Fausse conscience et femme voilée

Le sociologue Raymond Boudon note qu’on trouve bien souvent, au départ du processus qui mène à l’attribution d’une fausse conscience, un témoin embarrassé par une action qui lui semble étrange. Il ne parvient pas à cerner les raisons de l’observé ou à se mettre à sa place.
Illustration: Tiffet Le sociologue Raymond Boudon note qu’on trouve bien souvent, au départ du processus qui mène à l’attribution d’une fausse conscience, un témoin embarrassé par une action qui lui semble étrange. Il ne parvient pas à cerner les raisons de l’observé ou à se mettre à sa place.

Deux fois par mois, Le Devoir lance à des passionnés de philosophie et d’histoire des idées le défi de décrypter une question d’actualité à partir des thèses d’un penseur marquant.

On sait les réactions collectives viscérales que suscite ces jours-ci la simple mention du voile porté par certaines femmes musulmanes. Il est souvent présenté comme une pratique qui leur est imposée. Le démenti des principales intéressées — « non, je porte le voile par choix » — ne désarçonne pas les critiques, qui rétorquent couramment que les femmes voilées, parce que leur esprit a été aliéné par l’islam, ne sont pas capables d’exercer un libre choix.

Par exemple, Lise Payette déclarait en 2008 : « Une femme conditionnée par son milieu depuis sa tendre enfance, élevée avec l’idée qu’il vaut mieux porter le hidjab, peut-elle exercer un choix vraiment libre ? » Plus récemment, Caroline Beauchamp écrivait que l’interdiction du voile, au fond, donne aux femmes musulmanes « un choix véritable ». Payette et Beauchamp recourent ainsi à la théorie de la fausse conscience, théorie qui prétend expliquer les actions irrationnelles d’une personne par la contrainte qu’exerce une domination sur sa pensée, ses sentiments et sa volonté.

Photo: Alex Jodoin Jean-Baptiste Lamarche

Les réflexions du sociologue Raymond Boudon (1934-2013) sur cette théorie, dont il se méfiait farouchement, peuvent en tout cas nous aider à voir qu’elle n’explique pas tous les gestes qu’elle semble expliquer et que, bien qu’elle se présente avec des allures libératrices — dévoiler l’action de la domination, n’est-ce pas le premier pas vers son renversement ? —, elle contribue parfois à accabler ceux-là mêmes qu’elle prétend vouloir libérer. Son analyse critique minutieuse, surtout développée dans L’idéologie, ou l’origine des idées reçues, démontre que, dans bien des cas, le recours à cette théorie en dit plus sur la personne qui l’utilise que sur celle dont on prétend expliquer l’action.

C’est très clair, nous semble-t-il, dans le cas du portrait de l’amateur de jazz par Theodor W. Adorno. Ce philosophe, grand amateur de musique classique, s’étonnait que l’on puisse aimer le jazz, qui l’irritait. Or, il était aussi un penseur révolutionnaire, qui cherchait à débusquer l’emprise du capitalisme sur les esprits. Il en vint à se dire que ceux qui écoutaient du jazz le faisaient parce que leur sensibilité avait été étouffée par le système capitaliste, victimes qu’ils étaient d’une forme de fausse conscience.

Boudon note qu’on trouve bien souvent, au départ du processus qui mène à l’attribution d’une fausse conscience, un témoin embarrassé par une action qui lui semble étrange. Il ne parvient pas à cerner les raisons de l’observé ou à se mettre à sa place. Alors, « l’observateur prend une position égocentrique » : il mesure cet agir à partir de celui que lui-même adopterait et conclut très naturellement à l’irrationalité de l’observé. Si Adorno ne trouvait pas de plaisir au jazz, comment les autres le pouvaient-ils ? La fausse conscience, dans un tel cas, « désigne moins un type de comportement qu’elle ne se fonde sur un type de relation entre l’observateur et l’observé ».

C’est un tel diagnostic qui suscite le besoin d’expliquer l’irrationalité du geste, ce que semble permettre la théorie de la fausse conscience : l’observé seraittraversé par une dispute intérieure, entre sa voix authentique et la voix intériorisée de la contrainte extérieure, et cette dernière serait parvenue à prendre le dessus et à imposer des décisions. Cette hypothèse d’une fausse conscience porte tout autant la marque de l’égocentrisme de l’observateur que le diagnostic d’irrationalité auquel elle semble fournir une explication : si la pensée et la volonté de l’observé n’avaient pas été contraintes, il aurait pensé et voulu comme le fait l’observateur. Ce dernier ne parvient donc qu’à « décrire [éventuellement à son insu] ses propres croyances et passions sous couleur d’analyser une réalité sociale qui en fait lui échappe ».

