Jérôme

Photo: Valérian Mazataud / Studio Hans Lucas Jérôme occupe aujourd'hui un emploi au sein d’une ressource communautaire, a un réseau social, partage un appartement.

« La consommation contrôlée, pour moi, ça ne s’est pas fait du jour au lendemain. J’ai connu la rue et tout ce qui va avec. Quand tu n’as rien, la drogue devient un pansement social. » Jérôme balaye du regard sa cour fleurie.

Aujourd’hui, il occupe un emploi au sein d’une ressource communautaire, a un réseau social, partage un appartement. « C’est ce qui me sauve la vie. » Il consomme occasionnellement, deux ou trois fois par mois, « pour le plaisir ».

« Quand j’achète ma dope, généralement au centre-ville, il peut m’arriver d’avoir envie de consommer tout de suite, de ne pas pouvoir attendre d’être rentré chez moi. S’il y avait un SIS, c’est là que j’irais. »

En attendant, Jérôme trouve refuge dans une ruelle, les toilettes d’un édifice public ou d’un café. « J’ai la chance de paraître relativement bien, on ne me pose pas trop de questions. Et je fais surtout bien attention de ne laisser aucune trace. Ça m’agace de voir traîner du matériel d’injection usagé. Si nous, consommateurs, voulons voir changer les mentalités, c’est aussi à nous de faire un geste. On ne peut pas demander aux gens de nous accepter sans faire un effort. »

Le sentiment de rejet, l’impression d’être considéré comme un déchet, Jérôme connaît trop bien. « Parfois, un simple regard suffit à te faire baisser les yeux, tu sens le poids du jugement. »

Alors, quand il entend des utilisateurs de drogue par injection (UDI) se qualifier eux-mêmes de junkies, il réagit parce qu’il en va de sa dignité et de celle de ses pairs.

Les SIS, Jérôme croit qu’ils pourraient aider les UDI à mieux consommer.

« Il y a beaucoup à faire autour du rituel de l’injection pour lutter contre les infections. Ne serait-ce que l’accès à une eau et un environnement stériles. Quand tu es tout seul, caché, personne ne peut te donner de conseils pour modifier ton rituel. Il faut donner les moyens au monde de ne pas se maganer. »

 

---

À lire aussi:

L’insécurité pèse lourd sur les junkies

Le milieu veut encore y croire

Cinq visages de la toxicomanie

 

Pour consulter ce reportage en grand format. cliquez ici.

À voir en vidéo