Déjà sept bélugas retrouvés morts depuis le début de l’année

Une femelle sur le point de donner naissance a été retrouvée morte dans le secteur de l’île Verte.
Pierre-Henri Fontaine Une femelle sur le point de donner naissance a été retrouvée morte dans le secteur de l’île Verte.

Au moment où débute la saison estivale, on compte déjà sept bélugas retrouvés morts dans le Saint-Laurent, dont au moins une femelle sur le point de donner naissance. Les experts disent surveiller la situation, même s’il est trop tôt pour dégager une tendance pour la trajectoire des mortalités cette année.

Au début de la semaine, une femelle béluga a été retrouvée morte dans le secteur de l’île Verte, avec un veau apparent. Il est bien possible que cette femelle soit décédée au moment de la mise bas, précise le directeur scientifique du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM), Robert Michaud.

Ce béluga adulte est devenu le septième retrouvé mort cette année dans le Saint-Laurent. M. Michaud précise qu’il est toutefois trop tôt pour dégager « un portrait précis » des mortalités constatées jusqu’ici pour l’année 2021, même s’il assure que les scientifiques surveillent la situation. « Les informations sont très partielles » pour le moment, insiste-t-il.

Trois carcasses, dont celle de l’île Verte, ont d’ailleurs été transportées jusqu’à la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal, à Saint-Hyacinthe, afin d’être analysées. M. Michaud rappelle aussi que les citoyens qui aperçoivent une carcasse de béluga peuvent contacter le Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins.

Carte montrant l'habitat essentiel du béluga du Saint-Laurent sur le fleuve
 

Les scientifiques observent depuis une décennie une véritable « série noire » au sein de cette population, avec une hausse marquée des mortalités de nouveau-nés, mais aussi de femelles, et notamment de femelles mortes au moment de la mise bas. Selon les données préliminaires disponibles avant le début de 2021, on recensait 80 carcasses de bélugas retrouvées sur les rives du Saint-Laurent sur une période de cinq ans. Le bilan s’est depuis alourdi.

Globalement, cette population résidente de l’estuaire et du golfe du Saint-Laurent ne montre aucun signe derétablissement. Celle-ci avoisine aujourd’hui les 880 individus et décline en moyenne de 1 % par année, alors que l’on comptait plus de 10 000 bélugas au début du XXe siècle. Une récente étude à laquelle ont participé les scientifiques de Pêches et Océans Canada concluait également que la « condition physique » de ces cétacés se dégrade.

Craintes

Dans ce contexte, Robert Michaud dit redouter l’ajout d’une pression industrielle sur l’habitat essentiel et légalement protégé du béluga. « Le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent a été créé pour protéger l’habitat du béluga. Mais 80 % du parc marin compte une activité industrielle, avec l’autoroute de navires de la voie maritime du Saint-Laurent. Moins de 20 % sont davantage préservés et il y a un risque de transformer cette portion en secteur industrialisé, notamment avec le projet GNL Québec », déplore celui qui étudie les bélugas depuis plus de 35 ans.

Il souligne d’ailleurs que l’avis scientifique publié récemment par les experts fédéraux de Pêches et Océans Canada est très clair sur les risques que représente ce projet. « Quand on s’appuie sur la science, on arrive aux mêmesconclusions, à savoir que le projet représente un risque qui est non négligeable. Il y a une inquiétude qui est bien réelle, et dans ce contexte, on pense qu’on ne devrait pas l’autoriser. Et rien ne nous permet de croire qu’on pourrait atténuer les impacts pressentis. »

Pêches et Océans Canada « considère que l’augmentation de la pression anthropique que générerait le projet dans la portion importante de l’habitat du béluga que sont le fjord du Saguenay et son embouchure représente un risque accru pour l’espèce. En se basant sur la meilleure information actuellement disponible, le MPO ne peut exclure la possibilité que le projet Énergie Saguenay puisse entraîner des risques élevés d’effets négatifs sur la survie et le rétablissement du béluga du Saint-Laurent ». Plus de la moitié de la population de bélugas du Saint-Laurent fréquenterait ce secteur.

GNL Québec estime toutefois être en mesure de réduire le bruit associé au transport maritime en misant sur des navires « conçus spécifiquement pour le projet ». Par voie de communiqué, l’entreprise a accusé les scientifiques de Pêches et Océans Canada de vouloir décourager « l’innovation dans le secteur maritime ». Pour le moment, GNL Québec n’entend pas financer la construction des méthaniers, dont le coût est estimé par l’entreprise à 245 millions de dollars chacun. « Ces derniers seront contractualisés sur le long terme et dédiés à GNL Québec à travers un contrat d’affrètement qui devra respecter les conditions de navigation requises par GNL Québec », précise l’entreprise.

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