Les efforts climatiques des pays encore insuffisants, à quelques jours de la COP26

Les impacts de la crise climatique devraient forcer plus de 200 millions de personnes à quitter leur région ou leur pays d’ici 2050, selon la Banque mondiale.
Photo: Hoshang Hashimi Agence France-Presse Les impacts de la crise climatique devraient forcer plus de 200 millions de personnes à quitter leur région ou leur pays d’ici 2050, selon la Banque mondiale.

À quelques jours du début de la prochaine conférence climatique de l’ONU (COP26), les engagements des États sont toujours nettement insuffisants pour espérer limiter les bouleversements climatiques à un seuil viable, et ainsi respecter les engagements pris dans le cadre de l’Accord de Paris il y a de cela cinq ans.

Alors que des décideurs politiques et plusieurs entreprises rivalisent d’annonces pour répéter leur volonté d’agir pour éviter le naufrage du climat planétaire, les données scientifiques démontrent plutôt que les engagements sont toujours en deçà de ce qui est nécessaire pour parvenir à éviter le pire.

Selon de nouvelles données publiées mardi par le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), les engagements mis à jour des différents signataires de l’Accord de Paris ne permettent toujours pas de respecter les objectifs de l’entente signée en décembre 2015, soit de limiter le réchauffement à 2 °C, voire à 1,5 °C, par rapport à l’ère préindustrielle.

Alors que la hausse globale des températures atteint déjà 1,1 °C, la plus récente édition de l’Emissions Gap Report du PNUE prédit que le thermomètre planétaire continuera de grimper, pour atteindre une augmentation d’au moins 2,7 °C d’ici la fin du siècle. Cette hausse annoncée est attribuable, selon le PNUE, au manque d’ambition des États en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES). L’ONU prévenait d’ailleurs la semaine dernière que la production d’énergies fossiles prévue pour les prochaines années était beaucoup trop importante pour espérer limiter le réchauffement climatique.

Concrètement, les pays qui prendront part à la COP26 au cours des deux premières semaines du mois de novembre étaient invités à soumettre une mise à jour de leur « contribution déterminée au niveau national » (CDN). Jusqu’à présent, 143 parties (sur les 192 que compte l’Accord de Paris) ont déposé cette mise à jour, dont le Canada.

Le problème, c’est que les engagements, même en prenant en compte ceux qui ont été bonifiés, ne suffisent pas pour placer la planète sur la bonne trajectoire climatique. Selon les données du PNUE et les chiffres publiés lundi par la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), les réductions annoncées dans les mises à jour des CDN permettent de retrancher seulement de 7,5 % à 9 % des émissions prévues en 2030, à supposer que les engagements des États soient respectés. Or, la réduction devrait être de 45 % à 55 %, par rapport au niveau de 2010, pour espérer pouvoir limiter le réchauffement à 1,5 °C.

+2,7°C
Avec les efforts actuels des pays, c'est le réchauffement vers lequel se dirige la planète pour la fin du siècle, par rapport à l’ère préindustrielle.

La trajectoire climatique est pire lorsqu’on prend en compte l’ensemble des engagements des 192 parties de l’Accord de Paris. Selon la CCNUCC, on se dirige en effet vers une hausse des émissions de GES de l’ordre de 16 % d’ici 2030, par rapport au niveau de 2010.

Ces données doivent sonner comme un signal d’alarme pour les délégations qui se présenteront à Glasgow, en Écosse, pour la COP26, a réagi la secrétaire générale d’ONU Climat, Patricia Espinosa, dans un communiqué. « Dépasser nos objectifs de limitation du réchauffement nous conduira vers un monde déstabilisé marqué par des souffrances sans fin, particulièrement pour ceux qui ont le moins contribué aux émissions de GES. »

Un très petit groupe de pays assume en effet une grande responsabilité historique dans la crise climatique qui continue de s’aggraver, selon ce qui se dégage d’une analyse publiée au début du mois par l’organisme britannique Carbon Brief, spécialisé dans l’information climatique. Le Canada, qui aurait déjà émis plus de 65 milliards de tonnes de gaz à effet de serre depuis le début de l’ère industrielle, fait partie du lot, alors que les Canadiens, pris individuellement, sont eux-mêmes de très gros émetteurs.

Dans le cadre d’une comparaison par personne des émissions historiques, les Canadiens apparaissent ainsi au premier rang mondial, avec des émissions de 1751 tonnes de GES par habitant (contre 1547 tonnes pour les Américains). Cette méthode de calcul, qui suppose toutefois que toutes les émissions historiques sont assumées par la population actuelle, démontre surtout que malgré sa faible population, le Canada est un important émetteur de GES, selon Carbon Brief.

Conséquences irréversibles

Un réchauffement tel que celui que prédisent le PNUE et la CCNUCC provoquerait une multiplication des événements climatiques extrêmes, un recul des zones cultivables et des ressources en eau dans plusieurs régions, une fonte irréversible des glaces des pôles, un dégel du pergélisol qui libérerait d’énormes quantités de méthane, une montée considérable du niveau des océans, la disparition de pans majeurs de la biodiversité mondiale et l’afflux de millions de réfugiés climatiques. Les conséquences de la crise climatique devraient forcer plus de 200 millions de personnes à quitter leur région ou leur pays d’ici 2050, selon la Banque mondiale.

65
Quantité, en milliards, de tonnes de gaz à effet de serre que le Canada aurait émis depuis le début de l’ère industrielle.

Bien que les bouleversements climatiques n’aient pas encore atteint les seuils dramatiques inscrits dans ce nouveau rapport scientifique international, les effets sont déjà bien réels, soulignait le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) dans son plus récent rapport, publié au mois d’août. Les vagues de chaleur, les canicules et les sécheresses sont très certainement « plus fréquentes et plus intenses » dans la plupart des régions du globe depuis les années 1950, tout comme les événements de précipitations intenses.

L’humanité est également responsable de la fonte des glaces du Groenland, de celle de plusieurs glaciers de la planète et du déclin marqué des glaces de mer de l’Arctique. Même chose pour la hausse du niveau des océans et leur réchauffement. Sous l’influence de la fonte des glaces polaires, le niveau des océans va d’ailleurs continuer à augmenter pendant des siècles, voire des millénaires.

Le niveau des océans, qui a déjà gagné 20 cm depuis 1900, pourrait encore monter d’environ 50 cm d’ici 2100, même en supposant qu’on puisse limiter le réchauffement à +2 °C. Un tel scénario représente une menace directe pour des régions côtières comme l’est du Québec.

Pour la première fois, le GIEC soulignait également dans son rapport « ne pas pouvoir exclure » la survenue de « points de bascule », comme la fonte de la calotte glaciaire de l’Antarctique ou la mort de forêts, qui entraîneraient le système climatique vers un changement dramatique et irrémédiable. Des signes en ce sens sont d’ailleurs déjà visibles en Amazonie, la plus vaste forêt tropicale de la planète.

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