Régime d’assurance médicaments universel: un élément essentiel pour l’équité et le contrôle des coûts, selon la FTQ

Martine Letarte Collaboration spéciale
Le sytème mixte actuel crée des inégalités, selon Serge Cadieux, secrétaire général de la FTQ.
Photo: Issam Hammoudi Unsplash Le sytème mixte actuel crée des inégalités, selon Serge Cadieux, secrétaire général de la FTQ.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Alors que le coût des médicaments monte en flèche au Québec et que de plus en plus de gens ne peuvent se les payer, la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) croit qu’il est grand temps que la province adopte un régime d’assurance médicaments entièrement public. Elle lance une campagne avec d’autres forces de la société civile pour que le Québec passe à l’action.

« Excepté le Canada, tous les pays de l’OCDE dotés d’un système de santé public ont une composante assurance médicaments, parce que cela fait partie du traitement », affirme Serge Cadieux, secrétaire général de la FTQ.

D’ailleurs, le Québec se distingue des autres provinces canadiennes avec son régime mixte d’assurance médicaments instauré en 1997. Une partie de la population est couverte par des régimes privés d’assurances collectives et les gens qui n’y ont pas accès sont avec le régime public.

« À l’époque, c’était une avancée qui permettait à près de 1,5 million de personnes d’enfin bénéficier d’une assurance médicaments, précise M. Cadieux. Toutefois, c’était censé être une première étape pour aller vers l’adoption d’un régime entièrement public. Vingt ans plus tard, on constate que ça ne s’est pas fait et que ce régime hybride crée des inégalités. »

 

Des médicaments coûteux

Pour la FTQ et la Confédération des syndicats nationaux (CSN), qui ont lancé ensemble cette campagne, personne ne devrait avoir à choisir entre s’acheter des médicaments ou payer son épicerie.

Or, d’après une étude du Commissaire à la santé et au bien-être, environ 10 % des gens ne prennent pas leurs médicaments pour des raisons financières.

« C’est environ 6 % des gens qui ont une assurance privée et le double chez ceux qui sont assurés par le public », précise Serge Cadieux.

10 %
C’est le pourcentage de gens qui ne prennent pas leurs médicaments pour des raisons financières, selon une étude du Commissaire à la santé et au bien-être.

Parce qu’actuellement, même le régime public peut être coûteux pour les citoyens en raison de la franchise et de la part du médicament qui doit être payée par le patient. Les assurances privées se font quant à elles financer par les employeurs et leurs salariés, sans considérer leur capacité de payer.

« Il y a des inégalités avec ces deux systèmes, aussi parce qu’un travailleur qui a un régime privé peut devoir payer 40 $ pour un médicament, alors qu’un autre qui est couvert par le système public peut payer 24 $ pour le même médicament, illustre M. Cadieux. Cela s’explique par le fait que le gouvernement a réussi à avoir de meilleurs prix auprès des entreprises pharmaceutiques. »

La FTQ est donc convaincue qu’un régime complètement public donnerait un meilleur rapport de force à l’État pour négocier avec les pharmaceutiques.

« Cela permettrait d’économiser, d’après les experts, de 1 à 4 milliards par année en achat de médicaments », précise M. Cadieux.

La FTQ s’inquiète également de la hausse du prix des médicaments qui fait augmenter les primes des compagnies d’assurances collectives.

« Elles augmentent de près de 9 % par année depuis 2016 et certaines analyses prévoient qu’elles pourraient augmenter de 130 % au total d’ici 2025, alors pratiquement plus personne ne pourrait se payer d’assurances collectives. »

Alors que le régime public d’assurance maladie a été créé pour que ce ne soit pas l’épaisseur du portefeuille qui détermine si quelqu’un peut se faire soigner ou pas, la FTQ considère que c’est le même principe qui devrait guider l’adoption d’un régime d’assurance médicaments public et universel.

Le mouvement milite donc pour un régime administré et financé par le public. Les médicaments deviendraient, à l’instar d’une visite chez le médecin ou d’une hospitalisation, gratuits et accessibles à tous.

 

Le temps de passer à l’action

Pour différentes raisons, la FTQ croit qu’il est temps de passer à l’action. D’abord, un sondage réalisé en 2015 par Angus Reid révèle que 91 % des Québécois sont pour l’établissement d’un régime entièrement public d’assurance médicaments.

Puis, un autre élément vient accélérer les choses : le gouvernement fédéral réalise des consultations sur la possibilité de mettre en place un régime national d’assurance médicaments.

« Il est fort à parier que, lors de la prochaine campagne électorale fédérale, le Parti libéral proposera un régime national d’assurance médicaments, affirme Serge Cadieux. Comme la santé est une compétence partagée, nous pensons que le Québec pourrait avoir un droit de retrait avec pleine compensation pourvu qu’il mette sur pied un programme équivalent. Tout pointe vers un changement. Le Québec est rendu là. »