Le pèlerinage à La Mecque pourrait amplifier la pandémie

Le plus grand rassemblement d'êtres humains au monde aura lieu en Arabie saoudite à la fin du mois: la ville de La Mecque accueillera trois millions de musulmans de 160 pays différents, parmi lesquels 3500 Canadiens, dont la plupart ne seront pas vaccinés contre la grippe H1N1.

Pourtant, un tel rassemblement pourrait augmenter le risque de propagation du virus à l'échelle mondiale, selon un article publié la semaine dernière dans la revue américaine Science, écrit par des experts de l'agence fédérale de santé publique américaine et du ministère de la Santé saoudien.

Les pèlerins vont se croiser dans les avions, les trains ou les autobus qui les amèneront à La Mecque. Une fois sur place, beaucoup d'entre eux dormiront à plusieurs dans des tentes. Le pèlerinage donne aussi lieu à d'immenses prières collectives dans cette ville où le prophète Mahomet est né en l'an 570. L'article décrit le pèlerinage comme un moment critique de la pandémie, le retour des pèlerins dans leur pays d'origine pourrait en effet aider à propager la maladie aux quatre coins de la planète.

Mohamad, un grossiste en fruits et légumes de Montréal, compte effectuer son second pèlerinage la semaine prochaine. «Si j'avais du temps et de l'argent, j'irais tous les ans», dit-il en blaguant, au téléphone. Mais, la pandémie de H1N1 l'inquiète. Il pourra seulement se faire vacciner le lendemain de son retour d'Arabie saoudite. Les personnes qui ne sont pas considérées comme étant à risque, comme Mohamad, ne pourront recevoir le vaccin à Montréal qu'à partir du 7 décembre. «Il y a énormément de monde à La Mecque. Je dois me protéger, c'est vrai. Dans mon cas, je pense que le gouvernement devrait faire quelque chose pour nous afin que l'on se fasse vacciner, car je dois quitter le Canada le 14 novembre», s'inquiète Mohamad.

Il a bien tenté d'expliquer sa situation aux employés du CLSC, mais en vain, car à 48 ans, cet égyptien d'origine ne fait pas partie des personnes à risque. «De plus, on peut rapporter la maladie avec nous quand on revient», conclut Mohamad. Malgré ses craintes, il ne compte pas laisser tomber ce voyage, pour lequel il a investi 5000 $.

Avec la prière, la charité envers les pauvres, la reconnaissance d'un dieu unique et le jeûne durant le ramadan, le pèlerinage est l'une des cinq obligations de l'islam. Chaque musulman en bonne santé et qui en a les moyens doit l'effectuer une fois dans sa vie.

Le pèlerinage, appelé «hajj» en arabe, doit culminer entre le 25 et le 29 novembre. Deux millions de pèlerins venant des quatre coins du monde sont attendus, en plus du million de résidants locaux. Selon un responsable saoudien, 7000 cas de H1N1 ont été confirmés dans le royaume. Soixante-deux personnes en sont mortes, la plupart parmi des malades souffrant déjà de lourdes pathologies.

Le vaccin contre la grippe H1N1 est fortement recommandé par les autorités saoudiennes, mais n'est pas obligatoire si les doses ne sont pas disponibles dans le pays d'origine des pèlerins. «On reçoit beaucoup d'appels pour le H1N1. S'ils ne peuvent pas se faire vacciner, ce n'est pas un problème, on va leur donner le visa», indique un employé du consulat saoudien à Ottawa, lors d'une entrevue téléphonique. Bien que les Saoudiens aient commencé à vacciner leur population cette semaine, ils ne comptent pas offrir le vaccin aux pèlerins. «Ce n'est pas notre responsabilité», précise l'employé.

Ali Seyam, l'un des trois voyagistes montréalais qui sont autorisés par l'ambassade à vendre les forfaits pour La Mecque, dit recevoir une vingtaine d'appels de pèlerins inquiets par jour, ces derniers temps. Ils veulent surtout savoir où ils peuvent se faire vacciner avant de partir.

Selon le voyagiste, il y aura 1000 Québécois, pour la plupart originaires de Montréal, qui feront le voyage pour La Mecque dans les prochaines semaines. Son agence a vendu des forfaits à 200 personnes, soit le même nombre que l'année dernière. M. Seyam conseille à ses clients de se faire vacciner avant le départ, dans la mesure du possible. «Les gens nous appellent beaucoup pour nous demander une solution pour se faire vacciner. On essaye de trouver de l'information. [...] On a beaucoup d'appels de clients, tout le temps», a expliqué M. Seyam lors d'une entrevue téléphonique en anglais.

Mais la plupart des pèlerins montréalais ne recevront probablement pas le vaccin avant leur retour de La Mecque, vers la mi-décembre. «Il va falloir que ces personnes-là suivent le calendrier des vaccinations comme annoncé», explique Chantal Huot, la porte-parole de l'Agence de la santé et des services sociaux de Montréal, qui ne compte pas accorder de traitement de faveur aux pèlerins.

Pourtant, la Chine et la Turquie ont récemment prévu vacciner systématiquement tous leurs ressortissants en partance pour La Mecque. Mais les États-Unis n'ont pas inscrit les 15 000 pèlerins américains sur leur liste des personnes prioritaires.

Néanmoins, les Saoudiens attendent de pied ferme l'arrivée des pèlerins. Le royaume a demandé l'aide de l'Organisation mondiale de la santé et du Centers for Disease Control and Prevention, l'agence fédérale de santé publique aux États-Unis. Des experts américains se sont rendus à Riyad, et le laboratoire médical de la marine américaine au Caire prêtera main-forte aux experts saoudiens. Des caméras thermiques seront aussi installées dans les aéroports du royaume pour détecter les passagers qui font de la fièvre, et le cas échéant, possiblement les placer en quarantaine. Les autorités ont demandé aux populations à risque, comme les femmes enceintes ou les personnes âgées, de ne pas faire le voyage. Néanmoins, 25 % des pèlerins seront âgés de plus de 65 ans, selon l'article de Science. Ces derniers tiennent à se rendre à La Mecque, où a séjourné le prophète Mahomet, avant de rejoindre Allah.
1 commentaire
  • Sylvain Auclair - Abonné 5 novembre 2009 09 h 21

    Trop tard!

    Même si on les vaccinait à compter d'aujourd'hui, ne faut-il pas deux semaines pour que l'immunité se développe?