On le voit : la critique boudonienne est radicale. L’irrationalité que prétend expliquer la théorie de la fausse conscience n’existe que dans l’oeil de l’observateur.

Au fond, en attribuant une fausse conscience à l’observé, un tel observateur transpose à l’intérieur de celui qu’il observe le différend (virtuel ou déclaré) qui les oppose. Car le désaccord intérieur supposé des voix, dans l’esprit de l’observé, est une copie conforme du différend entre les deux personnes : la fausse conscience « caractérise d’abord — de manière négative — une relation entre l’observateur et l’observé ». Par ailleurs, la voix censée être la plus authentique et libre, celle qui ne parviendrait pas à se rendre jusqu’aux lèvres de l’observé, est précisément celle que fait entendre l’observateur ; par exemple, celui qui à première vue croit apprécier le jazz, en réalité, au fond de son être, aimerait la même musique qu’Adorno. Ce qui revient à dire que celui qui attribue une fausse conscience à quelqu’un fait valoir une prétention : celle de parler au nom de celui dont il dit expliquer l’action. Celui qui se fait attribuer cette fausse conscience se trouve par le fait même dépossédé de la capacité de dire ce qu’il pense, sent et veut réellement.

Un observateur est davantage porté à suivre cette stratégie explicative « égocentrique » lorsqu’il pense qu’il offre lui-même une mesure de comparaison universelle. Ainsi, Adorno affirmait que, chez des intellectuels comme lui, on rencontrait une authenticité profonde, ce qu’il appelait « la simultanéité de l’intérieur et de l’extérieur ». On le voit : l’égocentrisme d’Adorno s’enracine dans un sociocentrisme, la conviction d’une différence en valeur entre « eux » et « nous ». C’est là un sociocentrisme indirect : au lieu de soutenir simplement la supériorité de son groupe, Adorno affirme que ce groupe est plus immédiatement humain que les autres groupes, qui, au contraire, exerceraient une répression de la nature intérieure de leurs membres. Ce sociocentrisme se présente donccomme une forme d’universalisme. Lorsqu’il contemple son reflet dans le miroir, celui qui adhère à une telle idée aperçoit un individu fidèle à sa nature profonde. En comparaison, l’étranger qu’il observe au travers des lunettes de la théorie de la fausse conscience lui apparaît étouffé par le poids de son éducation et de sa culture, qui l’empêcherait d’exprimer sa voix première.

Théorie populaire

La fausse conscience, dans le Québec actuel, est fréquemment attribuée aux femmes musulmanes. L’analyse par Boudon permet notamment de comprendre pourquoi cette théorie, en apparence si savante — on la retrouve chez des penseurs réputés, comme Freud ou Adorno —, peut tout de même devenir populaire : celui qui est placé devant une action qui le déconcerte, pour produire une telle théorie, n’a qu’à suivre sa pente naturelle. Il est en effet exigeant, face à une telle action, d’écouter les principaux intéressés et de reconstruire le contexte au sein duquel elle peut avoir du sens. Il est beaucoup plus intuitif d’y réagir en partant de l’action que l’on poserait soi-même. Comme l’avouait candidement Guy Debord, un écrivain qui expliquait une vaste variété d’actions par la fausse conscience : « Rien n’est plus naturel que de considérer toutes choses à partir de soi, choisi comme centre du monde ; on se trouve par là capable de condamner le monde sans même vouloir entendre ses discours trompeurs. » Partir de soi : le choix vraiment libre que la femme musulmane ne parvient pas à faire, selon Payette et Beauchamp, c’est évidemment leur choix à elles. Et lorsque Payette dit que cette femme a été « conditionnée par son milieu depuis sa tendre enfance », elle implique qu’elle-même a grandi dans un monde situé au-delà du conditionnement social. Voilà pourquoi ses décisions seraient celles que choisirait tout esprit parvenu à se libérer du carcan de son milieu. En tenant ce discours, elle assimile la culture québécoise à la culture universelle.

