La marge de profit des pharmacies sera affichée

Les Québécois seront incités à «magasiner» leurs médicaments.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les Québécois seront incités à «magasiner» leurs médicaments.

Lorsqu’ils achèteront leurs médicaments à la pharmacie, les patients recevront une facture détaillant le prix du médicament et la marge de profit du pharmacien. Le ministre Gaétan Barrette a déposé, hier, un amendement en ce sens, dans l’espoir d’inciter les citoyens à « magasiner » leurs médicaments et, au final, de réduire le coût des médicaments.

Cet amendement figure parmi une trentaine d’autres qui ont été apportés au projet de loi no 92, qui vise à accroître les pouvoirs de la Régie de l’assurance-maladie du Québec (RAMQ). « Ces amendements répondent en totalité aux critiques qui ont été formulées par la Vérificatrice générale », a souligné Gaétan Barrette, ministre de la Santé et des Services sociaux, lors d’un point de presse, hier matin, avant la période d’étude détaillée de ces amendements en commission parlementaire. Ces amendements visent à « réduire le coût des médicaments » et à « accroître l’indépendance des pharmaciens » vis-à-vis des différents intermédiaires de la chaîne d’approvisionnement de médicaments, tels que les grossistes et les chaînes à bannière, a expliqué le ministre.

Ainsi, il sera « interdit à un fabricant de conclure avec un grossiste ou un intermédiaire une entente d’exclusivité pour l’approvisionnement en pharmacie d’un médicament ». Il sera interdit à un fabricant d’obliger un pharmacien à s’approvisionner auprès de lui « de manière exclusive ou préférentielle », de « l’inciter ou l’obliger à vendre de manière préférentielle une marque spécifique ». Une telle pratique commerciale empêchait la concurrence, a fait remarquer le ministre, avant de rappeler que « la concurrence est essentielle pour faire baisser les prix ».

D’autres amendements visent à faire augmenter substantiellement le montant des amendes imposées aux fabricants, grossistes et chaînes à bannière qui effectuent de fausses déclarations à la RAMQ ou des fraudes. « Le montant des amendes était dérisoire et n’avait plus l’effet dissuasif qu’elles doivent justement avoir », a indiqué M. Barrette.

Honoraires

Un autre amendement obligera le pharmacien à remettre une facture détaillée à la personne à laquelle il réclame un paiement. Cette facture devra indiquer « les honoraires professionnels du pharmacien, le prix assumé par le régime général et la marge bénéficiaire du grossiste ».

« Les honoraires incluent notamment tous les frais d'électricité, de tenue de stock, les frais de destruction, les pertes, les frais des locaux, la masse salariale et les impôts », précise Christophe Augé, président de l'Association professionnelle des pharmaciens salariés du Québec. 

L’Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP) s’insurge contre ce dernier amendement. « Nous ne sommes pas contre une certaine transparence, mais pas si elle met les pharmaciens dans des positions précaires. Les pharmaciens au Québec sont des entrepreneurs non subventionnés. Cette transparence ne devrait pas faire en sorte que le pharmacien se doive de divulguer l’ensemble de sa structure de prix. Il n’y a pas un commerce de services au détail qui fait ça au Québec, même au Canada. Cette mesure sert surtout les assureurs privés, a déclaré Jean Bourcier, vice-président exécutif et directeur général de l’AQPP. Le fait qu’un assureur aura la possibilité de diriger ses assurés vers un pharmacien qui offrirait un meilleur prix va à l’encontre de la Loi de l’assurance-maladie, qui stipule que le patient doit avoir le libre choix de son pharmacien. »

M. Augé, de l'APPSQ, déplore également que les assureurs privés ne soient pas tenus eux aussi à exposer leur marge bénéficiaire.

Selon le ministre, ces amendements permettront « une économie substantielle de plusieurs millions de dollars ».

3 commentaires
  • Patrick Daganaud - Abonné 11 novembre 2016 01 h 53

    LE PROFIT EST CONTRAIRE À LA SANTÉ

    Il y a longtemps que le secteur de l'industrie pharmaceutique devrait être étatisé.

    Les pharmaciens et les médecins devraient être des salariés de l'État et leurs salaires devraient être revus à l'extrême baisse.

    Nul ne doit « faire du profit » avec la santé.

    Nul ne doit provoquer la maladie pour faire de l'argent avec la santé.

  • Bernard Terreault - Abonné 11 novembre 2016 12 h 53

    Le patient va-t-il s'y reconnaître?

    Le consommateur pourra-t-il juger si la marge de "profit", qui comprend les coûts divers du pharmacien, est justifiée ou non? Et si ce n'est pas lui qui paye, mais le gouvernement, va-t-il se donner la peine de magasiner diverses pharmacies? Il me semble que le gouvernement devrait plutôt négocier un prix pour chaque médicament subventionné, avec les divers fournisseurs mis en concurrence les uns contre les autres.

  • Yvon Bureau - Abonné 12 novembre 2016 12 h 19

    Pour quand une pharmacie-pharmacie?

    Pour une pharmacie-pharmacie.
    Pour une pharmacie juste pharmacie.
    Pour une pharmacie seulement pharmacie.
    Pour une pharmacie rien qu'une pharmacie.
    Bref, pour une Pharmacie.

    Et vivent les pharmaciennes et les pharmaciens, des vrais professionnels de la Santé. Je les admirent.