La centralisation des services aura des effets négatifs

Caroline Rodgers Collaboration spéciale
Nancy Corriveau, vice-présidente de la FP-CSN, craint une réduction des services disponibles en CLSC.
Photo: iStock Nancy Corriveau, vice-présidente de la FP-CSN, craint une réduction des services disponibles en CLSC.

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme - Réseau de la santé

Les projets qui visent à centraliser les services de santé dans le but d’en diminuer les coûts menacent la qualité de ceux qui sont déjà offerts, dénonce la FP-CSN, qui regroupe les professionnels de la Confédération des syndicats nationaux.

« Avec la réforme du docteur Barrette, on est en train de détruire ce qu’on a mis plus de quarante ans à bâtir », déplore Nancy Corriveau, vice-présidente de la Fédération.

La fin des CLSC ?

Elle cite en exemple la centralisation des ressources vers les médecins des groupes de médecine familiale (GMF), une décision qui risque de heurter la population en bout de course. « On siphonne les ressources des CLSC au point où l’on peut se demander si on ne se dirige pas carrément vers la fin des CLSC, car nous savons, aujourd’hui, que ces ressources ne seront pas remplacées. Elles sont drainées vers le système privé parallèle que sont les groupes de médecine familiale. On prend les budgets des établissements pour les envoyer vers les GMF. On s’interroge à savoir pourquoi on n’a pas pris cet argent pour le mettre dans les services des CLSC. On a pourtant actuellement une première ligne accessible pour tous, qui fonctionne bien. »

Par exemple, un parent dont l’adolescent éprouve des problèmes de consommation de drogues et qui se serait normalement adressé à son CLSC pour obtenir l’aide de professionnels risque de ne pas obtenir les services dont il a besoin, explique Mme Corriveau.

« Ce sont principalement les travailleurs sociaux qui sont transférés, note-t-elle. Avec les CLSC, il y a des points de service partout, et c’est très accessible. C’est une excellente formule, qui fonctionne bien. Il y a des délégations d’autres pays qui viennent ici pour voir comment notre système de CLSC fonctionne, car c’est un modèle reconnu mondialement, et la tendance, partout, est à la décentralisation. Au lieu de bonifier cette formule et d’investir dans la première ligne, le ministre envoie ces ressources dans les GMF. C’est une vision archaïque où le médecin est au centre de tout. Or, est-ce vraiment nécessaire de voir un médecin pour avoir accès à une travailleuse sociale ? Au lieu de rapprocher les services de la population, il les rapproche des médecins. »

Cette approche serait aussi plus coûteuse, croit-elle. « C’est une vision à très court terme. On voit déjà les impacts sur les services. Les services psychosociaux en CLSC fonctionnent bien avec toute une gamme de services spécialisés, groupes d’entraide, nutritionnistes, psychologues, travailleurs sociaux et autres. Ces services sont nécessaires pour faire de la prévention. En passant toujours par le médecin, on ajoute des coûts au service public. C’est une vision plus médicale de la santé. »


Optilab

L’idée de centralisation est aussi derrière le projet Optilab, un réseau de mégalaboratoires qui feront les analyses des échantillons à la place des hôpitaux.

« Cela va obliger le transport des échantillons, déplore Nancy Corriveau. Par exemple, les prélèvements de Gaspé devront se rendre à Rimouski. On va faire parcourir des kilomètres à des échantillons qui ont des règles de conservation à respecter. Si un prélèvement est perdu, on va devoir le refaire. De plus, si tout est centralisé, on va perdre l’expertise en région. Selon les régions, il y aura de 15 % à 20 % de ressources en moins. Nous croyons également qu’il y aura des délais plus longs. Plus on fait de manipulation des échantillons et plus il y a des étapes, plus on risque d’avoir des problèmes en cours de route. »


Absence de consultation

L’autre critique formulée à l’endroit de Gaétan Barrette est de ne pas consulter les professionnels sur le terrain avant de prendre des décisions. « Ce qu’il faut retenir, c’est que le ministre a une vision uniquement médicale des services sociaux, qui va à l’encontre de meilleures pratiques. On complexifie l’accès aux services. Les professionnels qui donnent ces services ne sont pas consultés, ce sont des décisions qui partent d’en haut. C’est décidé à Québec et c’est appliqué. Et une fois que c’est fait, même si on constate des problèmes, il n’y aura plus d’investissements. »

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