Vaincre le cancer par l’immunothérapie

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
Le professeur Alain Lamarre et son équipe de recherche développent des stratégies en immunothérapie.
Photo: Christian Fleury Le professeur Alain Lamarre et son équipe de recherche développent des stratégies en immunothérapie.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Parce que les cellules cancéreuses sont d’abord des cellules saines, présentes depuis toujours dans l’organisme et qui, à un moment donné, mutent pour devenir malignes, le système immunitaire a souvent de la difficulté à les repérer. Ce qui permet à la maladie de proliférer rapidement à l’abri des regards. À l’Institut national de recherche scientifique (INRS), l’équipe du professeur Alain Lamarre développe de nouvelles stratégies en immunothérapie. Il s’agit de stimuler le système immunitaire pour qu’il trouve le cancer et le combatte.

Le système immunitaire défend et protège notre corps contre les infections et les maladies. Il est formé d’organes, de cellules particulières et de substances qui agissent ensemble pour trouver et combattre les germes, comme les virus ou les bactéries, ou encore les cellules anormales ou malsaines qui provoquent des maladies telles que le cancer.

Les cellules cancéreuses ont à leur surface des molécules qui permettent au système immunitaire de les trouver et de les détruire. Mais certaines parviennent à se cacher du système immunitaire puisqu’elles ressemblent beaucoup à des cellules normales. Dans certains cas, le système immunitaire arrive à trouver les cellules cancéreuses sans être toutefois assez fort pour toutes les détruire. Certaines cellules cancéreuses peuvent même modifier la façon dont le système immunitaire réagit, faisant ainsi en sorte qu’il ne fonctionne pas correctement.

« Une cellule cancéreuse est une cellule du soi, explique le professeur Lamarre, détenteur de la Chaire de recherche Jeanne et J.-Louis Lévesque en immunovirologie. Elle ne vient pas de l’extérieur comme un virus ou une bactérie. Or, les anticorps ne sont pas éduqués pour reconnaître le soi. Ils intègrent un mécanisme de tolérance au soi. C’est ce qui explique que les cancers puissent demeurer en dehors des radars pendant une longue période. »

Enlever le frein

Alain Lamarre ajoute que certaines cellules mutent beaucoup pour devenir tumorales mais que d’autres subissent peu de mutations, ce qui les rend d’autant plus difficilement repérables. La prolifération peut être alors très rapide. Il précise cependant que certaines personnes ont des anticorps qui parviennent mieux que d’autres à déceler les tumeurs malignes et donc à s’y attaquer.

Ce sont celles qui ont le plus de cellules immunitaires, aussi appelées lymphocytes. Et ce sont d’ailleurs aussi elles qui répondent le mieux aux protocoles d’immunothérapie.

« C’est comme s’il y avait deux phases pour combattre le cancer, indique le professeur Lamarre. La première consiste à passer la barrière que la maladie dresse et qui lui permet de se cacher. La deuxième est de combattre la maladie à l’intérieur de la tumeur et pour cela, l’organisme a besoin de cellules immunitaires ».

Or, ajoute-t-il, la tumeur met en place des mécanismes moléculaires pour empêcher les cellules immunitaires de pénétrer à l’intérieur de la tumeur. Ou, si elles arrivent à pénétrer à l’intérieur, elle inhibe ses fonctions. Il y a comme un frein qui est enclenché.

« Ce que nous cherchons à faire dans mon laboratoire, indique-t-il, c’est d’enlever ce frein pour permettre aux cellules immunitaires de faire leur travail. »

Ce type de traitements en immunothérapie existe déjà. Ils sont proposés à certains patients ayant échoué en chimiothérapie ou en radiothérapie. Ils consistent à injecter des anticorps au patient afin de stimuler son système immunitaire. Ils sont très coûteux, mais fonctionnent très bien… lorsqu’il y a une réponse cependant, ce qui n’est le cas que pour 30 % des personnes.

« Pour les autres, il ne se passe strictement rien, note Alain Lamarre. Une des hypothèses que nous avançons, c’est qu’elles n’ont pas assez de cellules immunitaires. Car à quoi bon débloquer le frein si ensuite il n’y a personne pour s’attaquer au cancer ? Pourquoi elles n’ont pas assez de cellules immunitaires ? Ça, ce n’est pas encore clair. Nous y travaillons afin d’augmenter le ratio de personnes qui répondent bien. »

Vers un vaccin thérapeutique ?

Le professeur avance que les recherches de son équipe offrent ultimement un fort potentiel de guérison de la maladie et d’éventuelles rechutes. Il explique que l’immunothérapie se fonde sur le même principe que la vaccination, à savoir que le système immunitaire est doté d’une mémoire.

« S’il rencontre une nouvelle fois le pathogène que nous lui avons injecté lors du traitement, il va le reconnaître et se défendre avant qu’il ne puisse s’installer, affirme-t-il. Nous avons déjà vu des guérisons totales et spectaculaires, des masses cancéreuses importantes disparaître, même avec métastases. »

Contrairement à une chirurgie ou à la radiothérapie, l’immunothérapie a aussi l’avantage d’être un traitement systémique qui se propage à tout le corps, de sorte que, si le cancer s’installe dans un autre organe, il y sera également repéré.

À terme, le professeur espère bien en arriver à la mise au point d’un vaccin thérapeutique, afin que l’immunothérapie, qui en général provoque moins d’effets secondaires que les autres traitements, puisse être proposée en première ligne.