Plan ambitieux de l’ONU pour «vivre en harmonie avec la nature»

La Convention sur la diversité biologique plaide pour une meilleure protection des milieux marins et des espèces qui en dépendent.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir La Convention sur la diversité biologique plaide pour une meilleure protection des milieux marins et des espèces qui en dépendent.

Si l’humanité souhaite « vivre en harmonie avec la nature » et freiner enfin le déclin dangereux de la biodiversité, il faudra faire un effort « urgent » et sans précédent de protection des milieux naturels au cours de la prochaine décennie. C’est ce qui se dégage du document de négociations publié lundi en vue du prochain sommet des États membres de la Convention sur la diversité biologique (CDB) des Nations unies.

Cette ébauche de plan de préservation de la biodiversité souligne ainsi la nécessiter de préserver, d’ici 2030, pas moins de 30 % des milieux naturels terrestres et marins de la planète, alors qu’à peine plus de 7 % des écosystèmes marins sont aujourd’hui protégés, et 17 % des milieux terrestres.

Cet objectif impliquerait notamment d’augmenter substantiellement le nombre d’aires protégées dans le monde. Le document de la CDB souligne aussi l’urgence de mieux préserver des écosystèmes « représentatifs » et d’assurer une meilleure connexion entre les milieux naturels.

Tant Ottawa que Québec se sont déjà engagés à atteindre cette cible de 30 %, après être parvenus de justesse à respecter leur objectif de protection de 10 % des milieux marins et 17 % des milieux terrestres avant la fin de 2020. Dans le cas des milieux marins, la cible proposée par la CDB est d’autant plus ambitieuse qu’elle signifierait multiplier par trois la superficie de territoires protégés au Canada et au Québec.

Pour Alain Branchaud, directeur général de la Société pour la nature et les parcs, section Québec, cet objectif de préservation de 30 % des milieux naturels est néanmoins réaliste. Selon lui, l’action du gouvernement du Québec doit cependant être plus « cohérente ». Concrètement, des ministères ne devraient pas faire obstruction aux projets de protection du territoire, comme on l’a vu avec la volonté du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs de défendre les intérêts de l’industrie forestière, au détriment de la mise en œuvre d’aires protégées.

M. Branchaud estime aussi que le gouvernement du Québec « doit s’engager dans un escalier de la conservation qui lui permettra d’avancer de façon progressive, par exemple pour atteindre 22 % d’ici 2022 et ajouter ensuite 1 % par année, plutôt que d’attendre à la dernière minute ». Le biologiste souligne que les 83 projets d’aires protégées mis de côté en décembre dernier « représentent à eux seuls 1,3 % du territoire et seraient un bon premier pas dans cette direction ».

Restaurer la nature

Le document publié par la CDB, qui doit encore être négocié et adopté lors du prochain sommet des 196 pays membres (COP15) reporté l’an dernier en raison de la pandémie, cible un total de 21 objectifs à atteindre d’ici la fin de la décennie.

En plus de la préservation de milieux naturels encore relativement épargnés par les impacts de l’activité humaine, le document insiste sur l’importance de restaurer « au moins » 20 % des écosystèmes marins, terrestres et d’eau douce « dégradés » par des décennies d’exploitation des ressources naturelles, d’industrialisation et de pollution de divers types. Selon un rapport publié en 2019 par des experts mandatés par la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), 75 % de l’ensemble du milieu terrestre est « sévèrement altéré » par l’activité humaine, de même que 66 % des milieux marins.

Dans un contexte d’accélération de l’extinction des espèces animales et végétales, la proposition mise en avant par la CDB souligne par ailleurs le besoin de mettre en œuvre des actions qui doivent permettre le rétablissement des différentes espèces, en particulier celles qui sont aujourd’hui menacées. Selon les données de l’IPBES, 25 % des espèces de vertébrés terrestres, d’eau douce et marine sont menacées de disparition, ainsi que 33 % des récifs coralliens.

75%
C’est la part de l’ensemble du milieu terrestre qui est «sévèrement altéré» par l’activité humaine, selon un rapport publié en 2019.

La CDB insiste en outre sur la nécessité de réduire la pollution sous toutes ses formes afin que les sources de polluants ne représentent plus une menace pour la biodiversité et les écosystèmes. On propose par exemple de réduire de plus de 60 % la contamination de l’environnement par les pesticides et de moitié celle provenant des apports en nutriments des engrais. Cet objectif passe par une gestion « durable » de l’agriculture, de la foresterie et de l’aquaculture.

Les nouveaux engagements inscrits dans cette version préliminaire du futur plan international de préservation de la biodiversité auraient dû être négociés à Kunming, en Chine, lors de la COP15 prévue en octobre 2020. Celle-ci a toutefois été annulée en raison de la crise de la COVID-19, qui est elle-même liée à la dégradation des milieux naturels et de la biodiversité. La réunion a été décalée d’un an et pourrait encore être ajournée à 2022, selon des sources proches du dossier citées lundi par le quotidien britannique The Guardian.

 

75%

C’est la part de l’ensemble du milieu terrestre qui est « sévèrement altéré » par l’activité
humaine, selon un rapport
publié en 2019.



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