Des gains malgré des négociations difficiles

Claude Lafleur Collaboration spéciale
La FSQ regroupe 7000 infirmières, infirmières auxiliaires, inhalothérapeutes, perfusionnistes, puéricultrices/gardes-bébés et techniciennes en circulation extracorporelle.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La FSQ regroupe 7000 infirmières, infirmières auxiliaires, inhalothérapeutes, perfusionnistes, puéricultrices/gardes-bébés et techniciennes en circulation extracorporelle.

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme - Réseau de la santé

Parvenir à s’entendre avec le ministre de la Santé pour conclure une convention collective n’a pas été chose facile. « Ç’a été très, très, très dur, confie Claire Montour, présidente de la Fédération de la santé du Québec (FSQ). Mais on est parvenus à faire des gains… et je dirais même des gains historiques ! »

« Bien sûr, lors de toute négo, le gouvernement est dur, mais là, il a été particulièrement dur », poursuit-elle. La chef syndicale qualifie même ces négociations de « particulières », puisque le Dr Barrette cherche à se donner un réseau de santé « à son goût, ce qui s’est transporté à la table des négociations ».

Selon ce que relate Mme Montour, Gaétan Barrette n’a que faire des règles de convention, à commencer par le respect de la sécurité d’emploi. Il cherche plutôt à obtenir la flexibilité et la mobilité « tous azimuts », c’est-à-dire à pouvoir déplacer n’importe qui où il veut, comme il veut et quand il le veut, « sans aucune considération pour les personnes ! » dénonce Mme Montour.

Le « terrain » contre la « tour d’ivoire »

Dans le cadre des plus récentes négociations, la présidente de la Fédération de la santé était accompagnée par deux représentants de syndicats locaux.

 

« On a toujours l’impression que les représentants du gouvernement vivent dans une tour d’ivoire, lance Claire Montour, qu’ils pensent du point de vue de grands principes et de directives ministérielles, alors que nous, nous sommes branchés sur le milieu… Chose certaine, on ne parle pas le même langage ! »

Ce qui caractérise la FSQ, selon elle, c’est justement d’être une fédération proche de ses membres. « Notre force comme organisation syndicale, c’est de rassembler des syndicats régionaux qui sont très proches de leurs membres, insiste Mme Montour. Nos syndicats connaissent la réalité de chaque milieu et, au sein de la fédération, on se rassemble pour partager les réalités régionales. On se tient toujours très proches de la réalité. »

Affilée à la CSQ, la FSQ regroupe 7000 infirmières, infirmières auxiliaires, inhalothérapeutes, perfusionnistes, puéricultrices/gardes-bébés et techniciennes en circulation extracorporelle. « Nous sommes présents dans la grande majorité des régions du Québec, précise Mme Montour, et nous sommes dans tous les types d’établissements du réseau de la santé, que l’on parle de clientèles en hébergement, en centre hospitalier, en centre spécialisé, en CLSC, en centre de désintoxication, en centre jeunesse, etc. »

« Notre plus grande fierté »

Mais à force d’arguments et de s’en tenir à ses valeurs, la chef syndicale rapporte que ses collègues et elle sont parvenus à faire entendre raison aux négociateurs gouvernementaux.

« Je pense que s’il y a un mot qui résume notre démarche, c’est bien “ténacité”, lance-t-elle. Ç’a été dur de faire comprendre que ce à quoi nos membres tiennent par-dessus tout, c’est bien la stabilité. »

« Nous voulons des équipes stables et complètes, parce que c’est gagnant pour les patients — et même si ce ne l’est pas pour les colonnes de chiffres, dit-elle. Nous nous sommes donc montrés plus tenaces que le Dr Barrette ! »

Claire Montour explique en fait qu’à force de ténacité et d’argumentation, les négociateurs de la FSQ sont parvenus, dans un premier temps, à « sauver les meubles en préservant le statu quo ».

Ils ont même dû défendre le concept de postes à temps complet pour le personnel infirmier. Souvent, à cause des compressions budgétaires que subit le réseau de la santé, lorsqu’une personne occupant un tel poste prend sa retraite, l’employeur a tendance à créer deux postes à temps partiel, explique la syndicaliste. « C’est dire que la proportion des postes à temps complet s’effrite d’année en année. Mais nous, nous sommes parvenus à réintroduire dans la convention collective la protection de ces postes. »

En outre, lors des négociations, le Dr Barrette cherchait à ce que toute personne puisse dorénavant occuper des postes atypiques, c’est-à-dire, par exemple, travailler selon deux ou trois quarts différents, dans deux ou trois établissements, ou effectuer des quarts de douze heures, selon des horaires inattendus, etc. « Mais nous, on a réussi à mettre de côté de tels postes atypiques, flexibilité et mobilité, indique Claire Montour, puisque, tout compte fait, c’est gagnant pour toutes les parties — gagnant pour le personnel, gagnant pour l’employeur, mais, surtout, gagnant pour les patients. Et ça, c’est notre plus grande fierté ! »

En pratique, la FSQ a ainsi cherché à préserver un nombre suffisant de postes à temps complet par rapport aux postes à temps partiel. « Il ne s’agit pas nécessairement de créer de nouveaux postes,ajoute la chef syndicale. Cela, ce sera une bataille qu’on devra livrer sur le terrain, face aux importantes compressions budgétaires que subissent tous les services de santé. »

 

« Du jamais vu dans le réseau de la santé »

Un autre gain réalisé par les négociateurs a été de parvenir à introduire la notion de ratio personnel-patients. Par exemple, explique Claire Montour, avant les grandes compressions budgétaires, une infirmière oeuvrant en soins intensifs pouvait avoir à s’occuper d’un seul patient qui était sur respirateur, ou de deux patients sans respirateur. « Mais maintenant, on en trouve une pour s’occuper de trois patients et, parfois même, on essaie de lui en ajouter un autre, indique Mme Montour. L’employeur cherche sans cesse à réduire le personnel… »

Elle ajoute, sobrement, qu’en conséquence, les infirmières vivent énormément de détresse psychologique lorsqu’elles ne parviennent pas à fournir les soins requis à ces grands malades. « Tout le monde en souffre, le personnel comme les patients », laisse-t-elle filer.

La fédération a donc obtenu, dans sa nouvelle convention collective, la mise en oeuvre d’un comité spécial pour discuter de la question des ratios personnel-patients, en plus de mener des projets pilotes. « C’est du jamais vu dans le réseau de la santé, clame Claire Montour. Enfin, on va pouvoir parler de se doter de lignes directrices et de critères pour établir des ratios personnel-patients ! C’est un pas important… dont nous sommes très, très fiers. »

À voir en vidéo