Bouger contre l’obésité

Olivier Fortier, 34 ans, et Marie-Josée Desjardins, 51 ans, s’entraînent au Centre EPIC de l’Institut de cardiologie de Montréal.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Olivier Fortier, 34 ans, et Marie-Josée Desjardins, 51 ans, s’entraînent au Centre EPIC de l’Institut de cardiologie de Montréal.

Ne lui parlez pas de poignées d’amour ni de rondeurs, Olivier Fortier était gros, très gros, trop gros. « Je faisais de l’obésité morbide », lance-t-il sans aucune gêne en revenant d’un entraînement jeudi soir. Lorsqu’il est allé voir son docteur, l’été passé, la balance indiquait 345 livres. « Ma médecin m’a fait vraiment peur. Elle m’a dit que toutes les personnes qui pèsent plus de 300 livres vivent généralement une quinzaine d’années de moins que la moyenne et qu’il vaudrait mieux que je maigrisse », raconte le jeune homme de 34 ans qui est un colosse de 6 pieds 2.

 

En juillet 2012, il a donc commencé à faire de l’exercice au Centre EPIC de l’Institut de cardiologie de Montréal. Au début, il s’est mis à pédaler sur un vélo stationnaire dans l’eau parce qu’il avait trop peur, dit-il, « que ça soit dur ». Puis il s’est inscrit en octobre au programme Kilo-Actif, destiné aux personnes souffrant d’embonpoint et d’obésité. Ce programme n’est pas une cure d’amaigrissement. Il vise plutôt à aider les participants à maîtriser leur poids corporel en faisant de l’activité, mais aussi en changeant leurs habitudes de vie. Pendant neuf mois, une équipe formée d’un entraîneur, un kinésiologue, un médecin et un nutritionniste les aident à se prendre en main.

 

« Il faut parfois avoir un bon coup de pied dans le derrière pour se bouger, mais une fois que c’est fait, on ne le regrette pas. En l’espace d’un an, j’ai perdu 82 livres », souligne fièrement Olivier, qui s’entraîne maintenant au moins cinq fois par semaine. « Il me reste encore une vingtaine de livres à perdre et je ne serai plus considéré comme obèse », poursuit-il avec un enthousiasme débordant.

 

La perte de poids risque d’être un peu plus difficile ces prochains mois, puisqu’elle est toujours plus rapide au début, mais Olivier est en mesure d’atteindre son objectif. « Avec Kilo-Actif, les participants prennent conscience de leurs mauvaises habitudes alimentaires. Ils ne mangent pas particulièrement de la malbouffe, mais ils grignotent, prennent de grosses portions, ne cuisinent pas et vont beaucoup au restaurant. Une fois qu’ils changent leur routine et qu’ils la maintiennent, les résultats sont visibles », explique Karine Lamoureux, la nutritionniste du programme.

 

Quatre ans après avoir suivi ce programme, Claude Duval confirme que sa vie n’est plus la même à 56 ans. « Ce que j’ai beaucoup aimé avec Kilo-Actif, c’est que j’ai appris à lire les étiquettes des produits alimentaires. Je fais de meilleurs choix et je ne mange plus toute la boîte de biscuits secs », raconte-t-il pendant sa pause à l’heure du midi. Délesté de soixante livres, Claude s’est même mis au jogging, au point d’être en mesure de courir prochainement le marathon de Montréal. « La course est devenue une nouvelle dépendance, j’en ai besoin pour me sentir bien, et surtout, je ne veux plus être comme avant. Sauf que ce n’est pas toujours évident. Il faut combattre ses compulsions, parce que la nourriture, c’est lié aux émotions », dit-il avant de s’apprêter à manger le lunch santé qu’il s’est préparé.

 

Les médecins le disent : se débarrasser de l’obésité n’est pas une mission impossible. Toutefois, les personnes qui en sont atteintes ne doivent pas s’attendre à maigrir aussi vite qu’à l’émission Qui perd gagne. Les changements d’habitude se font sur une longue période et l’idéal est d’être suivi par des spécialistes.

 

« Il ne faut pas non plus rester seul pour y parvenir », s’exclame Marie-Josée Desjardins, qui s’entraîne au Centre EPIC, situé à quelques pas de chez elle. Il y a cinq ans, elle se souvient qu’elle avait mal partout, qu’elle ne pouvait pas monter l’escalier et qu’elle manquait d’endurance, avec ses 248 livres à déplacer. Comme elle cuisinait pour les autres au travail, elle n’avait plus le goût de le faire pour elle à la fin de sa journée. Le restaurant devenait sa solution de rechange, et comme elle le dit en riant : « Je ne faisais pas toujours des bons choix. »

 

À 51 ans, Marie-Josée se sent plus que jamais en forme après avoir perdu 50 livres à Kilo-Actif. « C’est extrêmement stimulant de s’entraîner en groupe. On peut voir sa progression et celle des autres », indique-t-elle avant d’aller à son cours de vélo stationnaire. Avant de partir, elle tient à préciser : « Le poids n’est plus mon obsession. Je m’entraîne maintenant pour ma santé et mon estime de moi. »