Les enfants plus à risque à la maison qu’à l’école

Les chercheurs ont remarqué que 37% des expositions accidentelles aux arachides s’étaient produites au domicile des enfants.<br />
Photo: Thinkstock Les chercheurs ont remarqué que 37% des expositions accidentelles aux arachides s’étaient produites au domicile des enfants.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, les enfants allergiques aux arachides sont beaucoup plus à risque d’être exposés à leur allergène à la maison qu’à l’école, où la présence d’arachides est souvent défendue. Qui plus est, la plupart des réactions allergiques que ces expositions provoquent ne sont pas prises en charge adéquatement, révèle une étude canadienne.

Les chercheurs ont recruté 1941 enfants atteints d’une allergie aux arachides dans les cliniques d’allergie de l’Hôpital de Montréal pour enfants, de l’Hôpital pour enfants de la Colombie-Britannique ainsi que d’organisations de défense des personnes allergiques. Durant la période étudiée, ils ont relevé 567 expositions accidentelles aux arachides qui étaient survenues chez 429 enfants.

Les chercheurs ont été surpris de constater qu’une aide médicale n’avait été recherchée que dans 29 % des expositions ayant conduit à une réaction modérée ou sévère, et parmi les enfants qui furent alors examinés par un professionnel de la santé, seulement 37 % avaient reçu de l’épinéphrine. De même, à peine 9 % des cas de réaction modérée et 22 % des cas de réaction sévère qui avaient été pris en charge à l’extérieur d’un établissement de soins de santé s’étaient vu administrer de l’épinéphrine.

Selon les auteurs de l’étude, dont les résultats sont publiés dans la revue Clinical and Translational Allergy, la prise en charge des réactions allergiques modérées et graves est clairement « inadéquate », et ce, autant par les médecins que par les personnes chargées de prendre soin des enfants.

Ils insistent sur la nécessité de sensibiliser le public encore plus à « l’importance d’éviter toute exposition à l’allergène et de gérer promptement et adéquatement une anaphylaxie ».

L’anaphylaxie est une réaction allergique sévère qui se caractérise par l’atteinte simultanée des systèmes cutané et gastro-intestinal, ou par une défaillance cardiovasculaire. « L’enfant présente des plaques rouges sur la peau et il vomit, ou bien il est en hypotension : il paraît amorphe ou perd connaissance », précise le Dr Moshe Ben-Shoshan, allergologue à l’Hôpital de Montréal pour enfants et co-investigateur de l’étude. « Chaque fois que survient une anaphylaxie, on doit administrer de l’épinéphrine, qui est le seul traitement capable de stopper la progression de la réaction anaphylactique. »

Prévenir plutôt que guérir

Il recommande de procéder à une injection d’épinéphrine même dans les situations moins claires où la réaction allergique n’est présente qu’au niveau de la peau, mais qu’elle progresse comme une urticaire. « Vaut mieux prévenir que guérir, on ne court pas de risque. Beaucoup de parents et même de médecins donneront du Benadryl [diphenhydramine] dans de tels cas, mais le Benadryl n’agit pas sur les symptômes respiratoires ou cardiaques, il ne traite que les symptômes cutanés et il cause de la somnolence, ce qui est embêtant, car on ne saura pas s’il s’agit d’un effet du Benadryl ou d’un début d’hypotension », souligne-t-il.

« Chaque fois que l’enfant a une réaction allergique, il est préférable qu’il soit vu par un médecin ou qu’il soit amené à l’hôpital après qu’on lui aura administré l’épinéphrine, parce qu’on ne sait jamais comment la réaction va progresser. De 10 à 20 % des personnes développent une seconde réaction près d’une heure après que les symptômes ont disparu. Même une réaction cutanée nécessite une visite médicale parce qu’on ne sait comment elle peut progresser », poursuit le spécialiste.

Or, les parents et même les médecins généralistes hésitent souvent à administrer l’épinéphrine. « Les parents ont souvent peur de faire plus de mal que de bien et de ne pas l’administrer correctement, affirme le chercheur. Plusieurs médecins et parents croient à tort que l’épinéphrine induit des effets secondaires, comme des problèmes cardiaques, tels que l’arythmie. Mais en réalité, de tels effets n’ont été rapportés que très rarement et que dans des cas où on avait administré de hautes doses d’épinéphrine par voie intraveineuse, alors qu’on l’administre habituellement par voie intramusculaire. Il n’existe pas de contre-indication sérieuse à l’administration d’épinéphrine. »

Les investigateurs ont également remarqué que 37 % des expositions accidentelles aux arachides s’étaient produites au domicile des enfants, 14,3 % à la résidence d’un ami ou d’un parent, 9,3 % dans un restaurant, 5 % dans une école ou une garderie interdisant les arachides et 3 % dans une école ou une garderie les autorisant.

Pour expliquer le fait qu’un plus grand nombre d’expositions accidentelles survient à la maison plutôt qu’à l’école, le Dr Ben-Shoshan fait remarquer qu’« à l’école, les enfants consomment le contenu de la boîte à lunch que leurs parents ont préparée avec soin. C’est surtout à la maison que de nouveaux aliments sont introduits, et souvent les parents y porteront moins attention ou n’en vérifieront pas le contenu. Une autre étude effectuée au Canada a montré que les personnes qui ont la responsabilité de prendre soin d’enfants atteints d’allergie seront plus vigilantes qu’avec leurs propres enfants ».

Fausse impression de sécurité

Les chercheurs expliquent aussi la fréquence plus élevée des expositions accidentelles dans les écoles interdisant les noix et les arachides que dans celles les autorisant au fait que « l’interdiction donne une fausse impression de sécurité. »« Les enfants croient qu’on peut tout manger dans les écoles où sévit l’interdiction, alors que dans les écoles permissives, on demeure plus vigilant en raison de la possibilité d’entrer en contact avec l’allergène », explique l’allergologue de McGill.

Les chercheurs ont également relevé que plus l’allergie était présente depuis longtemps dans la vie de l’enfant, plus le risque d’exposition accidentelle était faible, « parce que les enfants ont adopté de meilleures stratégies d’évitement de l’allergène avec le temps ».

Les enfants allergiques à d’autres aliments couraient également moins de risque d’entrer en contact avec les arachides, car « ils se savent plus susceptibles d’être victimes d’une réaction grave et ils sont par conséquent plus vigilants ». Par contre, les adolescents étaient plus enclins d’être exposés à l’allergène, « vraisemblablement en raison de leur penchant à prendre des risques ».

1 commentaire
  • Pierre Hélie - Inscrit 30 avril 2015 07 h 28

    A propos des allergies aux arachides

    Je voudrais rapporter deux études récentes, l'une qui semble assez clairement indiquer que l'exposition en bas âge des enfants à risque de développer cette allergie diminue de beaucoup le risque de devenir allergique aux arachides plus tard (New England Journal of Medicine), et l'autre qui démontre qu'il y a surdiagnostic de cette allergie car les tests standards ne sont pas fiables (Journal of Allergy and Clinical Immunology). Donc oui à l'épinéphrine, mais revoir la stratégie globale aussi!