Québec poursuivi pour «maltraitance» au nom de résidents des CHSLD

Tous les établissements de santé gérant des CHSLD au Québec sont visés.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Tous les établissements de santé gérant des CHSLD au Québec sont visés.

Le Conseil pour la protection des malades poursuit Québec pour maltraitance. L’organisme de défense des droits des usagers du réseau de la santé a annoncé par communiqué avoir déposé une requête d’autorisation d’une action collective pour maltraitance au nom des résidents des CHSLD du Québec « en raison de la dégradation marquée des soins et [des] services qui sont offerts » dans ces établissements.

Un montant de 350 à 850 dollars par mois de vie en CHSLD pour chaque résident depuis 3 ans est réclamé à titre de dommages.

Tous les établissements de santé gérant des CHSLD au Québec sont visés.

Le président du Conseil pour la protection des malades, Paul Brunet, s’est refusé à tout commentaire avant une conférence de presse prévue mercredi après-midi.

La requête, envoyée aux médias, allègue que les résidents ont été « privés de services de santé et de services sociaux adéquats, suffisants, et de qualité » durant les trois dernières années.

Selon la requête, les CHSLD du Québec « ne constituent pas un milieu de vie substitut acceptable respectant les prescriptions de la Loi, les orientations ministérielles et les autres exigences posées par le gouvernement ».

Lacunes multiples dénoncées

Un des codemandeurs de cette action collective, Daniel Pilote, est un homme dans la cinquantaine atteint de dystrophie musculaire. Résident en CHSLD depuis 2014, il se déplace en fauteuil roulant. Il est privé de la mobilité de presque tout son corps sauf pour sa tête et sa bouche. Il a à plusieurs reprises dénoncé les conditions de vie qui règnent dans les CHSLD dans les médias traditionnels et sur les réseaux sociaux.

Selon les observations de M. Pilote citées dans la requête, depuis deux ans, « les membres du personnel soignant sont moins nombreux ». Ceux qui restent sont « surchargés et épuisés », « ce qui se reflète sur la qualité des soins qu’ils prodiguent ». Sur son étage, pour 32 patients, il y a 4 préposés, ainsi qu’un seul infirmier de nuit pour l’ensemble des 111 résidents du CHSLD, indique la requête.

M. Pilote se dit lavé de manière inadéquate, si bien que, parfois, il se sent « même encore sale ».

Les soins à son endroit sont qualifiés de « complètement impersonnels et empreints d’incompétence ».

De plus, M. Pilote estime être victime « régulièrement » d’erreurs médicales.

« Ces lacunes font en sorte qu’il rate ses rendez-vous et ne réussit pas à contrôler sa vie », précise la requête. « Il se sent humilié, maltraité et déprimé », ajoute-t-on, ce qui affecte jusqu’à son « désir de vivre ».

La requête dénonce de nombreux manquements, comme l’unique bain hebdomadaire, la gestion des culottes d’incontinence, l’absence de services d’hygiène dentaire et de soins des ongles et l’absence de suivi médical adéquat. Elle pointe également du doigt le recours « de manière abusive » aux antipsychotiques « afin de plonger [des résidents] dans un état d’apathie, de sommeil ou de somnolence tôt dans la journée, en vue de réduire le travail du personnel ». Les contentions physiques sont aussi dénoncées, de même que la mauvaise qualité des repas et la faible prise en compte de l’horaire de vie de chacun.

8 commentaires
  • Pierre Samuel - Abonné 10 juillet 2018 05 h 34

    Trop longtemps macérés ...

    Enfin, pas trop tôt ! Tout à fait honteux, la façon dont nos sociétés dites " avancées " traite ses aInés. Fréquemment esseulés, laissés à eux-mêmes, ghettoïsés, d'autant plus impuissants face à un système impitoyable les considérant fardeaux, ne reconnaissant aucunement l'apport antérieur de leur vie active.
    D'autant plus déshonorant que l'actuel gouvernement soit dirigé par des médecins tablant sur le saupoudrage hypocrite d'un ministre repu.
    Gandhi, lui-même, signalait que : < L'on reconnaît le degré de civilisation d'un peuple, à la manière dont il traite les animaux. > Comment dire que depuis longtemps, ils sont bien fréquemment mieux traités par les médecins vétérinaires que ceux affectés aux soins des humains vieillissants !