Lorsqu’on s’arrête au contexte au sein duquel ces déclarations ont été lancées, on aperçoit clairement les conséquences politiques potentiellement néfastes de la démarche égocentrique analysée par Boudon. Depuis la crise des accommodements raisonnables, une rumeur anonyme répète inlassablement que les musulmans, comme d’autres minorités religieuses du reste, seraient enclins au fanatisme, que leurs demandes seraient insatiables, qu’ils voudraient au fond nous imposer leur loi. Cette rumeur obsédante, qui alimente la peur et la colère, puis se nourrit d’elles en retour, en pousse plusieurs, rendus méfiants, à refuser de prêter davantage l’oreille à ces minorités et à les sommer de se plier à nos manières. Ce faisant, ils redéfinissent le « nous » québécois contre ces minorités.

Assurément, les esprits féministes émancipateurs qui expliquent le choix des femmes par la fausse conscience sont loin de s’inscrire dans ce mouvement de repli identitaire. Et pourtant, l’explication qu’ils mettent en avant tend curieusement à les en rapprocher. Lorsque j’attribue une fausse conscience aux femmes voilées, je suis porté à ne pas vouloir entendre leurs discours trompeurs, ce qui contribue à les exclure de la conversation démocratique. Par ailleurs, dans la mesure où l’explication que je mets alors en avant traite implicitement mon mode de vie comme un modèle universel, où le portrait de l’humain libéré que cette explication implique est mon portrait, l’exhortation que j’adresse à ces femmes — « soyez libres ! » — tend à se confondre, dans la pratique, avec l’exigence des tenants du repli identitaire — « soyez comme nous ! » La théorie de la fausse conscience ne confère-t-elle pas ainsi une aura humaniste à une réaction qui ne la mérite pas ?

Des suggestions ? Écrivez à Robert Dutrisac : rdutrisac@ledevoir.com

24 commentaires
  • Gilles Laterrière - Abonné 25 mai 2019 07 h 19

    La laicité, une loi réparatrice

    Mme Payette était peut etre incapable d'empathie envers les femmes voilées mais n'est ce pas le genre d'observations qui conduisent à penser que les religions divisent la population et qu'une loi sur la laicité est une loi d'ordre publique pour en atténuer les fractures?

    • Victor R. Aubry - Abonné 25 mai 2019 14 h 22

      La politique divise la population, le sport également. Est-ce une raison que les partis politiques et les joueurs de hockey cessent de porter leurs couleurs ? On peut en dire autant de la philosophie qui divise les philosophes et de bien autres choses encore.

    • Irène Doiron Et M. Pierre Leyraud - Abonnée 26 mai 2019 11 h 20

      @Victor R.Aubry: Justement, il est interdit aux personnes dispenssant des services de l'État d'afficher leurs préférences politiques. Pour les mêmes raisons, il est indispensable que les croyances religieuses ou non croyances soient affichées par les personnes dispensant des services de l'État et, d'ailleurs, le projet de loi 21 devrait s'appliquer à toutes les personnes dispensant des services de l'État, y compris les services de l'aide à l'enfance, justement parce que ça divise. Il est impératif que l'État soit neutre et apparaissent ainsi à travers celles et ceux que les personnes requérant des services rencontre cet Etat neutre! Il n'est pas sérieux de mettre le sport dans la même catégorie! Irène Doiron

    • Victor R. Aubry - Abonné 26 mai 2019 18 h 01

      Mme Irène Doiron, M. Pierre Leyraud :
      Mon propos répondait à celui de M. Gilles Laterrìere selon lequel « les religions divisent la population et qu'une loi sur la laicité est une loi d'ordre publique pour en atténuer les fractures ». On invente n'importe quoi pour appuyer le projet de loi 21. C'est dommage parce qu'il existe des motifs valables en sa faveur, sans tomber dans une attaque en règle contre les religions, ce que la CAQ a justement voulu éviter.

      Une laïcité qui s'érigerait contre les religions n'est plus la laïcité. On appelle ça l'athéisme, l'anti-théïsme ou l'irréligiosité institutionnelle, comme en Chine ou en Corée du Nord.

    • Irène Doiron Et M. Pierre Leyraud - Abonnée 26 mai 2019 23 h 40

      Mon commentaire ci-haut aurait dû se lire comme suit: @Victor R.Aubry: Justement, il est interdit aux personnes dispenssant des services de l'État d'afficher leurs préférences politiques. Pour les mêmes raisons, il est indispensable que les croyances religieuses ou non croyances ne soient pas affichées par les personnes dispensant des services de l'État et, d'ailleurs, le projet de loi 21 devrait s'appliquer à toutes les personnes dispensant des services de l'État, y compris les services de l'aide à l'enfance, justement parce que la religious n, comme la politique, divise. Il est impératif que l'État soit neutre et apparaisse ainsi à travers celles et ceux que les personnes requérant des services rencontrent cet Etat neutre! Il n'est pas sérieux de mettre le sport dans la même catégorie! Irène Doiron

  • Pierre François Gagnon - Inscrit 25 mai 2019 10 h 19

    Faits et gestes, plutôt!

