Les petits agriculteurs «beaucoup plus vulnérables» face à la crise climatique

Selon le Fonds international de développement agricole, les petits producteurs font partie de la solution pour réformer les systèmes alimentaires, contrôler les émissions de GES et protéger la biodiversité.
Photo: Agence France-Presse Selon le Fonds international de développement agricole, les petits producteurs font partie de la solution pour réformer les systèmes alimentaires, contrôler les émissions de GES et protéger la biodiversité.

Le tiers de la nourriture consommée mondialement est produit par des fermes à petite échelle. Elles reçoivent pourtant moins de 2 % de tous les fonds mondiaux destinés à la lutte contre les changements climatiques. C’est du moins le point de départ d’un rapport du Fonds international de développement agricole (FIDA) publié mardi. Sa vice-présidente adjointe, Jyotsna Puri, exhorte les pays participants à la COP26 à faire mieux pour les plus petits agriculteurs.

En entrevue avec Le Devoir, Mme Puri, l’une des têtes pensantes de cette institution financière des Nations unies, ne manque pas de mots pour souligner l’importance de l’apport des petits producteurs agricoles à la chaîne alimentaire mondiale. Ils font partie de la solution pour réformer les systèmes alimentaires, contrôler les émissions de gaz à effet de serre (GES) et protéger la biodiversité, puisqu’ils cultivent généralement plusieurs espèces de végétaux.

En contrepartie, « ils sont beaucoup plus vulnérables » aux chocs du climat, souligne-t-elle : « La vulnérabilité est une fonction de la pauvreté. C’est parce qu’ils sont pauvres que ces petits fermiers n’accèdent pas à des variétés plus résistantes ou à des solutions pour diversifier leurs cultures. Ils n’ont pas accès facilement à des prêts ou à des assurances récolte non plus », illustre celle qui est également responsable de la stratégie et des savoirs au FIDA.

2%
C’est la proportion de tous les fonds mondiaux destinés à la lutte contre les changements climatiques que reçoivent les fermes à petite échelle. Elles produisent pourtant le tiers de la nourriture consommée mondialement.

D’une part, ces agriculteurs laissés à eux-mêmes sont ceux qui risquent le plus de souffrir de la crise climatique, « dans leur ventre même », dit Mme Puri, puisque leur agriculture est directement liée à l’apport calorique de leur famille. Ils sont d’autre part ceux qui ont le moins contribué aux émissions de gaz à effet de serre, un paradoxe qui n’est pas exclusif à ce secteur.

Le continent africain

Le rapport du FIDA tout juste publié porte plus spécifiquement sur le sud et l’est du continent africain, où la plupart des producteurs agricoles n’ont pas de système d’irrigation. Ils ne peuvent compter que sur les conditions météorologiques pour arriver à faire pousser leur propre nourriture et, s’ils sont chanceux, à vendre les surplus sur des marchés locaux.

Ces producteurs, entre autres, de légumineuses, de manioc, d’arachides, de millet, de sorgho, de patates douces ou de blé doivent composer avec un régime de précipitation de plus en plus erratique, des périodes de sécheresse plus longues ou parfois des inondations plus intenses. Le FIDA a calculé que pour chaque hausse de 1 °C de la température mondiale, le rendement des plantes céréalières baisse d’environ 5 %.

Appel au soutien

Les investissements de ce fonds sont financés par la communauté internationale : « À l’échelle des fermiers, ils doivent être en mesure de faire leur propre recherche et développement pour utiliser par exemple des espèces plus résistantes ou à maturation plus rapide », écrit le rapport.

Jyotsna Puri le voit aussi comme un appel à l’équilibre : « Ils sont déjà garants des solutions fondées sur la nature traditionnellement, mais ils ne reçoivent pas d’incitatifs. » Ils rendent ainsi des « services écologiques » qu’il serait possible d’inscrire au cœur de nouveaux outils économiques : « Il faut commencer à trouver comment inclure les coûts cachés, comme le gaspillage, dans les prix à la consommation pour changer les marchés », suggère-t-elle notamment.

La vulnérabilité est une fonction de la pauvreté. C’est parce qu’ils sont pauvres que les petits fermiers n’accèdent pas à des variétés plus résistantes ou à des solutions pour diversifier leurs cultures.

 

Plusieurs grandes entreprises agroalimentaires s’installent dans des pays en voie de développement et créent une nouvelle demande pour des céréales ou des grains qui ne sont pas cultivés localement. Au Kenya, par exemple, plusieurs cultures traditionnelles ont été remplacées par le maïs. « On sait pourtant que les monocultures sont moins résilientes que les cultures multiples », déplore Mme Puri.

Difficile de résister à l’argent comptant que ces grosses entreprises offrent pour acheter des récoltes entières. Ici encore, les idées ne manquent pas : il faut plus d’infrastructures rurales, des marchés plus accessibles pour les producteurs locaux, des assurances météo, des semences plus variées, etc.

Il faudra de l’argent pour ces réalisations. Le FIDA se rend donc à la COP26 avec plusieurs demandes.

La vice-présidente adjointe insiste sur le fait que les mesures d’adaptation, comme le soutien à ces producteurs, sont beaucoup moins financées que celles qui visent à réduire les émissions de GES : « Pour chaque nouveau dollar amassé en financement pour l’adaptation, il y a 18 dollars qui sont investis en atténuation. »

Réduire les GES est évidemment une bonne idée, poursuit-elle, mais encore faut-il que les personnes d’aujourd’hui survivent jusqu’à l’horizon de ces réductions. « Tant que nous ne verrons pas un engagement fort et définitif en faveur de l’adaptation, je ne pourrai pas appeler la COP26 un succès. »

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