Une partie de l’Amazonie émet maintenant plus de CO₂ qu’elle n’en absorbe

Cette situation découlerait directement du fait que cette partie du territoire a subi les pires impacts de la déforestation effectuée ces 40 dernières années, essentiellement pour faire place à l’élevage de bétail et à la culture du soya, dont on voit ici des champs à côté d’une portion encore non déboisée.
Photo: Leo Correa Associated Press Cette situation découlerait directement du fait que cette partie du territoire a subi les pires impacts de la déforestation effectuée ces 40 dernières années, essentiellement pour faire place à l’élevage de bétail et à la culture du soya, dont on voit ici des champs à côté d’une portion encore non déboisée.

Frappée par la crise climatique et par une déforestation qui la détruit un peu plus chaque jour, une partie de la forêt amazonienne produit désormais davantage de gaz à effet de serre qu’elle ne parvient à en absorber. Un revirement de situation qui laisse présager le pire pour la lutte contre le réchauffement planétaire.

La région de l’Amazonie abrite les forêts tropicales les plus importantes de la planète. Celles-ci constituent non seulement un écosystème d’une très grande richesse, mais elles absorbent aussi une importante quantité des émissions de gaz à effet de serre (GES) imputables à l’activité humaine. Selon les données disponibles, les zones boisées et les sols contiendraient plus de 450 milliards de tonnes de CO2.

Or, ce « puits de carbone » accuse un « déclin » marqué en raison de la déforestation et des effets du réchauffement climatique, rappelle une nouvelle étude publiée dans la revue scientifique Nature. Les impacts sont tels que la portion sud-est de cette immense forêt est devenue émettrice « nette » de CO2 dans l’atmosphère, conclut cette même étude, en s’appuyant sur des données récoltées dans 590 échantillons de CO2 recueillis à différentes altitudes, et ce, de 2010 à 2018.

Selon les auteurs de cette étude internationale, cette situation d’émission nette de GES découlerait directement du fait que cette partie du territoire a subi les pires impacts de la déforestation effectuée ces 40 dernières années, essentiellement pour faire place à l’élevage de bétail et à la culture du soya.

Dans certains secteurs de l’est de l’Amazonie, pas moins de 37 % des zones boisées ont disparu au cours des dernières décennies, peut-on lire dans l’étude. Et globalement, la déforestation en Amazonie entre 2000 et 2018 a atteint 513 016 km2, une surface aussi grande que l’Espagne, amputant de 8 % cette forêt tropicale. Environ 20 % de la forêt amazonienne, qui recouvre plus de cinq millions de kilomètres carrés, a été rasée depuis 1970.

Les feux de forêt, qui sont en majorité d’origine humaine, contribuent aussi à la destruction de l’Amazonie. Uniquement dans la portion brésilienne de l’écosystème, 103 000 feux ont été dénombrés en 2020, soit une augmentation annuelle de près de 16 % par rapport à 2019. Cette année, les mois de mai et de juin battent des records qui remontaient à 2007 quant au nombre de foyers d’incendie.

Le réchauffement climatique est par ailleurs devenu un facteur important dans l’équation, soulignent les auteurs de l’étude. Il faut dire que les températures en Amazonie pendant la saison sèche ont gagné près de 3 °C par rapport à l’ère préindustrielle, soit près de trois fois plus que la moyenne mondiale.

Point de non-retour

La combinaison de tous ces facteurs « remet en cause la capacité des forêts tropicales à séquestrer à l’avenir de larges volumes de CO2 dérivés des énergies fossiles », soulignait mercredi Scott Denning, de l’Université du Colorado, dans un commentaire publié également dans Nature.

Une autre étude récente, utilisant une autre méthodologie, est parvenue à la conclusion que l’Amazonie brésilienne a rejeté entre 2010 et 2019 près de 20 % de plus de CO2 qu’elle n’en a absorbé.

Avec la fonte des calottes glaciaires, le dégel du pergélisol ou la disparition des récifs coralliens, le dépérissement de la forêt amazonienne fait partie des « points de bascule » établis par les scientifiques comme des éléments clés dont la modification substantielle pourrait entraîner le système climatique vers un changement dramatique et irrémédiable.

Dans une étude publiée en mars 2020 dans Nature Communications, des chercheurs soulignaient d’ailleurs que la forêt amazonienne s’approche déjà d’un point de non-retour, puisque les bouleversements du climat pourraient transformer cette vaste région en une savane aride d’ici quelques décennies.

«Préoccupations» à Ottawa

Le gouvernement Trudeau deviendra « complice » de la déforestation accélérée de l’Amazonie sous la présidence de Jair Bolsonaro s’il poursuit les négociations en vue de la signature d’un accord de libre-échange entre les deux pays, estime Greenpeace. Dans sa réponse à une pétition sur la question déposée il y a quelques mois, Ottawa assurait que « le gouvernement du Canada a exprimé ses préoccupations au gouvernement fédéral et aux gouvernements d’État du Brésil concernant les feux de forêt et la déforestation », en plus de faire part « des attentes du Canada et de la communauté internationale en matière de protection et de conservation de la région de l’Amazonie ».

 

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