Terrorisme: peine exemplaire pour l’homme qui avait voulu gagner la Syrie

Selon le juge, Ismaël Habib cherchait désespérément à se rendre en Syrie pour intégrer le groupe EI, une entité terroriste responsable de la mort de plusieurs civils innocents.
Photo: Facebook Selon le juge, Ismaël Habib cherchait désespérément à se rendre en Syrie pour intégrer le groupe EI, une entité terroriste responsable de la mort de plusieurs civils innocents.

Ismaël Habib est devenu vendredi le premier adulte canadien à être condamné à une peine exemplaire de neuf ans de prison pour avoir tenté de quitter le pays afin de rejoindre le groupe armé État islamique en Syrie et pour avoir fourni de fausses informations pour obtenir un passeport. Des experts préviennent qu’il faut maintenant se pencher sur un programme de déradicalisation en prévision de sa sortie de prison.

« Ismaël Habib cherchait désespérément à se rendre en Syrie pour intégrer le groupe EI, une entité terroriste responsable de la mort de plusieurs civils innocents, tant dans ses combats armés en Syrie que lors d’attentats ailleurs dans le monde », mentionne le juge Serge Délisle dans son jugement sur la peine à lui imposer.

En rendant la sentence, le juge a souligné que la peine correspond à la gravité de l’infraction et au degré de responsabilité du délinquant.

Le Montréalais de 29 ans avait été piégé lors d’une opération d’infiltration dirigée par la GRC, pendant laquelle il a admis à un policier infiltré, qui prétendait être le chef d’une organisation criminelle, son souhait de se rendre en Syrie et de rejoindre le groupe EI.

Peine exemplaire

 

Le magistrat a accueilli la demande de la Couronne fédérale de condamner l’accusé à neuf ans de pénitencier. La défense avait plutôt suggéré une peine de six ans et demi.

« C’est un message de dissuasion et de répression qui est envoyé par la cour », a déclaré le procureur de la couronne fédérale, Me François Blanchette.

La sentence du juge Délisle était très attendue puisqu’il s’agit de la première décision rendue concernant ce nouveau crime inscrit à la loi sur la lutte contre le terrorisme en 2013.

« Il n’existe pas de jurisprudence. C’est la première fois qu’un juge devait punir pour cet acte et il a clairement mis l’accent sur l’exemplarité de la peine pour lancer le message que ce genre de comportement ne sera pas toléré », souligne l’avocat criminaliste Walid Hijazi.

La peine maximale d’emprisonnement pour le premier chef d’accusation seulement était de 10 ans.

Détenu depuis le 4 mars 2016, Ismaël Habib doit donc purger un peu plus de six ans et demi de pénitencier. Pour Jocelyn Bélanger, professeur en psychologie à la New York University Abu Dhabi et expert en déradicalisation, le temps en prison doit être l’occasion de le réhabiliter.

« La prison, c’est une occasion pour la déradicalisation. Des études que nous avons menées nous montrent qu’il est possible de changer les croyances d’un prisonnier, mais pour le faire, il faut un effort d’accompagnement soutenu », indique M. Bélanger.

Actuellement, il n’existe aucun programme officiel dans les prisons pour la déradicalisation des détenus, indique Herman Deparice-Okomba, directeur du Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence (CPRMV).

« Il y aurait 17 personnes en ce moment détenues pour des infractions de terrorisme. C’est un nombre qui peut paraître marginal, mais qui doit être pris au sérieux », dit-il.

Le CPRMV, assure-t-il, est déjà en contact avec la famille de M. Habib et tentera d’assurer un suivi avec le détenu, même si ce n’est pas en vertu d’un programme « officiel ». « Notre démarche n’est pas une démarche institutionnalisée, c’est du cas par cas, et ça se fait à la demande des familles, ou des individus, mais c’est certain qu’avec les procès qui sont en cours, il faudra qu’un programme soit développé », dit-il.

Dans sa décision, le magistrat note d’ailleurs ne pas avoir été en mesure d’évaluer les chances de réhabilitation du condamné.

Ismaël Habib n’a pas témoigné lors des observations sur la peine cet été.

« [Le Tribunal est ainsi privé] de l’assurance qu’[Ismaël Habib] n’est plus acquis à la cause du djihad armé et du terrorisme », écrit-il.

Le juge revient d’ailleurs sur le comportement d’Ismaël Habib. Il le décrit comme un homme dont l’adhésion à l’idéologie du groupe EI « est totale ».

« Extrêmement motivé, voire obsédé, il est prêt à tout pour quitter le pays », note-t-il.

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