Un laboratoire neuf qui restera vide

Un tout nouveau laboratoire ne servira qu’à 30 % de ses capacités en raison d’une centralisation des services dans un autre hôpital de la région.
Photo: Alexei Cruglicov Getty Images Un tout nouveau laboratoire ne servira qu’à 30 % de ses capacités en raison d’une centralisation des services dans un autre hôpital de la région.

L’hôpital de Saint-Jean-sur-Richelieu vient tout juste de terminer la construction d’un tout nouveau laboratoire qui ne servira qu’à 30 % de ses capacités en raison d’une centralisation des services dans un autre hôpital de la région. On savait pourtant depuis des années que Québec travaillait à une vaste réorganisation des services de laboratoire à travers le Québec, mais personne n’est intervenu avant le mois dernier pour mettre un terme aux travaux d’agrandissement du laboratoire de l’hôpital du Haut-Richelieu, qui se retrouve aujourd’hui avec une immense coquille vide.

« La décision du ministère de la Santé [d’arrêter les travaux] peut paraître un peu tardive, mais je pense que c’est une bonne décision étant donné le fait qu’on va épargner des coûts d’aménagement », soutient le p.-d.g. du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de la Montérégie-Centre, Richard Deschamps, en entrevue au Devoir.

Cela fait un peu plus de deux ans que les travaux de modernisation sont en cours à l’hôpital du Haut-Richelieu avec la construction d’une nouvelle aile qui accueillera notamment l’urgence, les soins intensifs et le bloc opératoire. Tout un étage a été consacré aux nouveaux laboratoires. En même temps, le gouvernement planchait sur un projet d’optimisation des laboratoires médicaux du Québec et il était de notoriété publique depuis 2012 que la majorité des tests médicaux seraient centralisés dans quelques grands hôpitaux.

« Il y avait un moratoire partout à travers le Québec pour dire : n’achetez pas de nouveaux équipements parce qu’on va reconfigurer l’organisation des services en laboratoire à travers le Québec. C’était normal, parce qu’on ne voulait pas que tout le monde se retrouve avec des superlaboratoires, ce sont des fonds publics. Mais pendant ce temps-là, il y avait des travaux de construction qui se tenaient et, étant donné le fait que l’orientation des laboratoires n’était pas finalisée jusqu’à tout récemment, les travaux se sont poursuivis », explique le p.-d.g. du CISSS.

Temps d’arrêt

Ce n’est que le mois dernier que le ministère est intervenu pour demander « un temps d’arrêt » dans les travaux, confirme Richard Deschamps. « Les gens du ministère ont indiqué qu’il y avait une trop grande superficie pour les activités à venir pour le laboratoire étant donné le fait que l’hôpital Charles-Lemoyne devenait le laboratoire principal pour la région. »

Le problème, c’est que la construction de la « coquille externe » est déjà terminée. « Le troisième étage est construit, mais ce n’est pas aménagé. C’est sur le plan de l’aménagement que le ministère se donne un temps d’arrêt. »

Il estime que 30 à 40 % de l’espace servira tout de même aux laboratoires, puisque les anciens locaux sont « vétustes ». Quant à « l’espace résiduel », le CISSS regarde les possibilités avec le ministère de la Santé. « Il s’agira juste de reprendre la planche à dessin et de dire, dans la modernisation de notre hôpital, quelle serait l’autre priorité que l’on pourrait accorder pour utiliser cet espace-là. Dans le fond, c’est un beau problème. »

Fonds publics

Le p.-d.g. du CISSS de la Montérégie refuse de parler de gaspillage de fonds publics : « La perte d’argent, elle viendrait surtout si on l’aménageait à 100 % et qu’on ne l’utilisait pas, là, on aurait une perte d’argent. » Il convient tout de même qu’une meilleure coordination aurait été souhaitable. « Dans un monde idéal, les travaux de construction auraient été tout de suite finalisés avec les orientations d’Optilab, ça aurait été souhaitable, mais ça ne marche pas tout le temps comme ça. »

La vice-présidente de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé (APTS), Nicole Déry, dénonce ce cafouillage : « C’est encore de l’argent gaspillé dans le béton. »

Ni le ministère de la Santé, ni la Société québécoise d’infrastructure (SQI) n’étaient en mesure de chiffrer, jeudi, les montants déjà engloutis dans la construction du nouveau laboratoire. Le projet global est évalué à 105 millions de dollars. Impossible également de savoir si des pénalités pourraient être réclamées par le promoteur.

N’aurait-il pas fallu arrêter les travaux avant ? « On a arrêté avant d’engager des dépenses sur l’équipement, répond Joanne Beauvais, l’attachée de presse du ministre de la Santé. Si on installe d’autres services et fonctions [dans les nouveaux locaux], ça va servir quand même et ce sera un espace qui aura été rénové. »

Au ministère, on rappelle que « la démarche Optilab prévoit, à terme, des économies récurrentes de quelques dizaines de millions de dollars à l’échelle de la province ».


 
1 commentaire
  • Clermont Domingue - Abonné 11 septembre 2015 11 h 19

    cafouillage..

    Devant le cafouillage, il faut penser incompétence,mais il faut aussi voir pot- de- vin.La Commission Charbonneau nous a bien montré que c'est dans le béton que se trouve le meilleur cru.