L’obésité au Québec coûte 1,5 milliard par an

Les gens ont tendance à sous-estimer leur poids en répondant à ces sondages : un autre facteur qui fait croire aux chercheurs que leur estimation de 1,5 milliard est modérée.
Photo: Tim Boyle Agence France-Presse Les gens ont tendance à sous-estimer leur poids en répondant à ces sondages : un autre facteur qui fait croire aux chercheurs que leur estimation de 1,5 milliard est modérée.

L’estimation des chercheurs est prudente et pourtant, elle impressionne : l’obésité gonfle le coût des soins de santé au Québec d’au moins 1,5 milliard de dollars par an. En guise de réponse, ministre de la Santé Gaétan Barrette préconise la sensibilisation de la population et exclut pour l’instant des solutions comme la taxation des boissons sucrées.

Plus de visites chez le médecin et surtout, beaucoup plus d’hospitalisations : ces deux conséquences directes de l’obésité expliquent le fardeau économique de l’obésité tel que calculé par les chercheurs de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) et rendu public mardi. Cela représente 10 % des coûts totaux de ces deux postes budgétaires.

Ce n’est que la pointe de l’iceberg, car les chercheurs n’ont pas encore inclus dans leurs calculs le coût des médicaments ou de la perte de productivité, par exemple. C’est la prochaine étape. « Les études ailleurs dans le monde tendent à montrer que les coûts indirects sont souvent aussi, sinon plus élevés que les coûts directs », indique Chantal Blouin, qui a dirigé l’étude.

C’est la première fois qu’on dispose d’une telle estimation. Les chercheurs ont utilisé les données de l’Enquête sur la santé des collectivités canadiennes de Statistique Canada de 1994 à 2011. Les gens ont tendance à sous-estimer leur poids en répondant à ces sondages : un autre facteur qui fait croire aux chercheurs que leur estimation de 1,5 milliard est modérée.

Loin de Mme Blouin l’idée de culpabiliser les individus pour le fardeau qu’ils représenteraient pour la collectivité. Pour elle, c’est une problématique fondamentalement sociale, et il faut intensifier les actions. « Pour réduire ces conséquences économiques, il faut créer des environnements où c’est plus facile de bien manger et d’être actifs », dit-elle.

« L’idée, c’est de se bâtir un portefeuille de politiques publiques qui ensemble, vont avoir un impact. Ce n’est pas un seul sac de sable qui va freiner l’inondation. »

Réponses individuelles ou collectives?

La Coalition québécoise pour la problématique du poids en a profité pour relancer son idée de taxer les boissons sucrées. « J’espère que le gouvernement va réaliser l’urgence de s’attaquer à cette problématique », dit sa directrice Corinne Voyer. Elle estime que Québec pourrait récupérer ainsi au moins 80 millions de dollars par an et les réinvestir dans d’autres interventions.

Cette mesure ne séduit pas le ministre de la Santé Gaétan Barrette. « Actuellement, nous ne sommes pas dans un processus de taxation supplémentaire », a-t-il déclaré aux journalistes lors d’une mêlée de presse. Le ministre estime que le rôle de la santé publique dans ce dossier en est un de « persuasion de la population de changer ses habitudes de vie et alimentaires » et que, en cas d’échec, on peut « aller vers des mesures dissuasives ». « Mais actuellement, nous ne sommes pas rendus là », tranche-t-il.

Selon les informations obtenues par Le Devoir, le rapport de l’INSPQ sur l’obésité a été présenté une première fois au ministère de la Santé au milieu de l’automne. Sa publication, qui aurait été retardée, était fort attendue dans le milieu de la lutte contre l’obésité.

L’Association pour la santé publique du Québec rappelle l’importance d’investir en prévention. « Chaque dollar investi en promotion de la santé et en prévention permet d’économiser 5,60 $ en soins », rappelle sa directrice générale, Lucie Granger.

« Nous n’en avons pas assez fait pour renverser la tendance », croit pour sa part Corinne Voyer.

La solution ne peut absolument pas reposer sur les seuls individus, selon elle. « Quand on est rendu à près de 60 % de la population qui est en surpoids ou obèse, c’est un enjeu social et collectif. Nous sommes déjà en retard, il va falloir faire preuve d’audace ! » L’Enquête sur la santé des collectivités canadiennes de Statistique Canada chiffre le taux d’embonpoint ou d’obésité des Québécois à 50 % en 2011. Mais il s’agit de déclarations volontaires. Les études qui mesurent le poids réel des individus pointent un taux qui avoisine les 60 %.

La ministre déléguée à la Santé publique, Lucie Charlebois, promet de rendre publique la politique nationale de prévention d’ici la fin de l’année 2015.

9 commentaires
  • Gaetane Derome - Abonnée 18 février 2015 00 h 56

    Le ministre n'est pas pro-actif dans ce cas-ci..

    Il me semble que lorsqu'on est rendu a 60% de personnes en surpoids et plus de 1,5 milliards de dollars par an en cout de sante,et ici les medicaments et les couts d'invalidite n'ont pas ete pris en compte,il faut devenir un peu plus pro-actif que seulement sensibiliser la population.
    Pourtant le ministre ne se gene pas lorsqu'il s'agit de mettre une loi baillon et ainsi recuperer seulement quelques millions(peut-etre)au prix de plusieurs emplois.Pourquoi est-il si timide dans ce cas-ci?
    On sait pourtant qu'augmenter le prix des cigarettes a eue un certain effet,du moins au debut,concernant l'arret tabagique.Et puis maintenant ces taxes au moins rapportent pour les soins de sante qu'on doit donner au 20% de fumeurs qui restent lorsqu'il y a lieu.
    Alors,pourquoi pas une taxe sur certains aliments en commencant par les boissons sucres...

    • Élaine Bissonnette - Abonnée 18 février 2015 12 h 29

      C'est bien dans le même ordre que de taxer boissons gazeuses et le coût engendré par l'obésité. On n'est pas dans la culpabilisation mais dans les faits. Personne ne va vous en vouloir pour ça. Vous récolterai peut-être un peu plus de crédibilité .

  • Denis Marseille - Inscrit 18 février 2015 06 h 05

    Selon moi...

    L'obésité est entrain de scrapper notre système de santé. Parlez-en à la FMOQ et aux infirmières, elles vous diront ce qu'elles en pensent!

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 18 février 2015 07 h 08

    obésité

    Acceptez votre obésité et restez chez-vous. Je suis un fumeur et je n'achale personne avec mes poumons. Le docteur n’aura qu’un seul diagnostic envers moi : «Il est mort». Et mon homélie sera : «Il est mort comme il a vécu, dans la boucane.» Sur ma porte est écrit : «Défendu aux non-fumeurs». Je suis responsable de mes actes et je m'accepte comme je suis. Vous ne me verrez pas arpenter les corridors d'hôpitaux à me plier aux exigences de d'autres.

    PL

  • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 18 février 2015 07 h 24

    La réponse du ministre

    Réponse du ministre: Faites comme moi. Obtenez un million de dollars en prime. Ça paie les régimes minceur.

    Desrosiers
    Val David

  • Marcel Lemieux - Inscrit 18 février 2015 08 h 49

    Surtaxer les boissons gazeuses, gâteaux indutrielles, les fastfood food etc etc. Récupèrer les taxes pour réduire le prix des fruits et légumes don les prix sont