Un 3e procès pour Adèle Sorella, accusée du meurtre de ses 2 fillettes

La Cour d’appel estime qu’elle aurait dû avoir le droit de plaider la thèse de l’implication du crime organisé.
Photo: Michael Monnier Archives Le Devoir La Cour d’appel estime qu’elle aurait dû avoir le droit de plaider la thèse de l’implication du crime organisé.

La Cour d’appel du Québec a ordonné lundi un troisième procès pour la Lavalloise Adèle Sorella, accusée du meurtre de ses deux fillettes en 2009.

Elle a ainsi cassé les verdicts de culpabilité pour meurtre au deuxième degré qui avaient été rendus en 2019 par un jury. La femme de 56 ans avait alors écopé d’une peine de prison à vie, sans possibilité de libération conditionnelle avant 10 ans.

Cette fois-ci, la Cour d’appel a tranché que la juge du procès a commis une erreur en refusant à Mme Sorella le droit de plaider la thèse de l’implication du crime organisé dans le meurtre d’Amanda, âgée de neuf ans, et de Sabrina, âgée de huit ans.

« On ne peut prétendre que cette erreur est anodine », écrit la Cour d’appel dans son jugement.

Elle a toutefois refusé d’acquitter la femme des accusations portées contre elle.

Au terme du premier procès, en 2013, le jury l’avait déclarée coupable de meurtre prémédité, un crime plus grave. Mais là aussi, en raison de directives erronées données au jury, le verdict avait été écarté et le second procès ordonné.

Retrouvées sans vie il y a 13 ans

Le 31 mars 2009, les deux petites filles avaient été retrouvées sans vie, allongées côte à côte dans leur salle de jeu au sous-sol du domicile familial de Laval.

Un élément particulier dans cette affaire est que la cause du décès des fillettes n’a jamais été déterminée : leurs corps ne portaient aucune marque de violence, ni aucun indice de ce qui avait pu leur arriver.

La Couronne a plaidé que la cause la plus probable de leur mort est que les deux enfants auraient été placées dans la chambre hyperbare installée dans la maison — pour soigner l’une des fillettes — et qu’elles ont été privées d’oxygène.

Cette « théorie de la chambre hyperbare » a été présentée au jury, mais pas la « théorie de la mafia » offerte par la défense, avait plaidé devant la Cour d’appel en novembre dernier Me Ronald Prégent, l’un des avocats de Mme Sorella.

Au procès, la défense avait fait valoir que le mari de Mme Sorella — et père de leurs enfants — était une tête dirigeante du crime organisé. Il était alors possible qu’une personne soit entrée dans la maison pour s’en prendre aux fillettes, dans le but d’atteindre leur père. Ce dernier, Giuseppe De Vito, était en cavale à ce moment et recherché par la police. Finalement arrêté en 2010, il a été retrouvé mort dans sa cellule trois ans plus tard, empoisonné au cyanure dans une prison à sécurité maximale.

Cette théorie aurait ouvert la porte à la possibilité que quelqu’un d’autre ait commis l’homicide, a poursuivi Me Prégent, alors que la Couronne plaidait que Mme Sorella était la seule à avoir pu commettre ce crime.

En refusant cette théorie offerte par la défense, la juge a « complètement fermé la porte à la seule possibilité que le jury entretienne un doute raisonnable que quelqu’un d’autre que l’appelante [Mme Sorella] ait causé la mort des enfants. »

« En écartant la thèse d’une riposte du crime organisé, l’implication d’une tierce personne devient une hypothèse invraisemblable : comment croire qu’une personne inconnue ait pu agir de la sorte sans raison, toute en planifiant le crime quasi parfait dont seule l’appelante pouvait être reconnue coupable ? », est-il demandé dans le jugement.

La Cour y souligne de plus des éléments ayant pu soutenir cette théorie, dont le fait que tout le système de sécurité de la maison ait été enlevé quelques jours avant que les fillettes ne soient retrouvées sans vie.

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