Rebecca (prénom d'emprunt)

Photo: Valérian Mazataud Studio Hans Lucas Aujourd’hui, Rebecca contrôle sa consommation, aidée par une prescription de méthadone.

Il y a 16 ans, Rebecca claquait la porte de son bureau de comptables après 25 ans, étrangère à ce milieu dans lequel elle ne se reconnaissait plus. À 56 ans, elle en compte 35 de consommation d’héroïne. Elle a maintenu l’illusion tout au long de sa carrière, dit-elle.

C’est la curiosité qui l’a poussée à essayer la drogue. « Au début, c’était seulement les fins de semaine. Et puis… on devient vite accro. » À trois ou quatre reprises, elle a tenté de décrocher, avant d’y revenir. « Ces périodes ont toujours été très difficiles. »

Pendant quelques années, elle tient une boutique de vêtements d’occasion au coeur de Montréal. « J’ai eu une belle vie. » Depuis quatre ans, elle intervient auprès de personnes toxicomanes. C’est le milieu qu’elle a choisi.

Aujourd’hui, Rebecca contrôle sa consommation, aidée par une prescription de méthadone. C’est habituellement chez elle qu’elle consomme, une ou deux fois par jour. Jamais seule.

Elle connaît trop bien les risques associés à un « hit » isolé. « Si tu fais un arrêt cardiaque ou respiratoire, personne n’est là pour te faire revenir, il suffit de quelques minutes pour mourir. On croit souvent à tort que, derrière une surdose mortelle, il y avait l’intention de se suicider. »

Mais il lui arrive de devoir consommer ailleurs. Comme cette journée où elle vient nous rencontrer après le travail. Pas le temps de faire un aller-retour chez elle, mais elle doit consommer.

 

« J’ai utilisé les toilettes d’un lieu public, un ami m’attendait à l’extérieur. Bien sûr, s’il y avait eu un SIS, c’est là que je serais allée. J’arrive à m’organiser, à prévoir le moment où je vais devoir consommer. Mais beaucoup d’usagers dans la rue se retrouvent en état de manque et c’est là qu’ils sont les plus vulnérables. Ils peuvent acheter n’importe quoi, auprès du premier vendeur venu, sans savoir vraiment ce qu’ils vont s’injecter. L’accès à un SIS est non seulement vital, il va aussi permettre aux utilisateurs d’adopter des pratiques plus sécuritaires. »
 

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