Pour une morale de la pandémie

À travers les chroniques du docteur Bernard Rieux, porte-parole de Camus, le lecteur apprend qu’une peste sévit à Oran, ville de 200 000 habitants située en Algérie. La ville sera isolée pendant plusieurs mois. La peste s’était d’abord annoncée par une invasion de rats avant de se répandre chez les humains.
Illustration: Tiffet À travers les chroniques du docteur Bernard Rieux, porte-parole de Camus, le lecteur apprend qu’une peste sévit à Oran, ville de 200 000 habitants située en Algérie. La ville sera isolée pendant plusieurs mois. La peste s’était d’abord annoncée par une invasion de rats avant de se répandre chez les humains.

Deux fois par mois, Le Devoir lance à des passionnés de philosophie et d’histoire des idées le défi de décrypter une question d’actualité à partir des thèses d’un penseur marquant.

Le roman La peste d’Albert Camus paraît en 1947. L’auteur préparait ce livre pendant les années de l’occupation allemande en France. La peste lui permet d’exposer différentes réactions possibles face à la présence de l’ennemi. De là à faire des liens avec la pandémie que nous vivons actuellement, il n’y a qu’un pas.

À travers les chroniques du docteur Bernard Rieux, porte-parole de Camus, le lecteur apprend qu’une peste sévit à Oran, ville de 200 000 habitants située en Algérie. La ville sera isolée pendant plusieurs mois. La peste s’était d’abord annoncée par une invasion de rats avant de se répandre chez les humains. Les gens meurent par centaines. Camus s’est inspiré d’événements réels.

Plus personne ne peut sortir de la ville ou même y revenir. La séparation demeure difficile. Bien des parents, enfants, amants, amantes avaient cru à un éloignement temporaire en quittant la ville quelques jours, mais la malédiction ne semble plus vouloir finir. Nous ressemblons aux citoyens d’Oran dans la mesure où « pestes et guerres trouvent les gens toujours aussi dépourvus », mais leur situation s’éloigne de la nôtre puisque les citoyens se rendent visite et fréquentent cafés et restaurants. Il n’y a pas de confinement strict ou de distanciation sociale, les mesures sanitaires sont à peine appliquées. La présence d’asymptomatiques n’inquiète personne. L’isolement n’est pratiqué que pour les cas avérés de peste.

Des commerces ferment leurs portes. Le ravitaillement est rationné. Les touristes sont absents. La peste « désorganisa toute la vie économique et suscita un nombre considérable de chômeurs », « il fallait du personnel et on était à la veille d’en manquer. Beaucoup de ces infirmiers et de ces fossoyeurs […] moururent de la peste ». On manque de matériel, tout comme il nous manque de masques N95, de respirateurs artificiels et, par-dessus tout, d’un vaccin. Dans le roman, des files d’acheteurs se forment et la circulation automobile s’est amoindrie. Les séparés, ainsi sont appelés les habitants d’Oran, boivent beaucoup, faisant écho à nos SAQ ouvertes en tant que service essentiel. Les apparences comptent moins. Des gestes insensés se produisent : un vieux crache sur des chats, un pestiféré étreint subitement une femme dans la rue. Pendant la pandémie de la COVID-19, quelques-uns ont craché sur d’autres, pour défier, tenter une vaine révolte.

La fermeture de la ville exige-t-elle un trop grand sacrifice ? Les citoyens en veulent à la préfecture. Après trois semaines, on lit dans la presse : « Ne pourrait-on pas envisager un assouplissement des mesures ? » Il y a des morts, mais, pour plusieurs, le problème demeure abstrait. Nous connaissons les effets provoqués par le virus, l’ennemi n’en demeure pas moins invisible, malgré les images et les statistiques. La COVID-19 demeure une sorte d’abstraction qui perturbe notre bonheur personnel, une abstraction telle que certains la contestent et désirent un retour rapide au temps d’avant. Puis, comme les citoyens d’Oran, nous finissons, tant bien que mal, par nous adapter à l’anormalité. Notre révolte s’étiole. « L’habitude du désespoir est pire que le désespoir lui-même », écrit Camus.

