Charles-Lemoyne voit trop grand, disent les médecins

Les médecins du service de traumatologie de l'hôpital Charles-Lemoyne s'estiment incapables de répondre adéquatement au mandat que leur confie l'établissement: la demande est démesurée par rapport aux ressources, dénoncent-ils. Comme si l'hôpital avait les yeux plus grands que la panse.

«Il y a des critères à respecter pour être considéré comme un centre de traumatologie tertiaire [Charles-Lemoyne est l'un des quatre centres de ce type au Québec], indique Éric Bergeron, président du Conseil des médecins, chirurgiens et traumatologues. Et présentement, on ne les respecte pas. Nous ne sommes plus en mesure d'assurer cette vocation [de traumatologie tertiaire].»

Les problèmes sont multiples, a-t-il énuméré en marge d'une conférence de presse convoquée hier par les médecins pour faire le point sur la situation: équipes médicales incomplètes, manque de ressources (par exemple en chirurgie plastique et neurochirurgie), difficultés d'accès aux blocs opératoires, manque d'instruments... «Une unité de traumatologie doit tout avoir», dit M. Bergeron, qui estime que les lacunes actuelles nuisent «au recrutement des équipes qui pourraient assurer la pérennité du programme».

Depuis l'été, les 12 médecins responsables de l'unité de coordination en traumatologie ont tous démissionné de ce service (dont sept la semaine dernière), tout en demeurant actifs comme simple médecins. L'unité de coordination n'est donc plus effective, malgré son rôle central dans la dispense des soins en traumatologie.

Dès qu'un patient traumatisé arrivait à l'urgence, ces médecins-coordonnateurs étaient en effet appelés pour prendre en charge son traitement (réanimation, évaluation, etc.), ce qui permettait aux médecins de l'urgence de s'occuper des patients non traumatisés. La démission des coordonnateurs crée donc aujourd'hui une pression supplémentaire sur le service d'urgence, a reconnu hier la direction de l'hôpital.

«Nous voulons conserver un programme de traumatologie très fort à Charles-Lemoyne, dit Éric Bergeron. La vocation est essentielle, mais on nous demande actuellement de faire trop de choses en même temps. Ces médecins ne pouvaient plus continuer d'engager leur responsabilité alors qu'ils n'ont pas les ressources nécessaires [pour travailler efficacement et sécuritairement].»

Les relations sont depuis longtemps tendues entre la direction et les médecins de l'hôpital. Ces derniers dénoncent principalement un «profond manque d'écoute» de la part de la direction. «Ça fait des années que la situation est connue, dit M. Bergeron. Mais on n'a jamais de réponses à nos demandes.»

La direction de l'hôpital se dit toutefois consciente des problèmes. «Il y a un manque de ressources, c'est clair, indique Sylvie Provost, directrice des communications. Mais c'est chronique partout au Québec, ce n'est donc pas quelque chose qu'on peut régler du jour au lendemain.»

Une équipe de spécialistes est actuellement en train de réviser le mandat du service de traumatologie, a rappelé Mme Provost. «Elle sera appelée à se prononcer sur la vocation du service, c'est certain.» Mercredi, le cabinet du ministre Philippe Couillard indiquait que, dans l'état actuel des choses, Charles-Lemoyne n'était plus un centre de traumatologie tertiaire. Des corridors de service ont ainsi été aménagés vers d'autres hôpitaux en cas de besoin.

Une moyenne de 1200 personnes sont accueillies chaque année dans ce service.