L’auteur de l’attaque au sabre parlait d’une attaque sept ans plus tôt

Dans la nuit du 31 octobre 2020, deux personnes ont été tuées et cinq ont été blessées par Carl Girouard.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Dans la nuit du 31 octobre 2020, deux personnes ont été tuées et cinq ont été blessées par Carl Girouard.

Le responsable de la tuerie perpétrée le 31 octobre 2020 dans le Vieux-Québec parlait déjà d’attaquer des inconnus avec un costume et un sabre en 2014.

C’est ce qu’ont rapporté lundi deux intervenants sociaux qui l’ont suivi à cette époque, au premier jour du procès de Carl Girouard, au palais de justice de Québec.

« Il a confirmé avoir comme plan de tuer des gens avec une épée et que ce plan allait être de tuer des gens de façon aléatoire », a raconté Charles-André Bourdua, travailleur social qui l’a suivi pendant neuf mois entre 2014 et 2015.

Devant le jury, M. Bourdua a raconté qu’il n’avait pas de motif suffisant pour faire hospitaliser de force le jeune homme alors âgé de 19 ans, parce que ce dernier ne se disait pas prêt à passer à l’acte. Le jeune homme a dit qu’il devait se faire enlever un tatouage avant d’agir, a-t-il relaté.

Dans son témoignage, le travailleur social a raconté que Carl Girouard était très soucieux de ce qui figurait dans son dossier. Il proposait d’ailleurs régulièrement à l’intervenant d’y insérer ses propres notes pour s’assurer que le contenu était fidèle à la « vision qu’il avait de lui-même ». « C’est devenu une monnaie d’échange pour qu’il accepte de me revoir », a relaté M. Bourdua, qui a finalement envoyé l’accusé consulter en psychiatrie, démarche dont les suites n’ont pas encore été expliquées devant le tribunal.

La poursuite, qui a commencé lundi à présenter sa preuve, cherche à démontrer que l’accusé était bel et bien conscient de ce qu’il faisait le soir du 31 octobre 2020.

Carl Girouard voulait « faire un coup d’éclat, changer l’opinion des autres à son égard », a avancé le procureur François Godin devant le jury. Me Godin et ses collègues entendent démontrer qu’il avait prémédité son geste dès la fin de l’année 2014 et qu’il avait verbalisé « ce qu’il voulait faire » et « comment il allait le faire ».

Avant l’entrée en scène du travailleur social, un psychoéducateur du Centre de formation professionnelle des Laurentides, où le prévenu étudiait à la fin de 2014, avait sonné l’alarme le premier concernant Carl Girouard.

Le jeune homme, qui comptait abandonner sa formation, avait évoqué une « action » qui devait lui permettre de « se créer un personnage », en « retirer de la fierté » et « confirmer son existence ».

Dans son plan, il était vêtu d’un costume noir et d’un masque et portait une épée. « Il voulait se démarquer, que les gens sachent qu’il est différent des autres », a raconté l’intervenant.

Débat sur la santé mentale

 

Dans la nuit du 31 octobre 2020, Carl Girouard s’est rendu dans le Vieux-Québec vêtu d’un costume noir et d’un masque et a attaqué des inconnus avec un sabre japonais.

Les 12 jurés choisis dans le cadre de son procès devront déterminer s’il peut être déclaré non criminellement responsable des actes qu’il a commis en raison de problèmes de santé mentale.

L’homme de 26 ans fait face à deux accusations de meurtre au premier degré et à cinq accusations de tentative de meurtre. Deux personnes — Suzanne Clermont et François Duchesne — ont péri de sa main, et cinq autres ont été grièvement blessées.

« Ce qui est particulier » dans ce procès, c’est que la défense « ne nie pas » que l’accusé a commis les gestes dont on l’accuse, a expliqué le juge Richard Grenier aux candidats jurés en matinée. « Le débat dans cette affaire [porte sur] la condition mentale de l’accusé au moment des incidents. »

Le crâne rasé, vêtu d’une chemise boutonnée jusqu’au cou, l’accusé a gardé la tête penchée vers l’avant pendant une bonne partie de l’audience, lundi. Le juge a exigé qu’il soit présent en tout temps lors du procès, qui doit durer de quatre à cinq semaines.

Un jury à 100 % vacciné

Une bonne partie de la matinée de lundi a porté sur la sélection du jury, qui est composé de quatre hommes et huit femmes.

 

D’entrée de jeu, le juge a expliqué qu’il exigerait que tous les jurés soient adéquatement vaccinés. Une femme a d’ailleurs été exclue d’emblée pour cette raison.

Une autre dame a pu être dispensée de son devoir de jurée en raison de problème de santé ; un homme, parce qu’il doit prendre soin de sa mère malade. La responsable d’une garderie et une fiscaliste en pleine saison des impôts ont aussi été exemptées de leur devoir, pour des motifs professionnels, cette fois.

Les candidats jurés devaient notamment se dire d’accord avec le principe de la présomption d’innocence, ainsi qu’avec le fait qu’une personne puisse être déclarée non criminellement responsable d’un crime en raison de troubles mentaux si preuve est faite.

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