Nombre record de chirurgies annulées à Charles-LeMoyne

Le manque de lits à l'hôpital Charles-LeMoyne de Longueuil cause une situation qui vient d'atteindre un seuil critique, estiment les spécialistes de l'établissement. Plus de 70 chirurgies majeures ont ainsi dû être annulées à la dernière minute depuis deux mois, du jamais vu à cette période de l'année.

«On manque de ressources», affirme le docteur Pierre Larose, chirurgien vasculaire et un des porte-parole du Comité pour un meilleur accès aux soins spécialisés (CMASS) de Charles-LeMoyne. Celui-ci représente une cinquantaine de médecins oeuvrant dans quatre services du bloc opératoire de ce centre hospitalier régional. Les représentants du comité avaient convoqué la presse hier pour déplorer la situation actuelle et inciter le public à écrire à la direction de l'établissement pour détailler les torts que causent ces reports chirurgicaux.

Le stress et la détresse engendrés par l'annulation inopinée d'opérations importantes peuvent mener loin: un patient a raconté avoir tenté de mettre fin à ses jours à cause, notamment, de la douleur et de l'impossibilité de savoir quand cela cesserait.

Les médecins présents affirment que jamais une situation pareille n'a été vécu à Charles-LeMoyne, et que l'hiver à nos portes pourrait amplifier le phénomène. D'où l'importance d'en parler maintenant, selon eux. La sortie d'hier n'aurait donc «rien à voir» avec le contexte général tendu entre Québec et la Fédération des médecins spécialistes (FMSQ), qui a récemment demandé à ses membres de dénoncer l'état du réseau de santé pour contrebalancer le message positif du gouvernement. Les intensivistes de la région de Montréal avaient déjà lancé un cri d'alarme semblable il y a 10 jours.

Ce qui se passe à Charles-LeMoyne? Le nombre d'ambulances reçues à l'hôpital a augmenté au cours des dernières semaines (c'est l'un des quatre centres de traumatologie au Québec), ainsi que le nombre d'admissions de personnes âgées, qui pourraient autrement être soignées dans les centres d'hébergement de la Montérégie (où il manque environ 300 lits). Cela crée, par effet de domino, une pression sur l'ensemble des services offerts par l'hôpital. Et les lits manquent pour effectuer des chirurgies.

«Il y a des collègues qui ont opéré l'équivalent d'une journée dans le dernier mois [parce qu'il n'y avait pas de lits pour recevoir ensuite leurs patients]», indique l'orthopédiste Jacques Desnoyers. «Parfois, on doit opérer sans savoir s'il y aura un lit de libre ensuite, dit l'anasthésiste Marie-Luce Desrosiers. On prend alors le risque.»

La direction de l'hôpital a réagi en modérant les propos de ses spécialistes. «On comprend le problème, mais il n'y a pas de situation de crise actuellement», répond Louis Couture, directeur des soins professionnels. Selon lui, bien que le problème soit effectivement du «jamais vu», il n'y a pas eu de baisse du nombre de chirurgies pratiquées cette année (quelque 8700 actuellement). «C'est clair qu'il y a un manque de lits», reconnaît-il. Par contre, le nombre d'ambulances arrivant à Charles-LeMoyne devrait diminuer dans les prochains jours, grâce à une meilleure répartition vers les autres centres hospitaliers de la Montérégie.

Le p.-d.g. de l'Agence de la santé et des services sociaux de la Montérégie, Luc Boileau, indique pour sa part que la situation est «préoccupante» mais que «toutes les chirurgies urgentes ont été faites». Il s'agit selon lui «d'un problème conjoncturel». M. Boileau mentionne aussi que les relations entre la direction et l'hôpital et ses médecins sont depuis longtemps problématiques, ce qui crée une «immense tension» dans l'établissement.