Juliette (prénom d'emprunt)

Photo: Valérian Mazataud Studio Hans Lucas Juliette, la jeune vingtaine, loin du cliché de la «junkie», terminait ses études en arts visuels il y a huit mois.

« Parfois, ça me pose problème avec des vendeurs qui ne me connaissent pas : ils croient que je suis un agent double. » Juliette, la jeune vingtaine, loin du cliché de la junkie, terminait ses études en arts visuels il y a huit mois et s’initie aujourd’hui à l’art du tatouage. « L’image que les gens ont de nous, cette idée qu’on serait juste esclaves de la drogue… C’est paternaliste et infantilisant. »

« J’ai la chance d’avoir un chez-moi et des amis compréhensifs par rapport à ma consommation. Ça me donne accès à un environnement sécuritaire, mais il n’y a pas tout le temps quelqu’un avec moi quand je dois consommer. » Juliette opte alors pour des toilettes, une ruelle. « En cas de surdose, on me trouvera. » À raison de plusieurs injections par jour, environ quatre jours par semaine, Juliette consomme de l’héroïne et des médicaments opioïdes.

« Je continuerai à consommer chez moi. Mais pour les fois où il m’arrive de consommer dehors, j’irai plutôt dans un SIS. Quand tu es en manque, tu dois t’injecter ta dose immédiatement, sinon tu tombes malade. Tu cherches alors le lieu le plus proche. »

L’image que les gens ont de nous, cette idée qu’on serait juste esclaves de la drogue… C’est paternaliste et infantilisant.

 

« Aujourd’hui, c’est la ruelle et tous les risques qui viennent avec. On ne sait pas toujours ce qu’on achète, avec quoi la drogue est coupée… C’est un peu la roulette russe quand tu t’injectes de la drogue. »

Pour Juliette, la drogue est une stratégie d’adaptation. « Une consommation soutenue ou abusive est une réaction au système dans lequel on vit ou à ce qu’on a vécu. » Il y a deux ans, elle recevait un diagnostic de dépression. « La drogue m’a aidée à chasser les pensées suicidaires. » Elle évoque plus qu’elle ne raconte, tenant à une certaine pudeur d’où perce subtilement une sensibilité abyssale.

Lucide, Juliette sait la fragilité de sa béquille et s’interroge sur sa consommation.

Elle fréquente plusieurs ressources offrant des services aux utilisateurs de drogue par injection afin d’être accompagnée dans sa réflexion.
 

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