Fatalisme actif et lucidité

Comment se comporter devant la fatalité ? Rester lucide, faire preuve d’un fatalisme actif. Bien faire son métier, si on a la chance de pouvoir le pratiquer pendant cette période. Rieux soigne les malades. Castel cherche un sérum. Grand prépare les statistiques. Le prêtre Paneloux officie. Othon est juge. Tarrou et Rambert offrent leur aide. Le journaliste Rambert a d’abord cherché à quitter Oran. Ce n’est pas sa ville. Cet ennemi n’est pas le sien. Une femme l’attend à l’extérieur. Il demande à Rieux de l’aider. Rieux refuse. Il reproche alors à Rieux de vivre dans l’abstraction. C’est que Rambert refuse l’histoire collective, il ramène tout à sa dimension personnelle. Rieux, clément, lui donne en partie raison. Le malheur contient sa part d’abstraction, « mais quand l’abstraction se met à vous tuer, il faut bien s’occuper de l’abstraction. » Puis Rambert, honteux d’avoir voulu être heureux seul, se joint à l’organisation sanitaire.

Le prêtre Paneloux organise une prière collective. Pendant son prêche, il proclame : « Mes frères, vous êtes dans le malheur, mes frères, vous l’avez mérité. » Tous les dirigeants religieux ne sont certes pas obscurantistes. La majorité agit de manière responsable. Toutefois, pendant la pandémie, on a observé quelques prêcheurs et télévangélistes verser dans l’aberration. Aux États-Unis, Kenneth Copeland, ne craignant pas le ridicule, a offert une guérison en direct à la télévision. D’autres ont refusé de fermer leurs églises, prétextant qu’il s’agissait d’un endroit sûr.

Rieux, homme de science, ne sait que faire des pensées théologiques, étrangères au monde réel de la maladie. Il s’en tient aux faits. Sa seule certitude : il y a des malades, il faut les soigner. Le salut, c’est d’abord la santé. Il faut se mettre au travail, faire quelque chose de concret, montrer de la compassion et non pas mépriser ceux qui mettent la main à la pâte, ne pas se contenter de juger la partie de loin, dans le confort de son salon. Il ne s’agit pas d’héroïsme, mais de réalisme.

Au-delà des dérapages religieux, la peste ne pourrait-elle pas enseigner quelque chose ? Rieux répond : « Cela peut servir à quelques-uns. Cependant, quand on voit la misère et la douleur qu’elle apporte, il faut être fou, aveugle ou lâche pour se résigner à la peste. » Bien sûr, la pandémie de la COVID-19 a pu révéler des aspects positifs : solidarité, créativité, réflexion sur le sens de nos vies. Mais qui souhaiterait vraiment de tels fléaux afin que le meilleur de nous puisse émerger ? Ces belles actions qu’on souligne à grands traits ont le défaut de rendre « un hommage indirect et impuissant au mal. Car on laisse supposer alors que ces belles actions n’ont tant de prix que parce qu’elles sont rares et que la méchanceté et l’indifférence sont des moteurs bien plus fréquents dans les actions des hommes ». Les hommes ne sont pas si méchants, répète Rieux. Il n’en veut même pas au prêtre. D’ailleurs, Paneloux, « meilleur que son prêche », finira par agir concrètement en se joignant à une équipe sanitaire, la seule chose sensée à faire. Après la mort du fils du juge Othon, victime innocente s’il en est une, il modère son discours. Refusant tout soin, la peste finira par l’emporter.

Le personnage de Jean Tarrou se dit pestiféré avant même le début de l’épidémie. Par quoi ? Par sa complicité avec l’injustice. Il fermait les yeux sur la peine de mort. La peste devient la métaphore de l’injustice à laquelle personne n’échappe tout à fait. Quelles injustices la pandémie de la COVID-19 a-t-elle bien pu mettre à jour ? Notre mépris envers les personnes âgées qui ne peuvent pas mourir dans la dignité. Notre mépris envers les préposés aux bénéficiaires. On peut certes mourir de la COVID-19, mais il faut surtout éviter, pour paraphraser Camus, d’ajouter au malheur du monde en lui injectant des doses d’aberration, d’ignorance et de bêtise.

