VIH: des cliniques de dépistage annulées

Les cliniques de dépistage rapide prévues mercredi à Sherbrooke, Granby et Cowansville ont été annulées.
Photo: Jody Amiet Agence France-Presse Les cliniques de dépistage rapide prévues mercredi à Sherbrooke, Granby et Cowansville ont été annulées.

La première journée nationale de dépistage du VIH a eu du plomb dans l’aile mercredi, au Québec, alors que certaines des cliniques n’ont pu se tenir.

Les cliniques de dépistage rapide prévues à Sherbrooke, Granby et Cowansville ont été annulées.

L’exigence du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) d’une formation spécifique au dépistage pour les infirmières a freiné l’événement, a expliqué au Devoir le directeur général du Centre Sida Amitié des Laurentides, Hugo Bissonnet. Les délais pour obtenir la formation d’une demi-journée ont été trop serrés, selon lui, forçant ces annulations.

M. Bissonnet remet en question la nécessité de la formation exigée aux infirmières, puisque les trousses de dépistage au point de service (DPS), qui donnent un résultat en moins d’une minute, se manipulent « comme un glucomètre », selon lui. « C’est vraiment une ponction au bout du doigt, puis on fait réagir avec trois liquides, ce sont des manipulations simples. Il n’y a pas de raison pour que les groupes communautaires n’aient pas accès à ces tests », soutient-il, espérant que la première journée nationale de dépistage servira à soulever cet enjeu.

Le MSSS a indiqué mercredi qu’une formation avait été offerte aux organisateurs de la journée « il y a plusieurs semaines ». « Étant donné les courts délais, l’option d’une formation partielle par un professionnel qui utilise déjà la trousse a également été offerte », a précisé la responsable des relations avec les médias du ministère, Noémie Vanheuverzwijn.

75 000 personnes
vivent avec le VIH au Canada, selon la Société canadienne du sida. Une personne sur cinq ignore qu’elle est infectée, ce qui augmente les risques d’infection. En 2016, 2344 personnes ont contracté le virus, selon l’Agence de santé publique du Canada.

Cette formation est nécessaire aux yeux du ministère pour des questions de sécurité, a-t-elle soutenu. « La formation, la qualification des professionnels de la santé et le programme d’assurance de la qualité sont prérequis pour l’utilisation des trousses. Ils permettent, entre autres, de s’assurer que les trousses sont en bon état, utilisées de manière adéquate et que les résultats transmis sont fiables. »

L’organisme MIELS-Québec, lui, a pu tenir sa clinique de dépistage au bar St-Matthew’s de Québec. « Nous offrons déjà le dépistage en collaboration avec le CLSC, donc ça a été très facile », a expliqué l’intervenant Patrick Labbé. « Le but, c’est de se rapprocher des gens, et des clientèles les plus vulnérables concernant le VIH. »

Rejoindre les immigrants

À Montréal, une clinique de dépistage s’est tenue mercredi dans les locaux de l’organisme GAP-VIES, situés dans le quartier Saint-Michel. Des infirmières du Centre Sida Amitié des Laurentides se sont déplacées pour l’occasion.

Cette clinique visait particulièrement à rejoindre les personnes issues de l’immigration. « C’est une population touchée. Dans beaucoup de cas, les gens sont originaires de pays où le taux d’infection au VIH est élevé », explique le directeur général de GAP-VIES, Joseph Jean-Gilles.

Ce dernier soutient qu’il n’y a jamais eu de campagne de dépistage ciblée pour cette tranche de la population. « Il y a de la sensibilisation, mais elle ne rejoint pas toujours les immigrants », relate-t-il.

Cela dit, les portes de l’organisme étaient ouvertes à l’ensemble de la population désirant un dépistage mercredi, peu importe l’origine. M. Jean-Gilles s’attendait à ce que quelques dizaines de personnes se présentent.

Sur place, comme dans la quarantaine d’autres cliniques tenues au pays, du personnel était présent pour offrir soutien et accompagnement aux patients déclarés positifs.

Stigmatisation

La création d’une journée nationale de dépistage a comme objectif de réduire la stigmatisation que vivent les patients à risque de contracter le VIH, ainsi que de mieux rejoindre cette clientèle qui n’a pas toujours accès aux ressources adéquates en santé sexuelle.

Selon M. Jean-Gilles, les personnes qui vivent avec le VIH sont victimes de divers préjugés en raison d’une méconnaissance générale de cette maladie par la population. Les progrès dans le traitement de la maladie font par ailleurs en sorte que celle-ci est banalisée, poursuit-il. Le directeur général de GAP-VIES affirme entendre régulièrement des gens s’étonner que le VIH existe encore.

« Une journée nationale est une très bonne affaire, ça permettra de mieux informer la population », se réjouit-il.

Tout comme Hugo Bissonnet, il souhaite que le dépistage communautaire soit permis par le MSSS afin de faciliter l’accès aux tests à un plus grand nombre de personnes à risque. « Pour avoir rendez-vous dans un CLSC, ça prend beaucoup de temps et il y a beaucoup de rigidité », souligne-t-il.