Contre certains cancers, l’aube d’une nouvelle ère sans chimiothérapie

La majorité des patients souffrant du cancer du sein et du cancer du poumon pourrait éviter nausées, perte de cheveux et autres maux provoqués par la très toxique chimiothérapie.
Photo: Chris Hondros Getty images La majorité des patients souffrant du cancer du sein et du cancer du poumon pourrait éviter nausées, perte de cheveux et autres maux provoqués par la très toxique chimiothérapie.

C’est une avancée majeure : de nombreux patients frappés par un cancer du sein ou du poumon peuvent éviter la chimiothérapie et ses terribles effets secondaires, selon des études publiées dimanche qui devraient bouleverser la façon dont les cancers sont soignés.

La première bonne nouvelle concerne les femmes ayant eu un cancer du sein. Jusqu’à 70 % d’entre elles peuvent éviter la chimiothérapie, en fonction des résultats d’un test génétique existant, et se contenter des médicaments hormonaux habituellement prescrits après une opération pour retirer la tumeur.

Concernant les cancers du poumon, des études présentées également à la grande conférence annuelle sur le cancer à Chicago (ASCO) annoncent une prochaine ère où les patients verront leur tumeur analysée génétiquement. Si certaines mutations sont détectées, un médicament ciblant spécifiquement la tumeur pourra être prescrit. Autrement, le patient pourra dans la majorité des cas recevoir un traitement d’un nouveau type et en plein essor, l’immunothérapie.

La majorité des patients éviterait donc nausées, perte de cheveux et autres maux provoqués par la très toxique chimiothérapie.

Petite révolution

L’enthousiasme était palpable parmi les participants. En quelques mois, grâce à une succession d’essais cliniques, c’est tout le modèle de traitement du cancer du poumon qui a été bouleversé, un changement « extraordinaire », selon un spécialiste.

Actuellement, de nombreuses femmes subissent de la chimiothérapie après l’opération chirurgicale d’ablation de la tumeur, en plus de médicaments d’hormonothérapie, afin d’empêcher le retour éventuel du cancer.

Mais une étude internationale conduite auprès de 10 000 femmes a conclu que le niveau justifiant le recours à la chimiothérapie pouvait être relevé sans risque.

Depuis des années, un test génétique réalisé sur la tumeur permettait de prédire la probabilité de récidive. Ce test donne un score entre 0 et 100. Jusqu’à présent, la chimiothérapie était conseillée au-dessus de 25. En dessous de 10, elle ne l’était pas. Ce qui posait un dilemme aux femmes situées dans la zone grise, entre 11 et 25.

L’étude a montré que, pour ces femmes-là, après neuf ans de suivi, la chimiothérapie n’apportait rien.

Cela « aura un impact énorme sur les médecins et les patients », dit une coauteure de l’étude, Kathy Albain, cancérologue à l’hôpital Loyola Medicine de Chicago. « Nous allons faire reculer les thérapies toxiques. »

Rien qu’aux États-Unis, 65 000 femmes pourraient en profiter par an. « Toute femme de moins de 75 ans avec un cancer du sein de stade initial doit faire le test et parler des résultats » avec son médecin, dit l’auteur principal, le docteur Joseph Sparano, du centre médical Montefiore Medical à New York.

Immunothérapie

Pour le type le plus commun de cancer du poumon, c’est l’immunothérapie qui offre un espoir immense. Les laboratoires pharmaceutiques se livrent une concurrence féroce dans ce champ.

À la conférence, une étude a fait du bruit sur le Keytruda, ou pembrolizumab, sur lequel l’Américain Merck, connu sous le nom de MSD à l’étranger, a tout misé. Il se prend par voie intraveineuse, toutes les trois semaines, et est devenu le succès de vente du laboratoire, notamment contre les mélanomes et les cancers du poumon.

Les médicaments d’immunothérapie aident le système immunitaire du patient à faire ce qu’il est censé faire : détecter et attaquer la tumeur. La méthode ne fonctionne pas contre tous les types de cancers et peut provoquer de graves effets secondaires, parfois au point que les patients cessent le traitement.

Pour le dernier essai clinique, financé par MSD, les chercheurs ont comparé l’efficacité de la prise seule de Keytruda à la chimiothérapie (l’effet de la combinaison des deux protocoles a été étudié séparément, et montre de bons résultats dans certains cas).

Les patients soignés d’abord par le pembrolizumab ont vécu quatre à huit mois de plus que ceux qui n’ont reçu que de la chimiothérapie.

Surtout, ils ont été moins nombreux à subir des effets secondaires graves (18 % contre 41 %).

« Notre étude montre que le pembrolizumab est meilleur que la chimiothérapie pour deux tiers des gens qui ont le type de cancer du poumon le plus fréquent », dit l’auteur principal de l’essai, le cancérologue Gilberto Lopes, du centre hospitalier universitaire de Miami.

Les chercheurs notent avec insistance que de nombreux essais restent à accomplir. Aucun ne s’avance à dire que la chimiothérapie disparaîtra pour tous les cancers. Mais l’optimisme était de mise.

« Nous sommes en train de quitter l’ère où la seule solution […] était la chimiothérapie », s’est réjoui John Heymach, cancérologue au centre MD Anderson au Texas.