Malgré le malheur général, Rieux et Tarrou décident de se faire plaisir et d’aller nager. Il faut continuer à pouvoir goûter au plaisir de la vie et à l’amitié, disent-ils, car s’ils y renoncent, pourquoi devraient-ils continuer à lutter contre la peste ? Faut-il aussi que nous cessions de rire pendant la pandémie ? Nous avons besoin de rire, sinon la vie serait bien trop terne. Rire ne signifie pas que le drame est ignoré. Rire ne signifie pas la victoire du cynisme. Rire déconfine les esprits.

Le retour à la normalité

Il fallait bien que la peste se termine et qu’il y ait un retour à la vie normale. Il y en a qui n’ont pas eu de chance, comme Tarrou, et qui meurent pendant que la situation s’améliore. Au début, il s’agit d’un « soulagement négatif », on vit encore sous l’ancien règne de la peste. On se défait difficilement des nouvelles habitudes. On n’est sûr de rien, « le bacille de la peste ne meurt ni ne disparaît jamais. » Et puis, est-ce que tout reprendra comme avant ? Qu’est-ce qui changera dans le cœur des hommes ? Dans les organisations ? Tarrou était convaincu qu’au sortir de la peste une grande paix allait s’installer. Un rêveur ?

Les citoyens d’Oran ont fini par se retrouver. D’abord timidement, et ensuite graduellement, ils ont su se serrer à nouveau dans leurs bras.

Et pour nous, comment cela se passera-t-il dans le monde de l’après ? De combien de temps aurons-nous besoin pour retrouver un semblant de normalité ? Un retour au monde de l’avant est-il seulement envisageable ? Tout comme Rieux, il faudra nous rappeler que la victoire n’est jamais tout à fait définitive. Pour les familles endeuillées et les malades, le règne de la COVID-19 ne s’éteindra jamais. Il y aura cette période intermédiaire « où le temps des souffrances prenait fin et où le temps de l’oubli n’avait pas encore commencé ». La pandémie ne tombera jamais dans un oubli définitif. Elle marquera pour toujours nos esprits et notre mémoire collective.

Soyons prêts, vigilants et généreux les uns envers les autres, sans nous illusionner. Voilà la leçon de Camus dans La peste.

Des suggestions ? Écrivez à Robert Dutrisac : rdutrisac@ledevoir.com.


 
9 commentaires
  • Bernard Massé - Abonné 9 mai 2020 08 h 54

    Et le peuple?

    Comme Camus, René Bolduc oublie que si la fable de Camus se passe en Algérie, il devrait y avoir des Algériens dans cette histoire. Pas seulement des colons français, mais des Algérien.ne.s d'Algérie. Pourquoi Camus a-t-il oublié ceux-ci et celles-ci?
    Imaginons que Mordechai Richler ait écrit un roman sur une maladie qui, en 1947, attaque les habitants de l'île de Montréal. Avec la fermeture des ponts, les habitant.e.s se retrouvent seuls. Imaginons maintenant que les héros de Richler ne soient que des anglophones: médecins, rabbins ou ministres du culte, journalistes et tutti quanti combattent la maladie en anglais sans même rencontrer un seul francophone. Eh bien, c'est ce qu'a fait Camus. Dans une ville majoritairement arabe, il n'y a pas d'Arabe digne de prendre place dans la panoplie des personnages qui montrent les différentes postures que l'on peut prendre vis-à-vis un malheur qui frappe cette ville. Il n'y a même pas d'Arabes qui meurent.
    Ce que je viens d'écrire n'empêche pas de voir dans La Peste une des oeuvres phares du 20e siècle. Mais il nous faut remarquer que Camus tout honnête qu'il soit a toujours eu énormément de difficulté à se défaire de ses réflexes de colonisateur. Un seul Arabe dans L'Étranger et il n'est là que pour permettre à Meursault de nous conter son histoire. Aucun Arabe dans La Peste. Je comprends que Camus ait eu de la difficulté à trouver une position pendant la guerre d'Algérie; je comprends même le fait qu'il ait affirmé être torturé quand il doit choisir entre sa mère et la justice. Mais de là à oublier les Arabes dans un roman qui se passe en Algérie, il y a tout un chemin. Parce que la peste, c'est aussi l'occupation française de l'Algérie. Avec le refus d'étendre la démocratie à toute la population.
    Et malgré tout cela, je préfère Camus à Sartre, mais ça c'est une autre histoire.

