Congrès de l'Acfas - Les soins spirituels : des services devenus essentiels

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	L’intervenant en soins spirituels vise la dimension spirituelle globale du patient de toute origine culturelle, qu’elle soit religieuse ou pas.</div>
Photo: Agence Reuters Soe Zeya Tun
L’intervenant en soins spirituels vise la dimension spirituelle globale du patient de toute origine culturelle, qu’elle soit religieuse ou pas.

Ils sont aujourd’hui près de 400 à oeuvrer au chevet des patients dans les différents hôpitaux du Québec. Leur outil d’intervention n’est ni le médicament ni le bistouri, mais simplement l’écoute, le dialogue. Les intervenants en soins spirituels font aujourd’hui partie intégrante des équipes médicales, au même titre que les médecins, les infirmières, les pharmaciens. Un colloque était consacré à ce nouveau champ de recherche hier dans le cadre du congrès de l’Acfas.

Encore aujourd’hui, cette nouvelle profession est souvent associée à tort à celle de l’aumônier d’hôpital, de laquelle elle découle historiquement, mais dont elle se distingue clairement. « L’intervenant en soins spirituels vise la dimension spirituelle globale du patient, qu’elle soit religieuse ou pas. Nous accompagnons les patients dans une approche non confessionnelle, mais ouverte à la pratique religieuse, philosophique ou autre. Nous accompagnons la personne dans ses croyances, ses valeurs, son rapport à la vie, dans le sens qu’elle lui donne. Notre mandat est d’aider d’abord le patient, mais aussi sa famille et ses proches à mieux vivre l’hospitalisation », explique Carole Paris, intervenante en soins spirituels au CHUM Notre-Dame et responsable du volet clinique du comité d’orientation des soins spirituels au Centre de formation et de recherche clinique en soins spirituels du CHUM.


Seules les personnes ayant complété un baccalauréat en théologie ou en sciences des religions, ainsi qu’un diplôme de deuxième cycle qui compte un stage clinique, peuvent exercer la profession d’intervenant en soins spirituels au Québec. « De plus en plus de médecins, de dirigeants d’hôpitaux et d’autres professionnels de la santé, ainsi que le gouvernement reconnaissent le bien-fondé de nos interventions, qu’ils considèrent désormais comme un service essentiel », souligne Mme Paris.


Les intervenants en soins spirituels n’accompagnent pas seulement les personnes en fin de vie, mais aussi celles qui viennent à l’hôpital pour une intervention majeure, ou même celles qui sont hospitalisées pour de longues durées. Tous ces « patients se sentent souvent démunis, vulnérables, dépendants, raconte Mme Paris. La raison de l’hospitalisation peut susciter chez les patients de toutes cultures et de toutes religions des crises existentielles susceptibles de générer beaucoup d’angoisse qui nuira à la récupération. »


L’intervenant en soins spirituels procède d’abord à une évaluation de l’état spirituel de la personne afin de cerner ses besoins. Il aborde avec son patient les « différents axes de la dimension spirituelle » que sont le sens, la transcendance, l’identité et les valeurs fondamentales de la personne, telles que sa famille et son désir de se réaliser. « La personne peut avoir besoin de trouver un sens à sa maladie parce qu’elle trouve injuste que celle-ci s’abatte sur elle, une personne irréprochable et aimante, alors qu’il y a des crétins qui sont pétants de santé », donne en exemple Mme Paris. La personne aura besoin d’être émerveillée par quelque chose qui la dépasse : un paysage, un dieu. Parce que « son image pourra être modifiée » par une chimiothérapie ou une chirurgie, il faudra l’aider à retrouver « le sentiment qu’elle est un être unique ». « Lorsqu’une personne est hospitalisée, l’un ou plusieurs de ces quatre axes peuvent être perturbés, ce qui se traduit par une panoplie de réactions allant du simple malaise à la détresse », explique Mme Paris.


Même si elle est bien entourée par ses proches, la personne hospitalisée se sent souvent seule et impuissante face à sa maladie. « Notre rôle est de l’aider à puiser dans ses ressources spirituelles la vitalité intérieure dont elle a besoin pour faire face à la situation. Cette force intérieure, nous l’avons tous, il s’agit de la trouver », précise Mme Paris.


Michel Nyabenda, le directeur-fondateur du Centre de formation et de recherche en soins spirituels du CHUM et professeur à la Faculté de théologie de l’Université de Montréal, affirme que la plupart des patients désirent être accompagnés par un intervenant en soins spirituels même si au départ certains sont réticents, car « ils ont encore l’idée que notre intervention est reliée à la religion. Dès qu’ils comprennent que nous ne sommes là que pour les accompagner et que nous allons respecter leurs convictions, ils acceptent », dit-il.


L’intervention s’effectue à travers le dialogue, la relation d’aide. « C’est pourquoi dans la formation, on insiste beaucoup sur les capacités d’un étudiant d’entrer en relation avec une personne. Quand une personne en arrive à révéler jusqu’à sa dimension spirituelle, la relation s’avère très intime et se doit d’être très respectueuse de la personne », souligne M. Nyabenda.


La nouveauté de la profession suscite aussi de nombreuses questions qui nécessitent d’être explorées en recherche, poursuit-il. « Ne serait que de cerner ce qu’est la spiritualité d’une personne ? Comment doit-on l’appréhender pour en arriver à un diagnostic ? Il nous faut définir ce que sont le bien-être, le malaise, la détresse, voire l’indifférence spirituels. Il nous faut trouver des indices qui nous permettront de diagnostiquer l’état spirituel de la personne. Cette évaluation spirituelle est essentielle pour savoir comment nous devrons intervenir », soulève-t-il. Autant de questions qui font l’objet de projets de recherche.


 
2 commentaires
  • Yvon Bureau - Abonné 11 mai 2012 09 h 01

    Qui sont-ils-elles?

    Quel est le profil de ces intervenants ? Leurs motivations profondes ?

    C'est un texte qui me garde perplexe. Surtout le non dit.

  • Louis Dzialowski - Abonné 11 mai 2012 10 h 52

    "intervenants en soins spirituels" ?!

    L'accès à des ressources thérapeutiques prouvées, appropriées et offertes avec humanité et empathie serait une réponse rationnelle à l'angoisse compréhensible causée par la maladie et aggravée par l'hospitalisation.
    Au lieu de cela, on profite du tourment et de la détresse des patients pour leur fourguer le vieux discours religieux sous des oripeaux nouveaux, « laïques », voire scientifiques (« science des religions » ?!).
    Si quelqu’un requiert cette consolation, des aumôneries de toutes confessions sont là pour la prodiguer gratuitement.
    Dans l'état actuel des services de santé au Québec, où nous manquons d’authentiques et légitimes professionnels médicaux, est-il raisonnable de détourner des moyens limités et de faire supporter au citoyen les frais de pareilles pratiques ?