    • Nadia Alexan - Abonnée 10 juillet 2018 10 h 56

      Bravo au Conseil pour la protection des malades qui poursuit le Québec pour maltraitance. La seule façon d'apporter des corrections à la politique néolibérale du «laissez-faire» de notre gouvernement est de le poursuivre en cour. Traiter nos aînés avec un tel mépris et une telle négligence relève d'un manque de compassion et d'humanité envers les gens les plus vulnérables de la société. Les aînés qui ont fait une contribution valable à la société pendant toute leur vie méritent mieux que de croupir dans des maisons d'entreposage.
      C'est curieux que nos gouvernements retrouvent toujours des fonds pour subventionner les plus riches et les mieux nantis, tandis qu'ils manquent toujours d'argent quand il s'agit des pauvres ou des faibles citoyens! Une société civilisée se démarque par la façon dont elle traite ses citoyens les plus vulnérables.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 10 juillet 2018 06 h 34

    … oui !

    « Le Conseil pour la protection des malades poursuit Québec pour maltraitance. L’organisme (…) a annoncé par communiqué avoir déposé une requête d’autorisation d’une action collective pour maltraitance au nom des résidents des CHSLD du Québec » (Amélie Daoust-Boisvert, Le Devoir)

    De cette annonce, il est à espérer un suivi judiciaire honorable, un suivi susceptible d’inviter l’État du Québec à assumer ses responsabilités plutôt qu’à les feindre, notamment envers des « Daniel-Patricia » résidant en CHSLD !

    De plus, et outre les dédommagements possibles, la requête prévoit-elle l’initiation de mesures capables de rencontrer-affronter le phénomène de la maltraitance ?

    Espérons que …

    … oui ! - 10 juillet 2018 -

  • Gilles Bousquet - Abonné 10 juillet 2018 09 h 13

    Faudrait aussi poursuivre, tant qu'à y être...

    Les parents des "bénéficiaires" en question, qui confient, presqu'aveuglément, leurs proches, au système public, afin de n'en point être embarrassés pour le reste de leurs jours.

    • Jean Duchesneau - Abonné 10 juillet 2018 17 h 37

      Quel commentaire « imbécile » et trois personnes l’approuvent. Faut être complètement ignorant de l’état d’autonomie et de santé des personnes en CHSLD. Vous faites quoi dans la vie? et comment vivez-vous pour porter un tel jugement sur « les dites familles ». Peut-être apprendrez-vous un jour ce que c’est... mais sachez que cet apprentissage est toujours à la dur! Au nom des personnes visées j’accepterais volontier des excuses. De mon côté ce sont vos propos que je juge et non votre personne!

  • Mathieu Bernière - Abonné 10 juillet 2018 13 h 01

    Qui s'en tirera sans conséquence...

    Bien que je sois d'accord, je crains fort que les principaux responsables n'en subissent aucune véritable conséquence. Le système devra amortir ces frais supplémentaires tandis que ceux qui, responsables, l'ont malmené, ne paieront jamais le prix de leur incompétence. Le parti qui fut au pouvoir, et qui appliqua ainsi ses principes idéologiques, devrait être puni, et non pas l'État. Sans quoi nous paierons tous indéfiniment pour les erreurs d'un gouvernement qui fit ses ravages en quelques années avant de mieux s'éclipser, "puni" en étant simplement relégué à l'opposition...

    • Pierre Samuel - Abonné 11 juillet 2018 06 h 01

      En politique, < il ne faut jamais vendre la peau de l'ours avant de l' avoir tué. > Qui peut dire qu'Ils ne seront pas réélus ?!?

  • Jean Duchesneau - Abonné 10 juillet 2018 16 h 14

    Victime de la mentalité deux poids deux mesures de nos « doctes » ministres

    La rhétorique des doctes docteurs qui nous gouvernent afin d’augmenter l’offre de soins médicaux fut toujours fondée sur la loi de l’offre et de la demande.

    Face à la pénurie de préposés, il semble que la loi de l’offre et de la demande n’existe pas. M. Barrette a ordonné l’embauche de préposés, mais, surprise oh surprise, le ministre invoque candidement une pénurie de main-d’oeuvre, donc un manque d’intérêt à prodiguer de tels soins à la rémunération offerte. Pourquoi alors l’argument monétaire qu’a toujours invoqué le ministre pour attirer le médecins ne vaudrait-il pas pour les préposés? En somme, qu’on les forme adéquatement, qu’on leur offre un statut professionnel respectueux et qu’on les paie un salaire attractif et la pénurie se résorbera.