  • Marc Therrien - Abonné 9 mai 2020 09 h 45

    Pour une morale de la situation limite


    En pensant à l’après-guerre de la COVID-19, on se demande avec l’auteur si un retour au monde de l’avant est envisageable. Les plus optimistes espèrent que cette crise, au-delà de l’angoisse existentielle qu’elle ravive et de l’expérience du jamais-vu du confinement, aura permis aux humains de se mettre à distance d’eux-mêmes pour mieux voir qui ils sont. Qui sait combien d’humains sortiront grandis de cette crise en ayant réussi à transcender tout ce malheur du monde de l’avant qui consistait à ne pas savoir demeurer en repos dans une chambre comme l’avait envisagé Blaise Pascal.

    Dans cette crise qu’on a fait guerre, on doit joindre les rangs et obéir aux consignes pour sauver des vies. À mesure que l’on compte quotidiennement les morts et qu’on découvre dans quelles conditions les personnes les plus vulnérables qu’on voulait protéger meurent, on se met à éprouver intensément ce que Karl Jaspers appelait une situation limite. Elle désigne ce moment où on est confronté à des données existentielles qu’on ne peut modifier. On n’en éprouve toutes les dimensions que Jaspers répertorie le plus souvent : la mort, le hasard, la souffrance et la culpabilité qui ont pour effet d’intensifier l’angoisse et le désespoir qui culminent dans cette impression de ne plus pouvoir compter sur le monde. Ce qu’il peut y avoir de bien ou de mal avec la guerre, c’est selon, c’est qu’elle, comme le disait Camus, nous « apprend à tout perdre et à devenir ce qu’on n’était pas ». En ce qui me concerne cette situation limite se définit par la mort absurde des personnes dont on voulait à tout prix sauver la vie; dans la dépossession des grabataires en CHSLD de leur mort par l’État. Ainsi, au temps de la Covid-19, tout le malheur des hommes et des femmes et de leurs bien-aimés est de ne pas savoir mourir seuls face à eux-mêmes dans une chambre. On sauve des vies, mais on vole des morts. Pas sûr qu'on ait vraiment intérêt à apprendre à mourir comme ça, contre son gré.

    Marc Therrien

  • Denis LeBlanc - Inscrit 9 mai 2020 09 h 52

    De l'obligation éternelle de rappeler l'absence des racicé.e.s ...

    À Bernard Massé... «Comme Camus, René Bolduc oublie que si la fable de Camus se passe en Algérie, il devrait y avoir des Algériens dans cette histoire. Pas seulement des colons français, mais des Algérien.ne.s d'Algérie.»

    Comment pouvez-vous écrire que René Bolduc oublie les Algériens? En fait, vous critiquez Camus et cela peut avoir une pertinence ici. Mais critiquer le propos de René Bolduc? Avait-il l’obligation d’écrire que Camus oubliait les Algériens? Faut-il que chaque penseur qui aborde certains aspects de «La peste» souligne l'absence des Algériens? Non.

    • Bernard Massé - Abonné 9 mai 2020 14 h 03

      Je crois que ce que je souligne est important pour apprécier la portée du roman-fable de Camus. La question que pose mon intervention est: est-ce qu'on peut se dire solidaire si on est seulement solidaire de son ethnie ou de sa caste? Ou encore, quelle morale nous propose Camus dans La Peste?

