Le gouvernement doit réinvestir en santé

Stéphane Gagné Collaboration spéciale
Le rapport fait des constats accablants sur l’état de notre système de santé. Ainsi, le Québec est la dernière parmi les provinces canadiennes en matière d’accès à un médecin de famille. Seulement les deux tiers de la population en possèdent un.
Photo: iStock Le rapport fait des constats accablants sur l’état de notre système de santé. Ainsi, le Québec est la dernière parmi les provinces canadiennes en matière d’accès à un médecin de famille. Seulement les deux tiers de la population en possèdent un.

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme - Réseau de la santé

La présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), Régine Laurent, croit que le gouvernement Couillard doit prendre acte du dernier rapport de la protectrice du citoyen, qui soutient que les compressions budgétaires du gouvernement en santé ont entraîné une diminution de la qualité des soins et des services en santé.

Mme Laurent en a aussi contre les médecins qui refusent toujours de déléguer certains de leurs actes aux infirmières praticiennes spécialisées (IPS), aussi appelées « superinfirmières ». Elle compte continuer à se battre pour assurer une meilleure qualité des soins aux patients et un meilleur accès au système de santé.

Appelée à commenter le dernier rapport de la protectrice du citoyen, Régine Laurent affirme que Philippe Couillard et Gaétan Barrette ne peuvent plus prétendre que leurs compressions n’ont pas eu d’effet sur les soins et les services. Maintenant en situation de surplus budgétaire, le gouvernement doit rapidement réinvestir en santé, croit-elle.

Des constats accablants…

Le rapport fait des constats accablants sur l’état de notre système de santé. Ainsi, le Québec est la dernière parmi les provinces canadiennes en matière d’accès à un médecin de famille. Seulement les deux tiers de la population en possèdent un. Et pour les gens qui en ont un, un accès rapide n’est pas garanti. Seulement 13 % de ces médecins offrent, en cas de besoin, une consultation à leurs patients le jour même ou le lendemain. Ce pourcentage est beaucoup plus élevé en Ontario (37 %) et encore plus élevé en Allemagne (67 %). Dernier triste constat, près de 40 000 personnes âgées de 65 ans et plus étaient toujours en attente de services à domicile cette année.

Non seulement l’accès à la première ligne est déficient, mais la qualité des soins s’est aussi détériorée, déplore le rapport. À ce sujet, le rapport relate plusieurs cas où les soins à des personnes dans le besoin ont été coupés injustement dans le seul but d’atteindre les cibles budgétaires décrétées par le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS). Le cas de la dame atteinte de sclérose en plaques, relaté dans le rapport, est particulièrement troublant. Cette femme, qui recevait 33 heures de soins par semaine, a vu ce nombre d’heures coupé à 12 heures ; ne pouvant passer seule de son fauteuil roulant à son lit, elle a dû se résoudre à dormir dans son fauteuil roulant !

Une réponse gouvernementale inadéquate

Et pourtant, qu’a répondu le premier ministre Couillard à la sortie du rapport ? « Les discours sur les personnes vulnérables, les discours sur la solidarité, avec des finances publiques déséquilibrées et un endettement chronique, ce n’est que du vent, ça ne veut rien dire pour la population. » Mme Laurent a trouvé ce rejet cavalier du rapport irrespectueux envers la fonction de la protectrice du citoyen.

Mme Laurent n’a guère plus apprécié la réplique du ministre de la Santé, Gaétan Barrette, qui jette le blâme sur la volonté du fédéral de réduire la hausse des transferts en santé de 6 à 3 % en 2017-2018. Par ses compressions appréhendées, Ottawa empêchera le Québec d’améliorer la qualité des soins et leur accessibilité, a-t-il dit en substance. Bien que la FIQ ait appuyé la motion votée à l’Assemblée nationale (fin septembre) dénonçant la volonté du fédéral de réduire cette hausse des transferts, « il ne faut pas oublier que la réforme Barrette a déjà eu des effets ravageurs sur le système de santé, depuis deux ans, et que le ministre ne peut pas mettre les éventuels ratés du système uniquement sur le dos du fédéral ».

Toujours pas de « superinfirmières » dans le système

Régine Laurent en a aussi contre le corporatisme des médecins qui s’entêtent à refuser une plus grande autonomie aux IPS. « On est à peu près les seuls en Amérique du Nord à ne pas donner plus d’espace à ces infirmières, déplore-t-elle. La FIQ réclame depuis des années que les IPS puissent poser des diagnostics et entreprendre certains traitements dans le cadre de leur champ de pratique, comme cela se fait partout ailleurs au Canada. Ce rôle plus grand accordé aux IPS et aux professionnelles en soins permettrait d’assurer une meilleure prise en charge des patients, en particulier ceux souffrant de maladies chroniques. » Le Québec est très en retard sur l’Ontario à ce chapitre. Ici, on compte 294 IPS, la plupart du temps sous la tutelle des médecins, alors qu’en Ontario, on en compte plus de 2500, réparties dans 25 cliniques de « superinfirmières », où elles travaillent en autonomie.

Mme Laurent salue la volonté du ministre Barrette selon laquelle il souhaite donner plus d’autonomie aux IPS. Cependant, les résistances sont fortes du côté du Collège des médecins.

L’exemple de la clinique SABSA

La présidente de la FIQ s’explique mal ce blocage. Pourtant, le projet pilote de la coopérative SABSA dans le quartier Saint-Roch à Québec « a prouvé que ces infirmières peuvent travailler en autonomie et résoudre la majorité des cas qui leur sont présentés ». Rappelons qu’au début de 2016, le MSSS avait décidé de couper les vivres à la coopérative sous le prétexte qu’elle ne correspondait pas au cadre du ministère. Au mois de juillet suivant, revirement de situation, le MSSS s’entendait avec la clinique pour qu’elle puisse continuer à opérer.

Une étude récente du chercheur de l’Université de Montréal Damien Contandriopoulos, en association avec six autres chercheurs, a même prouvé l’efficacité de cette clinique. L’étude a démontré que la clinique offrait des soins qui ne sont pas tous offerts dans le système et qu’en traitant des patients ayant une vulnérabilité (40 % des patients de la clinique souffrent de l’hépatite C, du VIH ou du SIDA), cela représentait des milliers de dollars en économies, grâce à la prévention.

Le plus grand rôle joué par les IPS permettrait aussi au gouvernement d’économiser des sous en salaires. Une étude de l’Institut économique de Montréal, réalisée en 2016, montrait ainsi qu’une IPS coûte trois fois moins cher qu’un médecin de famille (93 700 $ contre 264 000). Cela, peu de personnes en seront surprises.

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