Les auxiliaires en santé: en faire plus pour moins

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
Les exemples ne manquent pas pour illustrer les responsabilités dorénavant attribuées aux auxiliaires : l’administration des médicaments, les soins de stomies, les pansements secs, les suivis de glycémie et d’insuline, les suivis de gavage…
Photo: iStock Les exemples ne manquent pas pour illustrer les responsabilités dorénavant attribuées aux auxiliaires : l’administration des médicaments, les soins de stomies, les pansements secs, les suivis de glycémie et d’insuline, les suivis de gavage…

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme - Réseau de la santé

Qu’est-ce qu’une auxiliaire en santé et services sociaux ? Le gouvernement dira que c’est d’abord une aide à domicile qui s’occupe de l’entretien ménager, alors que le syndicat affirme que les services offerts sont beaucoup plus importants et s’apparentent à ceux d’une infirmière auxiliaire en CHSLD.

Chantal Dufresne est coordonnatrice à l’équité salariale au Syndicat québécois des employées et employés de service (SQESS), affilié à la FTQ. À ce titre, elle participe aux négociations du secteur public. Le syndicat, qui représente près de 1000 aides à domicile, peine actuellement à planifier des rencontres avec le gouvernement dans le dossier de l’équité salariale. Pourtant, l’espoir d’en arriver à un règlement ne s’élime pas malgré les différences qui séparent les deux parties.

À une certaine époque, le véritable titre d’emploi d’une aide à domicile était auxiliaire familiale et sociale. « D’abord, en 2003, la création de la “loi 90” a fait augmenter les tâches et les responsabilités des auxiliaires. Puis, en 2006, elles sont devenues auxiliaires en santé et services sociaux, après fusion de plusieurs titres d’emploi, et à partir de ce moment-là, les tâches se sont encore alourdies », rappelle Chantal Dufresne.

C’est bien sûr sur le plan des descriptions de tâches que personne ne s’entend. Pourtant, c’est la base pour en arriver à régler le dossier de l’équité salariale. Selon Chantal Dufresne, « pour le gouvernement, les auxiliaires font de l’entretien ménager, préparent des repas et accompagnent les usagers. Pourtant, elles n’ont plus de temps pour ce type de tâches, qui sont aujourd’hui effectuées par des organismes sans but lucratif ». La représentante syndicale compare le travail des auxiliaires à celui des infirmières auxiliaires dans les CHSLD. « Elles ont beaucoup plus de tâches de soins à apporter. Ces tâches, dans une proportion de 60 %, correspondent aux actes délégués par la “loi 90”. »

Les exemples ne manquent pas pour illustrer les responsabilités dorénavant attribuées aux auxiliaires : l’administration des médicaments, les soins de stomies, les pansements secs, les suivis de glycémie et d’insuline, les suivis de gavage… Mais au-delà de ces tâches, ce sont les auxiliaires qui sont en première ligne, et ce sont souvent elles qui détectent les complications. « Par exemple, l’état de démence d’une personne peut s’accentuer, une plaie peut s’infecter ou n’importe quel problème peut survenir ; l’auxiliaire sera les yeux des professionnels de la santé », précise Chantal Dufresne. Dans certaines régions du Québec, les auxiliaires vont aussi travailler avec des gens présentant des problèmes de santé mentale, « ce qui peut vraiment alourdir leurs tâches et présenter une certaine dangerosité, malgré la formation qu’elles reçoivent pour soigner ces gens-là », ajoute-t-elle.

Un processus d’équité salariale gelé

Dans le contexte actuel, un règlement du dossier de l’équité salariale ne semble pas près d’arriver pour le SQESS. « Le gouvernement a plusieurs dossiers à régler et n’a pas beaucoup de disponibilité pour nous rencontrer. On tente de concilier nos emplois du temps, parce que la question de la reconnaissance est prioritaire », déclare la syndicaliste.

Pour que le gouvernement reconnaisse les tâches de soins effectuées par les auxiliaires, il faudrait qu’elles soient inscrites de manière précise dans la description de tâches. Actuellement, elles y apparaissent bel et bien, mais un flou subsiste. La nomenclature précise que l’auxiliaire : « assume un ensemble de tâches ayant pour but d’accompagner et soutenir l’usager, suppléer ses incapacités, elle doit veiller au bien-être et au confort ». Et s’ajoute à cela qu’elle est appelée « à faire l’installation de certains appareils ou donner certains soins plus spécifiques pour lesquels elle a été formée ». Chantal Dufresne affirme que le gouvernement banalise ce dernier point, alors qu’il représente 60 % du travail de l’auxiliaire. « On a demandé à la partie patronale de préciser ce qui, pour elle, représente la partie des soins spécifiques, et on est en attente d’une réponse. »

La formation des auxiliaires en santé et services sociaux représente 975 heures. Elles sont tout à fait en mesure d’effectuer les tâches de soins de santé qu’on leur assigne. « Leur formation de base est supervisée par une infirmière du CLSC qui peut voir à enseigner des actes particuliers ou des actes qu’elles ont appris à l’école, mais qu’elles ont peu pratiqués. L’infirmière doit s’assurer que l’auxiliaire est en mesure de le faire », précise la syndicaliste.

« On ressent une forte injustice dans le dossier de l’équité salariale », poursuit-elle. Actuellement, le travail des auxiliaires se compare à celui des préposés aux bénéficiaires, et « la revendication est d’obtenir un salaire qui se situerait entre celui des préposés et celui des infirmières auxiliaires des CHSLD, parce que les tâches sont comparables ». Fait à souligner, une entente sur l’équité salariale permettra aux infirmières, aux infirmières auxiliaires et aux inhalothérapeutes du Québec d’obtenir une augmentation de salaire moyenne de 5 % en avril 2018.

Les auxiliaires sont bien déterminées à se faire entendre et à faire avancer le dossier. Le 12 ou le 13 octobre prochain, la date n’est pas encore arrêtée, une manifestation devrait avoir lieu devant le Secrétariat du Conseil du trésor, où 500 signatures seront déposées afin de bien signifier au gouvernement que les auxiliaires sont toujours en attente de cette reconnaissance. « On ose être optimistes dans le dossier, parce que pour nous, c’est vraiment important d’être reconnues. »

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