Steven Guilbeault accuse Québec de manquer à son devoir de protection des espèces menacées

Le gouvernement Legault a autorisé la Ville de Longueuil à prolonger le boulevard Béliveau en plein cœur d’un habitat essentiel de la rainette faux-grillon, qui est pourtant protégé en vertu de la Loi sur les espèces en péril.
Photo: Getty Images/iStockphoto Le gouvernement Legault a autorisé la Ville de Longueuil à prolonger le boulevard Béliveau en plein cœur d’un habitat essentiel de la rainette faux-grillon, qui est pourtant protégé en vertu de la Loi sur les espèces en péril.

Le ministre Steven Guilbeault accuse le gouvernement Legault de faire preuve de laxisme dans la protection des espèces en péril, tout en promettant qu’un futur gouvernement Trudeau ferait respecter les lois fédérales qui protègent ces espèces. En entrevue au Devoir, il souligne d’ailleurs la volonté des libéraux de stopper un projet qui détruit présentement un des derniers habitats de la rainette faux-grillon dans la province. Celui-ci a été autorisé par Québec, malgré l’avis défavorable des experts.

« Force est de constater que, sur la question des espèces en péril, le gouvernement du Québec ne semble pas vouloir jouer un rôle très important. N’en déplaise au gouvernement du Québec ou à tout autre gouvernement provincial, nous assumons notre responsabilité et notre législation sur la question des espèces en péril », a fait valoir le ministre du Patrimoine, qui agit aussi à titre de porte-parole dans plusieurs dossiers environnementaux.

« C’est le ministre de l’Environnement du Québec qui a permis le saccage de l’habitat de la rainette faux-grillon à La Prairie. C’est notre gouvernement qui est intervenu en 2016, par décret d’urgence, pour stopper ce saccage. Un gouvernement libéral réélu s’assurera de faire appliquer pleinement la Loi sur les espèces en péril », a ajouté M. Guilbeault, en citant la décision des libéraux de stopper un projet immobilier à La Prairie qui aurait détruit un « habitat essentiel » légalement protégé en vertu de la Loi sur les espèces en péril (LEP). La validité du décret fédéral a été confirmée en décembre dernier par la Cour suprême.

Dans ce contexte, les libéraux pourraient très bien intervenir de nouveau au Québec, mais cette fois à Longueuil, où ils estiment que la LEP s’appliquerait dans un autre dossier qui concerne la rainette faux-grillon. « D’un point de vue juridique, nous sommes en terrain très solide. C’est notre évaluation de la situation », a souligné jeudi Steven Guilbeault. Mais puisqu’une « évaluation » du dossier est en cours à Environnement Canada, il n’a pas voulu « commenter » le dossier davantage.

« De toute évidence, ce qu’on constate, c’est que, si le gouvernement provincial ne joue pas un rôle très proactif, il ne semble pas y avoir beaucoup d’autres acteurs qui sont prêts à le faire au pays. On le voit présentement au Québec », a-t-il ajouté.

Concrètement, le gouvernement Legault a autorisé la Ville de Longueuil à prolonger le boulevard Béliveau en plein cœur d’un habitat essentiel de la rainette faux-grillon, qui est pourtant protégé en vertu de la LEP. Ce projet, qui empiète sur l’habitat d’une des dernières populations de la province, a reçu le feu vert du gouvernement malgré un avis scientifique défavorable des experts du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP). Le Devoir a obtenu le document grâce à la Loi sur l’accès à l’information.

Avis écarté

Cet avis n’a pas été pris en compte par le gouvernement caquiste. Selon les précisions obtenues auprès du MFFP, le projet a d’abord été soumis au ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC) afin d’obtenir une « autorisation ». Dans ce contexte, les enjeux fauniques devaient être pris en compte dans le cadre d’un « avis faunique » soumis par le MFFP au MELCC.

Or, la Ville de Longueuil a par la suite retiré la demande d’autorisation, afin de soumettre une « déclaration de conformité » en vertu des dispositions du Règlement sur l’encadrement des activités en fonction de leur impact sur l’environnement (REAFIE), qui relève du MELCC. Dans ce contexte, aucun avis faunique n’est demandé ni pris en compte. « La responsabilité appartient alors au promoteur du projet, la Ville de Longueuil dans le cas présent, de s’assurer de respecter les exigences réglementaires prescrites par le REAFIE », a expliqué, par courriel, le MFFP.

Selon le MELCC, les déclarations de la Ville de Longueuil « ne font pas état de la présence d’espèces menacées ou vulnérables, telles que la rainette faux-grillon de l’Ouest ». La Ville a toutefois promis d’aménager un « passage faunique » pour permettre aux rainettes de traverser le nouveau tronçon de boulevard, mais elle n’a pas encore donné de détails sur ce qui sera fait.

Réagissant aux critiques de Steven Guilbeault, le cabinet du ministre responsable du MELCC, Benoit Charette, a indiqué que le projet routier « a été approuvé selon le processus du MELCC et en conformité avec nos lois et règlements ». Se disant « très surpris des propos de M. Guilbeault », le bureau du ministre a ajouté que « son propre gouvernement a pourtant qualifié de particulièrement intéressante la mesure d’atténuation mise en place par la Ville de Longueuil dans le cadre de ce projet ».

Rejet de projets ?

« Nous allons devoir être très proactifs sur la question des espèces en péril. On parle beaucoup de la crise climatique, et avec raison, mais la crise de la perte de biodiversité est aussi préoccupante », a par ailleurs fait valoir M. Guilbeault en entrevue.

Le refus des projets industriels qui empiètent sur l’habitat d’espèces menacées ne sera cependant pas systématique, a-t-il précisé, en soulignant la volonté des libéraux de « trouver un juste milieu pour permettre à certains projets d’aller de l’avant si on estime que les impacts sont minimisés le plus possible, tout en refusant les projets où les impacts sont trop importants ».

Selon lui, le projet d’expansion du Port de Montréal à Contrecœur est un exemple de projet acceptable. « Le Port de Montréal a pris des engagements importants pour la protection de l’habitat du chevalier cuivré. L’évaluation que nous avons faite, dans ce cas-là, c’est que le projet peut aller de l’avant. »

La construction de ce nouveau port, où transiteront jusqu’à un million de conteneurs par année, détruira un habitat essentiel du chevalier cuivré légalement protégé en vertu de la LEP. Cette espèce « en voie de disparition » est le seul vertébré endémique du Québec. On retrouve aussi, sur les terrains du port, un habitat essentiel de la rainette faux-grillon.



À voir en vidéo