Benoit Charette a rencontré les dirigeants de GNL Québec après le rapport du BAPE

Parcs Canada, le ministère du Tourisme du Québec et la municipalité de Tadoussac s’inquiètent des conséquences de GNL Québec sur l’image de marque touristique du fjord du Saguenay.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir Parcs Canada, le ministère du Tourisme du Québec et la municipalité de Tadoussac s’inquiètent des conséquences de GNL Québec sur l’image de marque touristique du fjord du Saguenay.

Un mois après la publication du rapport du BAPE très critique du projet GNL Québec, le ministre de l’Environnement de la province, Benoit Charette, a rencontré les dirigeants de l’entreprise, a appris Le Devoir. Son cabinet précise que la rencontre avait pour but de discuter du « processus décisionnel » dans le dossier. Il refuse toutefois de publier les informations transmises récemment par le promoteur au  gouvernement en vue de la décision d’autoriser, ou non, le plus gros projet industriel privé de l’histoire du Québec.

Dans le cadre de demandes d’accès à l’information, Le Devoir a demandé la liste des rencontres tenues depuis le début de l’année entre le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoit Charette, et les représentants de GNL Québec. Nous avons aussi demandé une copie des notes d’information produites par le ministère depuis le début de 2020 dans le dossier du projet de liquéfaction et d’exportation de gaz naturel albertain. La même requête a été formulée auprès du ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Jonatan Julien.

Le ministère dirigé par M. Julien a refusé de transmettre au Devoir les documents demandés et n’a pas précisé, dans sa réponse, si le ministre avait rencontré les dirigeants de GNL Québec depuis le début de l’année. Son cabinet n’a pas donné suite à notre demande de précision à ce sujet. On sait toutefois que ce ministère fait partie des « institutions visées » par les 15 lobbyistes inscrits au registre québécois et liés au projet d’usine et de gazoduc.

Le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC) a aussi refusé de transmettre les notes d’information produites dans le dossier GNL Québec. La Loi d’accès à l’information indique que ces documents sont « inaccessibles », à moins que le cabinet du ministre juge « opportun » de les transmettre.

Le MELCC a toutefois précisé que le ministre Benoit Charette a eu « une seule rencontre » avec des dirigeants de GNL Québec cette année. Celle-ci a eu lieu le 22 avril, soit le Jour de la Terre, un mois après la publication du rapport du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) sur le projet. Outre le ministre, son directeur de cabinet, Hugo Delaney, et la directrice adjointe du cabinet, Emmanuelle Géhin, étaient présents.

Du côté des promoteurs de l’usine et du terminal maritime, on comptait le président de GNL Québec, Tony Le Verger, le « responsable des relations avec les communautés », Stéphan Tremblay, ainsi que le « directeur environnement » de l’entreprise, Sylvain Ménard. Une directrice de la firme Tact conseil, l’entreprise qui gère les relations publiques de GNL Québec, était aussi présente à la rencontre.

Quel était l’objectif de cette rencontre ? Celle-ci avait pour but de « répondre aux questions des participants au sujet du processus décisionnel menant à la recommandation du ministre ainsi qu’à recueillir leurs commentaires et toute autre information utile à la prise d’une décision qui tienne compte de l’ensemble des points de vue », précise le cabinet du ministre, par courriel. Même son de cloche du côté de GNL Québec. « La demande de la rencontre avec le ministre Benoit Charette avait pour objectif de mieux comprendre les prochaines étapes du processus d’évaluation environnemental », répond l’entreprise.

Réponses non publiques

Cette rencontre s’est tenue au moment où le promoteur était en train de préparer les réponses aux questions posées par le gouvernement, à la suite du rapport très critique du BAPE. Celles-ci étaient liées aux « trois conditions » fixées par les caquistes pour que le projet industriel puisse recevoir le feu vert du gouvernement Legault. Les promoteurs devaient ainsi démontrer « l’acceptabilité sociale » de GNL Québec, mais aussi son rôle dans le contexte de la « transition énergétique » et sa capacité à générer une « diminution » des émissions de gaz à effet de serre (GES) « à l’échelle mondiale ».

Le ministre Charette a d’ailleurs reçu les réponses aux questions, mais il refuse de les rendre publiques. « Les réponses obtenues par le ministère sont présentement en analyse. Tous les documents seront rendus publics lorsque le gouvernement aura rendu sa décision, au cours de l’été », indique son cabinet, en réponse à la demande du Devoir.

Le rapport du BAPE soulignait qu’en matière d’acceptabilité sociale, « la somme des risques afférents au projet dépasse celle de ses avantages ». Les commissaires ont aussi conclu que le projet entraînera un « ajout net » d’émissions de GES et ont rejeté l’idée que ce gaz naturel exploité par fracturation contribuerait à la transition énergétique.

La demande de la rencontre avec le ministre Benoit Charette avait pour objectif de mieux comprendre les prochaines étapes du processus d’évaluation environnementale 

 

Au cours de la semaine suivant sa rencontre avec les promoteurs du projet d’exportation de gaz naturel de l’Ouest canadien, M. Charette a aussi tenu une rencontre avec des « groupes opposés au projet » : Greenpeace, la Coalition Fjord, Nature Québec, Équiterre et la Coalition anti-pipeline Rouyn-Noranda.

« Nous avons demandé une rencontre après avoir constaté que le ministère avait envoyé de nouvelles questions à GNL Québec, mais refusait de les publier au registre des évaluations environnementales. Le but de la rencontre était d’exiger que le ministère respecte l’esprit de la loi et rende publics tous les documents relatifs à l’analyse environnementale du projet, y compris les questions
envoyées au promoteur et ses réponses », ont-ils précisé dans une déclaration transmise au Devoir. Les groupes dénoncent d’ailleurs « un grave manque de transparence » de la part du gouvernement dans ce dossier.

Plusieurs membres du gouvernement du Québec, dont le premier ministre François Legault, ont déjà plaidé en faveur de GNL Québec. Les promoteurs du projet (usine, terminal maritime et gazoduc) mènent aussi actuellement des démarches de lobbying afin d’obtenir les « permis requis » pour la construction et l’exploitation, mais aussi de la « puissance hydroélectrique » et un « soutien financier » du gouvernement. Investissement Québec a toutefois confirmé au Devoir que la Société d’État n’investira pas dans le projet.

Avec Dave Noël

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