Des patients inquiets et frustrés par l'industrie pharmaceutique

Santé Canada a publié un rappel de plusieurs médicaments à base de Valsartan le mois dernier en raison d’une contamination par une molécule potentiellement cancérogène.
Photo: iStock Santé Canada a publié un rappel de plusieurs médicaments à base de Valsartan le mois dernier en raison d’une contamination par une molécule potentiellement cancérogène.

L’inquiétude règne parmi les patients qui prennent des médicaments à base de Valsartan. Plusieurs dénoncent l’opacité des compagnies pharmaceutiques en ce qui concerne l’origine des médicaments qu’ils consomment quotidiennement et se questionnent sur la façon dont se fait le lien entre le rappel des médicaments par Santé Canada et les patients.

« C’est difficile de s’y retrouver », lance d’emblée Denis Brouillard, un résident de l’Estrie qui prend du Valsartan pour « sa pression » depuis 2015.

L’homme dit qu’il a eu du mal à comprendre si son médicament était rappelé ou non lorsque Santé Canada a publié un rappel de plusieurs médicaments à base de Valsartan le mois dernier en raison d’une contamination par une molécule potentiellement cancérogène.

Incompréhension

« Quand j’ai regardé l’avis, j’ai vu que le médicament que je prenais était là, donc ça m’a inquiété. Après coup, j’ai réalisé que le DIN [numéro d’identification d’une drogue] était différent, donc que mon médicament ne faisait pas l’objet d’un rappel, mais franchement, c’est difficile de s’y retrouver », dit M. Brouillard.

« Je me demande pourquoi mon pharmacien ne m’a pas appelé pour me dire que le médicament que je prends est correct. Ça m’aurait évité beaucoup de stress et d’inquiétude », ajoute-t-il. Il déplore le fait d’avoir pris connaissance du rappel dans les médias plutôt que de la bouche de son pharmacien.

Pierre Chevrier, de Sutton, a pour sa part reçu un coup de fil de son pharmacien pour l’informer du rappel. « Il a communiqué avec moi avant que je renouvelle ma prescription et m’a demandé de rapporter mes comprimés à la pharmacie », explique l’homme, qui prend un médicament à base de Valsartan depuis « des années » pour traiter son hypertension.

Son pharmacien a finalement remplacé son médicament par un équivalent, le Telmisartan, produit par la compagnie Apotex.

« J’ai écrit à Apotex pour savoir d’où provenaient les ingrédients de leur médicament et je n’ai eu aucune réponse », déplore M. Chevrier, qui a aussi posé la question à son pharmacien, sans réponse. « Il m’a dit qu’il allait demander au représentant pharmaceutique, mais il n’avait pas l’air convaincu », dit-il.

« Je suis en colère, c’est certain. Je trouve curieux que l’industrie alimentaire soit passée au peigne fin et qu’on puisse connaître l’origine de tous les produits alimentaires qu’on consomme alors qu’il en est tout autre pour l’industrie pharmaceutique », ajoute-t-il.

Des solutions de rechange incertaines

À l’Institut de cardiologie de Montréal, le rappel de médicaments à base de Valsartan touche beaucoup de patients : « Ça nous affecte beaucoup présentement », indique le pharmacien Denis Brouillette.

« Le problème, c’est surtout de trouver des médicaments équivalents, notamment pour les personnes qui souffrent d’insuffisance cardiaque », dit-il. Il est plus compliqué de trouver des solutions de remplacement pour ces patients parce qu’il n’y a pas de « marqueurs de réponse » au traitement, contrairement à l’hypertension, explique-t-il.

