la cible d’inscription de 85 % auprès d’un médecin, il faudrait que plus de 47 000 résidents du quartier de plus obtiennent un médecin. Seulement 61,8 % des citoyens de ce RLS avaient un médecin en mai dernier, le pire score au Québec après un RLS de la Côte-Nord.

Après 33 ans de pratique dans cette clinique qui existe depuis 40 ans, la Dre Delaby en est l’une des plus jeunes praticiennes. Les retraites n’étaient pas une surprise, et elle assure que Québec a été interpellé à plusieurs reprises. « C’est une situation difficile dont on parle depuis huit ans », dit-elle, évoquant qu’à une certaine époque, elle avait 25 collègues. La clinique n’a pas encore jeté l’éponge ni annoncé la nouvelle à tous ses patients, espérant toujours qu’une solution émerge.

Le GMF suit plus de 12 000 patients, et compte plus de 40 000 dossiers actifs, notamment des patients orphelins qui viennent de partout à son sans rendez-vous, ouvert à tous. Au moins la moitié des patients se retrouveront orphelins, avec la retraite de six des médecins du GMF. Si la fermeture se concrétise, la Dre Delaby prévoit de se relocaliser non loin pour conserver ses patients.

« Le plus triste, c’est l’immense trou que ça laisserait dans le quartier », soupire la médecin de famille. Les patients nouvellement orphelins se trouvent contraints de s’ajouter à la liste d’attente déjà longue.

Au Guichet d’accès

C’est le cas de Robert B. L’homme dans la soixantaine et sa conjointe adorent leur médecin du GMF de la Cité, qui les suit depuis plus de 20 ans. Il y a deux semaines, ce dernier leur a annoncé sa retraite prochaine ainsi que la fermeture probable de la clinique. Le couple n’a eu d’autre choix que de s’inscrire au Guichet d’accès à un médecin de famille. « Ma conjointe étant diabétique, c’est plus dramatique que pour moi. Le système m’a indiqué que mon délai d’attente serait de plus de 400 jours… relate-t-il. On avait d’excellents services à cette clinique, très rapides. Là, on tombe dans le vide ! »

5 commentaires
  • Marguerite Paradis - Abonnée 18 octobre 2018 06 h 12

    MÉDECINS GÉNÉRALISTES

    En plus de déboulonner la statut des médecinEs comme seuls représentantEs de la santé pour en faire des intervenantEs comme les autres dans un réel « système de la Santé » (et non un système de maladie), il faudrait aussi réduire l'importance accordée aux médecins spécialistes et valoriser le travail des généralistEs.

  • Rino St-Amand - Abonné 18 octobre 2018 07 h 35

    Le jeu de l'offre et de la demande

    Comment se fait-il que les jeunes aient autant de difficulté à entrer en médecine à l'université? Les plus déterminés finissent par y arriver après avoir fait un bac en biologie ou autre discipline connexe, mais plusieurs finissent par jeter la serviette. Ça donne l'impression que cette profession sait très bien faire jouer la loi de l'offre et de la demande en leur faveur.

  • Pierre Beaulieu - Abonné 18 octobre 2018 10 h 09

    On récolte ce que l'on a semé!

    Voilà ce qui arrive lorsqu'on permet aux syndicats de gérer l'accès à la profession. On aura compris que le Collège est en conflit d'intérêt lorsqu'on le laisse intervenir, directement ou indirectement, sur le droit des médecins venus de l'étranger d'exercer leur profession ou sur le nombre de candidats qui seront admis en médecine dans les universités, dans le but de créer une rareté et garder la rémunération à des niveaux inacceptables pour la société.
    Espérons que le nouveau gouvernement de la CAQ saura corriger cette insanité à temps pour éviter une crise attendue depuis longtemps, dont les grands bonzes libéreaux se foutaient éperdument.

  • François Boucher - Abonné 18 octobre 2018 10 h 30

    Une des conséquences de la gestion par le ministre Barrette

    Durant ses années de gestion du système de santé, le ministre Barrette a dévalorisé le rôle du médecin généraliste et favorisé des hausses indues de salaire des médecins spécialistes. Résultat: les étudiants en médecine ne souhaitent pas suivre la formation de généraliste et préfèrent de beaucoup aller en spécialité dans l'état actuel des choses. Cela fait 3 ans que les postes de résidents d'omnipraticiens ne sont pas comblés. Avec les départs à la retraite, les effectifs de médecins généralistes sont en déclin, ce qui amène la pénurie que cet article du Devoir décrit.

  • Eric Robert - Inscrit 18 octobre 2018 15 h 02

    Remplaçons-les par les infirmières praticiennes spécialisées

    Permettons aux infirmières praticiennes spécialisées d'exercer pleinement leur rôle. Elles peuvent faire le suivi des patients ayant des maladies chroniques, font de la première ligne. Elles sont compétentes et prennent le temps de parler aux patients. Elles sont payées à l'heure et non à l'acte. Malheureusement, elles sont moins nombreuses qu'en Ontario et celles qui travaillent déjà ne peuvent pas jouer entièrement leur rôle, restreintes qu'elles sont par le Collège des médecins.....