    • Marc Therrien - Abonné 9 mai 2020 15 h 43

      Peut-être est-ce là un effet secondaire indésirable, mais prévisible, que le confinement favorisant le repli sur soi renforce la ghettoïsation.

      Marc Therrien

  • Benoit Gaboury - Abonné 10 mai 2020 07 h 59

    Excellent texte de M. Bolduc. La Peste de Camus, très beau roman, a été publiée en 1947, au sortir des 5 années de la plus terrible guerre que le monde n'ait jamais connue. Le retour de la barbarie à une échelle inimaginable. Camus est lui-même en France de 40 à 45, France occupée bien sûr par les Allemands pendant ces années. Et lui le journaliste, philosophe et dramaturge, observateur engagé de son temps, sur quoi va-t-il écrire alors? Sur la peste? Comment ne pas penser aussi que ce sujet n'est qu'une métaphore de l'état de siège qui sévissait alors en France et en Europe, face à un mal qui se répandait insidieusement partout, celui du nazisme et de la collaboration. Rhinocéros de Ionesco le fera aussi à sa manière en 59, où une épidémie de «rhinocérite» se répand dans une ville. C'est au courage et à la lâcheté, il me semble, à toutes les compromissions qu'exigeait l'occupation allemande et que Camus a pu observer alors, qu'il pense vraiment et qu'il met en scène derrière ce phénomène de la peste qui révèle les attitudes de chacun. Voilà sans doute pourquoi, curieusement, il n'y a pas de confinement dans ce roman, nous le remarquons mieux maintenant.
    «Il est aussi raisonnable de représenter une espèce d'emprisonnement par une autre que de représenter n'importe quelle chose qui existe réellement par quelque chose qui n'existe pas.» Voilà les paroles de Daniel de Foe qu'il place en tout début de son roman, comme pour nous avertir qu'il y a possiblement une substitution ici, que cette peste représente aussi autre chose.

  • Denis LeBlanc - Inscrit 10 mai 2020 10 h 57

    L'abécédaire de la bonne critique

    Votre réponse confirme ma prétention: pour certains, il n'est pas possible de parler de la Peste de Camus, sans parler des racis.é.es et sans affirmer l'absence de solidarité ou de morale chez Camus.

    Peut-on reprocher à René Bolduc de faire comme Camus et d'oublier les racicé.e.s ? Vous faites un mauvais procès à l'un et à l'autre. À René Bolduc parce que son texte n'a pas la prétention d'épuiser les études sur La peste, mais il examine « des liens avec la pandémie que nous vivons actuellement», pas tous les liens, des liens. À Camus, parce que votre reprise d’une critique maintes fois entendue mérite d'être examinée plus substantiellement. Bref, ne blâmez pas l'auteur et pondez-vous un texte sur ce sujet qui vous tient à coeur, texte que nous serons à même de lire et, si nécessaire, de critiquer.

    Quant à Camus et les rapports entre la justice et sa mère, faut-il rappeler la source d’un propos qu'il n'a jamais tenu? « Lors d’une rencontre avec des étudiants suédois, un étudiant arabe lui reproche, à lui le natif d’Algérie, son silence sur ce qui s’y déroule. [...] Opposé à l’indépendance, il souhaite une cohabitation équitable des deux populations. Il ne s’est tu que lorsque sa parole lui a semblé vaine et l’impasse politique de plus en plus claire. Par ailleurs, il déteste les pratiques du FLN et flaire sans doute [...] le sinistre appareil d’Etat qu’il deviendra. A l’étudiant, il répond : «En ce moment, on lance des bombes dans les tramways d’Alger. Ma mère peut se trouver dans un de ces tramways. Si c’est cela la justice, je préfère ma mère.» Dans le compte rendu du Monde, cette phrase devient : «Je crois à la Justice, mais je défendrai ma mère avant la Justice.» Puis la rumeur en fait ce qu’on n’a plus jamais cessé d’entendre : «Entre la justice et ma mère, je choisis ma mère.» [...] Camus n’opposait pas la justice à sa terre natale, mais dénonçait, en situation, le terrorisme.» Extrait Libération «Camus cet étrange ami», 2010.