    Croyez-vous qu'on n'attribue pas tout autant aux "mécréans" une "fausse conscience"?! La fausse fausse conscience ou la vraie fausse conscience ne sont traduits en faits et gestes qu'un jeu de miroirs déformants en poupées de gigogne dans le labyrinthe sans issue possible du relativisme culturel "absolu".

  • Jean Roy - Abonné 25 mai 2019 11 h 02

    Excellent devoir... mais tendancieux!

    Ce devoir s'inscrit dans une tendance polémique, tout comme le précédent devoir de philo ("Les vertus morales du programme de Québec solidaire")... et c'est très bien comme ça! Parce que ce genre d'essai permet de discuter des sujets du jour sous un tout autre angle...

    Le devoir de ce matin nous rappelle les débats intellectuels animés principalement par les sociologues Bourdieu et Boudon: structuralisme contre individualisme méthodologique. Déterminisme social contre rationalité des choix individuels... qui peuvent tous deux mener à des excès comme le mécaniscisme et l'historicisme, d'une part, le libertarisme, d'autre part.

    Pour ma part, je pense que l'on ne peut faire l'économie de ces deux approches et que la rationalité de nos choix individuels s'établit sur un fond déterminé socialement... ce qui n'exclut pas une liberté relative! Je reviens cependant avec cette citation de Spinoza: "Nous ne désirons pas une chose parce que nous la désirons bonne, mais nous la jugeons bonne parce que nous la désirons"...

    Dans ce contexte, l'utilisation de la fausse conscience, comme argument pour enlever toute crédibilité à cet autre qui ne partage pas notre opinion, constitue une tactique utilisée par tous les camps politiques ou religieux... qui défendent ainsi ce qu'ils désirent et ce qu'ils trouvent bon! Pour les uns, il y aura endoctrinement par la religion, les idéologies... Pour les autres, endoctrinement par le matérialisme, la société de consommation...

    Le politique est l'instance nous permettant de situer les discussions dans un espace public, qui a le potentiel de s'élever un peu au-dessus de la mêlée afin de rechercher un compromis qui deviendra le bien commun... L'utilisation de la fausse conscience dans ce contexte politique constitue alors effectivement un piège empêchant toute discussion et tout compromis...

  • Christian Roy - Abonné 25 mai 2019 13 h 14

    Avertissement: lecture interdite aux laïcistes

    Je badine en écrivant qu'il est interdit à un laïciste de lire ce Devoir de philo !

    C'est le type d'option paradoxale qui leur fera peut-être observer une situation bien québécoise sans tenter d'en tirer quelque avantage que ce soit.

    Reconnaissons que ce n'est pas tant la qualité de l'argumentaire qui prime que l'émotion qui colore le jugement.

  • Céline Delorme - Abonnée 25 mai 2019 14 h 13

    Respect des femmes


    Monsieur Lamarche en tant qu'homme exprime ses réflexions sur le vécu des femmes. Il écrit avec des mots forts savants que les féministes qui désirent soutenir leurs soeurs aliénées sont dans l'erreur, et dans l'incompréhension du phénomène de "la fausse conscience." Ces féministes ont besoin qu'un homme leur explique leur erreur. (Les américaines parlent alors de "mansplaining".) Il est remarquable que la majorité des avis écrits sur la situation des femmes "dites aliénées" soient écrits par des hommes, à commencer par Bouchard-Taylor.
    Monsieur Lamarche écrit un très long texte, mais expédie en deux lignes le témoignage des "esprits féministes émancipateurs" à son dernier paragraphe. " A ce sujet, il dit une chose et son contraire: "les esprits féministes sont loin de s'inscrire dans ce mouvement de repli identitaire, mais leur explication tend à les en rapprocher." Comme peut on être loin et proche en même temps?? Un peu de "mansplaining"pourrait m'éclairer.
    L'auteur écrit un devoir de philosphie en de longues envolées théoriques, mais oublie la conception que Socrate se fait de la philosophie elle-même comme manière de vivre, de la philosophie comme ce qui doit se vivre et non pas seulement comme un objet de réflexion ou de discussion. Ainsi il faut tenir compte des témoignages des femmes réelles et bien vivantes, nos voisines et concitoyennes, qui subissent le voile imposé par l'islamisme intégriste qui infériorise les femmes.
    Ciation de Madame Fatima Houda Pepin qui explique la réalité de l'islamisme qui n'est pas l'islam: (JDM 15-05-2019).
    Après avoir vécu au Maroc dans un islam tolérant et ouvert:
    " Quel ne fut pas mon choc quand j’ai découvert, au Québec et au Canada, dès le milieu des années 1970, un islam vindicatif, vociférant la haine à l’égard des mécréants, juifs, chrétiens et surtout musulmans laïcs.
    Un islamisme où tous les interdits sont imposés aux femmes et tous les droits accordés aux hommes." (...) Il n'y a pas de religion qui soit fé

