Plus de 52 000 déversements d’eaux usées au Québec en 2020

Des quantités phénoménales d’eaux contaminées par des matières fécales continuent à être déversées dans le fleuve Saint-Laurent et dans les rivières du Québec.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Des quantités phénoménales d’eaux contaminées par des matières fécales continuent à être déversées dans le fleuve Saint-Laurent et dans les rivières du Québec.

Des quantités phénoménales d’eaux contaminées par des matières fécales continuent à être déversées dans le fleuve Saint-Laurent et dans les rivières du Québec. Ces défaillances des systèmes d’assainissement n’ont pas connu de réelle amélioration en 2020, révèle le plus récent bilan de la Fondation Rivières. Selon ce dernier, le nombre de déversements s’élevait à 52 794 en 2020, contre 60 663 en 2019 (la diminution s’expliquant par des précipitations moindres en 2020).

Impossible de connaître le nombre de litres d’eaux usées déversés, car il n’est pas mesuré. Cette fondation calcule cependant un indice d’intensité qui prend en compte la taille de l’ouvrage qui a débordé, ainsi que la durée et la fréquence de ces débordements. « C’est vraiment ce qui nous permet de comparer des villes de différentes tailles et la performance de chacune », indique son directeur, André Bélanger, en entrevue avec Le Devoir.

Longueuil garde le pire résultat en ce qui concerne l’intensité parmi les grandes villes sur cette liste peu reluisante, suivie de près par les municipalités environnantes comme Brossard, Boucherville et Saint-Lambert. Montréal et Laval connaissent une légère amélioration lorsque leur bilan respectif est pondéré selon la population.

M. Bélanger compare les surverses à l’eau qui s’échapperait d’un trop-plein dans un lavabo ou un bain : « Par définition, c’est ce qui flotte aussi. » Des matières fécales s’échappent donc à chaque fois, mais également des tampons, des lingettes jetables, des mégots de cigarettes ou d’autres matières solides.

C’est surtout à la suite de fortes précipitations ou lors de la fonte des neiges que les déversements ont lieu, reconnaît le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC).

Le ministère note qu’une grande partie de ces canalisations draine non seulement les eaux usées, mais aussi les eaux de pluie, et présente donc une capacité plus limitée.

Certaines municipalités ont cependant enregistré un nombre important de surverses par temps sec, qui sont interdites. La ville de Québec en a notamment connu 288. En ajoutant les débordements « en urgence », on y a compté un total de 318 jours avec des surverses, soit presque tous les jours de l’année.

Les situations qualifiées « d’urgence » sont en effet permises par le MELCC selon certains paramètres. Un débordement d’urgence peut être causé par un bris, une panne électrique ou encore lors de travaux d’entretien planifiés. « Ce n’est pas parce qu’ils sont le droit que c’est nécessairement bon pour l’environnement », remarque toutefois M. Bélanger.

Peu débattu en campagne

D’autres municipalités ayant une grande population s’en tirent mieux, comme Sherbrooke, mais « seulement parce qu’elle ne mesure pas grand-chose », dit-il. Les villes ont l’obligation d’installer un enregistreur électronique de débordement dans un délai d’un an après un événement « non urgent » (donc non permis). Or, de tous les événements que ces appareils auraient dû relever, moins de 65 % ont été enregistrés.

81
C’est le nombre de municipalités québécoises qui n’ont toujours pas d’usine d’épuration, un autre problème bien documenté et qui persiste depuis longtemps.

Certains événements fortement médiatisés, souvent appelés « flushgate », comme à Montréal, Trois-Rivières ou Saint-Jean-sur-Richelieu, ainsi que l’envie croissante des citoyens de pouvoir se baigner ont contribué à faire connaître le problème. Mais les campagnes municipales actuelles passent pratiquement sous silence cet enjeu. « On est tous pro-environnement, mais mettre de l’argent dans un ouvrage de surverse ou une usine d’épuration, c’est moins sexy qu’une patinoire ou un espace vert », décrit M. Bélanger.

Rappelons qu’il y a toujours 81 municipalités au Québec sans usine d’épuration, un autre problème bien documenté et qui persiste depuis longtemps. Ces localités disposent d’un système d’égouts ; les eaux noires et grises ainsi collectées ne sont pas traitées, elles sont rejetées directement dans le fleuve ou dans les rivières.

Elles représentent moins de 1 % de la population, selon le MELCC, mais ont maintenant dépassé de sept ans le délai réglementaire pour réaliser un projet de station de traitement des eaux usées. Le coût de ces installations est en cause, mais pas seulement : « même pour aller chercher des subventions, il faut de l’argent pour payer une expertise », explique Jacques Demers, président de la Fédération québécoise des municipalités. Cet organe vient de recevoir 900 000 $ de Québec pour accompagner les municipalités en déployant notamment des ingénieurs spécialisés. M. Demers souligne également que le coût d’entretien doit être pris en compte après la simple construction.

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