Je trouve curieux que l’industrie alimentaire soit passée au peigne fin et qu’on puisse connaître l’origine de tous les produits alimentaires qu’on consomme alors qu’il en est tout autre pour l’industrie pharmaceutique

 

De plus, les autres molécules disponibles n’ont pas toutes été testées pour l’insuffisance cardiaque, explique le pharmacien. « Dans certains cas, tout ce qu’on peut faire, c’est tenter de reproduire ce qui a été fait en étude clinique. »

La loi 41 permet désormais aux pharmaciens de rédiger des ordonnances, ce qui fait en sorte qu’ils peuvent changer le médicament d’un patient sans passer par un médecin.

« Toutefois, nous sommes tenus de faire un suivi au sens de la loi. La plupart du temps, ça se fait de concert avec le médecin traitant. »

Denis Brouillette dit ne pas savoir pour le moment si l’Institut de cardiologie de Montréal va continuer à prescrire des médicaments à base de Valsartan. « C’est un excellent médicament, c’est celui qui traite le plus efficacement une multitude de problèmes. Toutefois, je comprends que certains patients peuvent avoir perdu confiance. »

Il ajoute cependant qu’il faut comprendre que ce qui se passe en ce moment est « unique et extrêmement rare ». Selon lui, les contrôles de qualité se font généralement à tous les niveaux lors de la production d’un médicament. « L’origine [géographique] d’une molécule d’un médicament n’est pas un indicateur de sa qualité ou non. »

D’autres laboratoires chinois épinglés

Deux nouveaux laboratoires chinois, Rundu Pharma et Tianyu Pharm, ont annoncé que du Valsartan qu’ils exportaient vers Taïwan contenait des traces de N-nitrosodiméthylamine (NDMA), substance considérée comme probablement cancérogène en cas d’usage prolongé.

Tianyu Pharm a assuré que ces lots problématiques avaient été interceptés avant la distribution à des patients. Rundu Pharma, pour sa part, a indiqué que ces produits font l’objet d’un rappel à Taïwan.

Les titres des deux groupes se sont effondrés de 10 % lundi à la Bourse de Shenzhen, la baisse quotidienne maximale autorisée, selon l’Agence France-Presse.

Santé Canada tente de déterminer si ces laboratoires ont fourni du Valsartan au marché canadien. Un autre rappel sera fait, le cas échéant.

La compagnie pharmaceutique Sandoz Canada a confirmé pour sa part qu’aucun de ses produits ne provenait de ces deux laboratoires chinois.

Qu’est-ce que le DIN ?

Le numéro d’identification d’une drogue (DIN) est un numéro de huit chiffres attribué par Santé Canada avant d’être commercialisé au pays. Le DIN est unique et sert à identifier tous les médicaments vendus dans une forme posologique. Il est inscrit sur l’étiquette d’un médicament d’ordonnance ou d’un médicament sans ordonnance (ex : Advil, Tylenol, etc.). Le DIN énumère les caractéristiques suivantes : le nom du fabricant, le nom du produit, les ingrédients, la force de l’ingrédient médicinal, la forme posologique et la voie d’administration.
3 commentaires
  • Michel Crevier - Inscrit 8 août 2018 03 h 55

    Patients inquiets

    Avec raison.

  • Pierre Schneider - Abonné 8 août 2018 10 h 24

    Mauvaise info

    Je prends ce médicament depuis longtenps. Mon pharmacien m'a appelé récemment
    pour me prévenir qu'il était en rupture de stock...au lieu de me dire la vérité à l'effet qu'il
    était potentiellement dangereux.

    Belle transparence !

  • Jean Duchesneau - Abonné 8 août 2018 16 h 32

    Recours collectif en cours.

    Je prends ce médicament depuis longtemps et me suis enquéri auprès de mon pharmacien qui me confirme que j’ai bel et bien consommé du Valsartan contaminé il y a plusieurs mois. Je n’ai pas été informé m’explique-t-il, car le lot actuel n’est pas contaminé.

    Après quelques recherches sur le net, j’ai découvert qu’un recours collectif est en cours. Les personnes concernées sont invitées à communiquer avec le bureau d’avocats par courriel; ce que je fis sans tarder.

    glennb@charneylawyers.com