    • Céline Delorme - Abonnée 25 mai 2019 15 h 26

      Fin de citation de Madame Houda Pepin:
      " Il n'y a pas de religion qui soit féministe."

    • Christian Roy - Abonné 25 mai 2019 16 h 04

      @ Mme Delorme,
      D'où l'intérêt à mieux connaître l'islam, son histoire et des subtilités.
      D'où l'intérêt de l'aimer profondément et sincèrement pour en faire la critique et la réforme nécessaire.
      D'où l'intérêt de voir les progressistes de cette confession prendre les choses en mains en cette terre du Québec, presque par obligation morale, sans appel à son exclusion, que ce soit par revanche ou par dépit.

      Je crois que nous pouvons collectivement relever ce défi bien qu'il semble contrenature pour une partie de la population abreuvée par toutes les sermons visant à valider la peur de l'Autre.

      Je crois en un Québec qui prend au sérieux sa propre Charte des droits et libertés.

      Je souhaite la mise en place d'un gouvernement moins centré sur sa réélection et plus désireux d'élever le débat afin de colmater les clivages d'une population où chacun mettra du sien. Les chemins de la liberté sont "peu fréquentés" en cette ère où la droite tire sans scrupule les ficelles. C'est bien cette droite qu'il s'agit de décoiffer.

    • Irène Doiron Et M. Pierre Leyraud - Abonnée 26 mai 2019 12 h 03

      @Christian Roy: J'en ai un peu marre d'entendre que les personnes favorisant la laïcité auraient peur des autres. Ce sont d'abord les religions qui distillent la peur, et cela dès l'enfance, peur de l'horrible "vie" qui nous attendrait après la mort si on ne fait pas ceci ou cela. Il y a peu de personnes qui se convertissent à une religion si elles n'ont pas, dès la prime enfance, été soumises à des dogmes religieux car, à l'opposé de la philosophie qui met le doute comme premier réflexe pour essayer de comprendre le monde, les religions sont dogmatiques et il faut croire. Douter, c'est déjà un "péché". D'où la tyrannie, la pire de toutes à mon avis, de certain.e.s adeptes de telle ou telle religion - celle et ceux qu'on appelle les intégrises - les chrétiennes y compris, ce n'est pas le monopole d'une religion, loin s'en faut. Car, pour les croyant.e.s,, l'essentiel est ce qui se passe après la mort et la vie doit nous y préparer, c'est l'éternité qui est en jeu! Les religions souhaitent que leurs lois soit LA loi, il n'y a qu'à voir ce qui se passe aux USA par les anti-choix quant à l'avortement. Cela dit, il y a des musulman.e.s qui veulent réformer l'islam, mais il y a surtout des pays très très riches - Qatar, Arabie Saudite - qui vont dans le sens contraire! Je vous invite à chercher sur internet le texte d'une femme d'origine musulmane ayant écrit, il y a une dizaine d'années dans le journal Libération: "Ce voile, je leur arrachais bien", qui montre toutes les pressions, parfois avec violence, qui s'exercent à l'égard des femmes musulmanes qui veulent s'affranchir de certains dogmes! Quant à l'électoralisme, chercher un parti qui ne l'est pas, même à QS! Irène Doiron

    • Irène Doiron Et M. Pierre Leyraud - Abonnée 26 mai 2019 12 h 04

      suite à Christian Roy: Par ailleurs, la Charte des droits et libertés a-t-elle pour mission de défendre des groupes religieux qui, eux-mêmes, pratiquent la discrimination et ne respectent pas, justement, les droits reconnus à toutes les personnes (discriminations à l'égard des femmes, des "minorités" sexuelles, etc.) Et, quant à la conversion à une religion, on rencontre davantage de personnes l'ayant abandonné que l'inverse malgré tous les maux qui leur sont prédits! Irène Doiron