Une première clinique sans médecins ouvre ses portes

De la simple otite aux urgences mineures, en passant par le suivi des maladies chroniques, les infirmières pourront offrir différents soins de première ligne.
Photo: Jean-Sébastien Evrard Agence France-Presse De la simple otite aux urgences mineures, en passant par le suivi des maladies chroniques, les infirmières pourront offrir différents soins de première ligne.

Dans la basse-ville de Québec, les gens pourront bientôt se faire soigner dans une clinique de quartier pilotée exclusivement par des infirmières. Financé par la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ), ce projet-pilote est une première du genre au Québec.

 

« Nous passons à l’action », a déclaré fièrement la présidente de la FIQ, Régine Laurent, qui espère que d’autres établissements similaires pourront apparaître au Québec.

 

De la simple otite aux urgences mineures, en passant par le suivi des maladies chroniques, la FIQ souhaite permettre aux infirmières d’assurer différents soins de première ligne.

 

Située à la frontière des quartiers Saint-Roch et Saint-Sauveur, la clinique existe déjà sous le nom de Coopérative de santé SABSA. Une jeune infirmière praticienne, Isabelle Têtu, et une infirmière à la retraite, Maureen Guthrie, l’avaient créée à la fin 2011 pour faire le suivi des gens souffrant d’hépatite C dans le secteur. Au moins 200 personnes y étaient soignées de façon bénévole.

 

Or les deux femmes ont réalisé que les besoins dans le quartier étaient autrement plus vastes. « On a eu un contact privilégié avec les citoyens des quartiers Saint-Roch et Saint-Sauveur qui nous ont consultées pour d’autres besoins de santé », a expliqué Mme Têtu.

 

Mme Têtu est ce qu’on appelle une infirmière praticienne, ou « superinfirmière », ce qui lui permet de prodiguer davantage de soins qu’une infirmière ordinaire. Elle et sa collègue Maureen Guthrie faisaient rouler la clinique les soirs et les fins de semaine de façon bénévole.

 

Lors de leur plus grosse année, elles fonctionnaient avec 35 000 $, ce qui permettait de payer le local et le matériel. Dès lors, les 150 000 $ investis par la FIQ dans le projet-pilote prennent l’allure d’un « penthouse », a dit Isabelle Têtu en riant. Avec cela, elles vont pouvoir payer des salaires et ouvrir la clinique à temps plein à partir de l’automne.

 

Pour Maureen Guthrie, qui est à la retraite, il s’agit simplement de redonner au suivant. « J’ai été chanceuse dans la vie, puis je me dis que si je suis capable de redonner, c’est tant mieux. »

 

Les deux femmes se sont connues parce qu’elles travaillaient dans le même CLSC. Là comme ailleurs, elles ont vu beaucoup de gens tomber dans les failles du système. Elles rejoignent beaucoup d’ex-détenus, des toxicomanes, des gens avec des problèmes de santé mentale, des marginaux.

 

Mme Guthrie est formelle : les gens qui les visitent n’iraient pas ailleurs. « Ils n’ont pas le même schème de valeurs. Ils ne sont pas capables d’attendre une couple d’heures à l’urgence. Ils ont peur d’être jugés, ils ont de la misère avec l’attente. » En plus des infirmières, des intervenants psychosociaux pourront faire le suivi des patients sur le terrain si nécessaire.

 

Alexandra Guérin, 36 ans, fait partie de leurs patients. Elle y est allée pour des problèmes alimentaires et son suivi de grossesse. Lors de l’annonce du projet-pilote mercredi, cette jeune femme issue de la culture punk et éprouvant des problèmes d’anxiété a louangé le « soutien physique et psychologique » qu’elle y avait reçu.

  

Combler les lacunes

 

Les deux infirmières soulignent qu’elles n’ont aucunement l’intention de remplacer ce qui existe déjà. Leur objectif est plutôt de combler les lacunes de la première ligne et de raccrocher les patients au système de santé. « On développe leur confiance, on les amène à consulter », explique Mme Guthrie. « Le but, ce n’est pas de sortir les gens du système, c’est de les y faire entrer »,résume sa collègue.

 

La FIQ se donne jusqu’à un an et demi pour évaluer ce projet, qui sera aussi étudié par une équipe de chercheurs en sciences infirmières de l’Université Laval et de l’Université de Montréal. L’équipe sera dirigée par les professeurs Bernard Roy de l’Université Laval ainsi que Damien Contandriopoulos et Arnaud Duhoux de l’Université de Montréal.

 

Les chercheurs comptent évaluer les effets sur les populations desservies et les économies générées pour le système de santé s’il en est. M. Roy souligne que des cliniques de ce genre ont déjà fait leurs preuves en Ontario et dans le Grand Nord.

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