Le sort de Carl Girouard bientôt entre les mains du jury

Les avocats de la défense et de la poursuite ont chacun consacré une demi-journée à plaider leur cause mercredi.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Les avocats de la défense et de la poursuite ont chacun consacré une demi-journée à plaider leur cause mercredi.

Après un mois de travaux, les plaidoiries ont pris fin, mercredi, au procès sur l’attaque au Kanata dans le Vieux-Québec. Un exercice laborieux, qui laisse le jury face à deux visions opposées de l’état de santé mentale de l’accusé.

Les avocats de la défense et de la poursuite ont chacun consacré une demi-journée à plaider leur cause, mercredi.

Premier à plaider, l’avocat de Carl Girouard, Me Pierre Gagnon, a d’abord remercié le jury qui a suivi le procès en soulignant que ce n’était pas un dossier « évident », le qualifiant de « pénible » par moments. Au cours de l’exercice, les jurés ont notamment dû visionner des vidéos d’une rare violence et d’horribles photos des scènes de crime.

Par la suite, ils ont passé des jours à écouter de longs échanges — souvent pointus — entre juristes et témoins experts sur les profils psychiatriques et les méthodes pour les définir.

Le meilleur psychiatre

 

Dans sa plaidoirie, Me Gagnon a d’ailleurs mis l’accent sur la psychiatrie. L’accusé, qui a tué gratuitement deux inconnus et en a blessé cinq autres à l’Halloween 2020, souffrait de schizophrénie, a-t-il affirmé. Il ne pourrait donc pas être déclaré coupable, parce qu’il ne savait pas ce qu’il faisait au moment où les gestes ont été accomplis.

Pourquoi le croire, lui, alors que l’autre camp parle plutôt d’un « trouble narcissique » beaucoup moins sévère ? Parce que l’expert de la défense, le Dr Gilles Chamberland, est le meilleur, a soutenu en substance Me Gagnon. « Il fait partie d’une élite de psychiatres reconnus par ses pairs », a-t-il souligné en mentionnant son curriculum vitæ de 41 pages. « Il n’est pas reconnu qu’au Québec, pas qu’au Canada, il est reconnu internationalement. »

À l’inverse, Me Gagnon a mis en doute les méthodes et la rigueur des deux témoins experts du Directeur des poursuites criminelles et pénales, le neuropsychologue William Pothier et le psychiatre Sylvain Faucher.

Le Dr Pothier, a-t-il souligné, pensait à tort que l’accusé ne prenait pas de médicaments lorsqu’il l’a évalué, alors que, bien qu’il eût arrêté de les prendre, les comprimés pouvaient encore faire effet pendant des semaines. « Quelle valeur peut-on donner à ces résultats quand les prémisses sont fausses ? » a-t-il lancé.

Quant au Dr Faucher, son expertise est plutôt axée sur les problèmes de nature sexuelle, a-t-il dit, lui reprochant aussi à plusieurs reprises d’avoir des « biais » et des hésitations dans ses affirmations.

Enfin, Me Gagnon a invité le jury à ne pas céder à un « piège » de la partie adverse quant aux conclusions qu’on pourrait tirer du fait que Carl Girouard parlait déjà de tuer des gens à l’âge de 16 ans. « Non », on ne pouvait pas savoir à l’époque ce qui allait se passer à l’Halloween 2020, a-t-il fait valoir. « Tant et aussi longtemps que la décision n’a pas été prise de le faire, ce n’est pas une planification. Il ne sait pas lui-même qu’il va le faire, il ne sait pas quand. C’est quand le délire a été assez fort, assez puissant, que se sont matérialisés les événements. Avant ça, ce n’était pas une planification. C’était un projet. […] La maladie commençait. »

Une schizophrénie vite disparue

 

En après-midi, le procureur de la Couronne a invité les jurés à faire preuve de « gros bon sens » en s’attardant notamment au comportement relativement normal de l’accusé après les faits. « Allez-vous croire que Carl Girouard, qui est obsédé par cette mission depuis six mois, va sortir de sa mission, sortir de sa psychose en un claquement de doigts et ne plus jamais en reparler, et ce, sans aucune médication ? » a lancé Me François Godin au jury.

Aux yeux de la poursuite, le tueur a simplement cessé d’en parler parce que « son fantasme » avait été réalisé, aussi décevant fut-il pour lui.

Pour établir si l’accusé peut être déclaré non coupable en raison de troubles mentaux, le jury doit conclure qu’il n’était pas conscient de ce qu’il faisait et incapable de distinguer le bien du mal. Or, l’homme de 26 ans ne répond même pas au premier critère, a plaidé Me Godin avant de souligner que la défense avait « le fardeau de la preuve » sur sa santé mentale.

Quant aux faiblesses des experts soulevées par Me Gagnon, la poursuite a répliqué que leurs hésitations témoignaient d’une certaine « prudence », que la psychiatrie n’était « pas une science exacte » et que les jurés devaient plutôt se méfier des énoncés trop catégoriques du Dr Chamberland.

La Cour supérieure doit reprendre ses travaux jeudi, moment qu’a choisi le juge Richard Grenier pour donner ses instructions aux membres du jury, exercice qui se poursuivra lundi matin. Le jury devra ensuite se réunir à huis clos jusqu’à l’obtention d’un verdict.

S’il est condamné, l’accusé s’expose à une peine de prison à perpétuité. À l’inverse, s’il est déclaré non criminellement responsable, il devra être évalué par une commission d’examen, qui établira s’il constitue ou non une menace pour la société. L’issue de cet examen déterminera s’il devra être hospitalisé ou pourra être libéré, et ce, sous quelles conditions.

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