Gaétan Barrette défend le choix des instruments de chirurgie jetables

Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette

Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, estime que le recours aux instruments jetables de métal ou de plastique dans les hôpitaux du Québec est très répandu et se justifie entièrement en raison des impératifs de sécurité et des économies réalisées au bout du compte.

« La décision d’aller vers du jetable est toujours faite en fonction d’une analyse des coûts, effectuée localement, a-t-il indiqué au Devoir. Le nettoyage est beaucoup plus contraignant pour retraiter certains instruments. »

Le resserrement des contraintes de stérilisation ces dernières années, à cause des craintes soulevées par certains virus et prions, en plus des contraintes budgétaires, « a fait en sorte que nous sommes allés vers l’usage unique », a expliqué le ministre, qui juge cette avenue plus rentable.

Le ministre réagissait aux informations diffusées par Le Devoir faisant état de l’usage croissant de plateaux entiers d’instruments chirurgicaux en métal et en plastique destinés aux rebuts après un seul usage. Une pratique en croissance en Amérique, mais que le ministère de la Santé disait ne pas pouvoir chiffrer avec exactitude dans son propre réseau.

Impact environnemental

Interrogé sur l’impact environnemental de ce recours à des instruments jetables, le ministre Barrette a reconnu que l’analyse des coûts effectuée ne tient pas compte des coûts d’enfouissement de ces matières.

« Il y a des enjeux très importants pour le recyclage, ça supposerait des coûts significatifs pour le réseau. Mes contraintes à moi sont d’abord les coûts et la sécurité », a-t-il dit.

Mais pour l’opposition, Québec doit faire la lumière sur ces pratiques, notamment en confiant à l’Institut d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS) le soin de chiffrer les coûts du recours au matériel à usage unique et son impact environnemental.

Le Parti québécois croit qu’il est urgent de connaître le portrait précis de la situation. « On reconnaît là des décisions précipitées pour faire des économies à court terme. On économise peut-être de l’argent pour l’an 1, mais à long terme, on impute de façon récurrente les budgets des hôpitaux, sans compter l’enjeu environnemental », a soutenu jeudi Diane Lamarre.

Selon cette dernière, le recours à des instruments jetables pourrait entraîner des coûts en forçant certains établissements à remplacer des équipements pour les rendre compatibles avec cette nouvelle façon de faire.

Selon celle-ci, la centralisation prônée depuis 2014 par le ministre Gaétan Barrette pourrait aussi avoir favorisé le recours aux équipements jetables, par l’encouragement aux achats groupés. « Si le ministre n’est pas capable de répondre à la question, il doit confier à l’INESSS le mandat d’évaluer la pertinence et la justesse du prix de ces achats », dit-elle.

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, croit pour sa part qu’il faudrait regarder « s’il y aurait possibilité d’avoir moins d’empreintes et d’effets négatifs sur l’environnement. Il faut trouver un équilibre. C’est choquant de voir ce qu’on voit », a-t-il dit à Québec.

Développement durable

Selon un Guide de gestion des déchets produit par le ministère de la Santé en 2017, seulement 15 % des déchets produits par les hôpitaux seraient considérés comme « dangereux » et assujettis au règlement sur les déchets biomédicaux.

Hormis les objets piquants ou tranchants, « imbibés » de sang, de liquides biologiques ou de produits chimiques, les autres déchets issus des hôpitaux pourraient être traités comme des déchets généraux et en partie soumis au recyclage ou à la réutilisation.