Québec annonce deux projets d’aires protégées sur l’île d’Anticosti et au Lac-à-Moïse

Le projet pilote porte à plus de 90% le taux de protection de l'île d'Anticosti.
Photo: Pierre Lahoud Le projet pilote porte à plus de 90% le taux de protection de l'île d'Anticosti.

Il n’y aura plus d’exploitation minière ou de coupes forestières sur la quasi-totalité de l’île d’Anticosti et dans les forêts anciennes du secteur du Lac-à-Moïse, au nord de Québec, des zones qui seront également protégées contre toute activité industrielle.

Ces deux secteurs serviront ainsi de projets pilotes pour la nouvelle désignation d’« aires protégées d’utilisation durable » créée par le projet de loi, 46 qui a été adopté à l’unanimité par l’Assemblée nationale en février dernier.

Le ministre de l’Environnement, Benoit Charrette, a rappelé lors de l’annonce de ces projets pilotes, mardi, que seulement 30 % des 8000 km2 d’Anticosti sont protégés. Le projet pilote ajoute 5000 km2, ce qui porte à plus de 90 % le taux de protection de ce territoire, qui cherche à obtenir le statut de patrimoine mondial de l’UNESCO.

Le maire d’Anticosti, John Pinault, a parlé d’un « grand jour » et s’est réjoui de la nature du statut, qui permet d’agir sur le territoire. La désignation d’aire protégée d’utilisation durable interdit l’activité industrielle, mais permet une certaine utilisation, notamment à des fins récréotouristiques.

« On peut faire du développement et on peut le faire d’une façon rationnelle et durable dans le temps. On peut faire une foresterie de restauration qui va aider les pourvoyeurs ici et aider à retrouver une plus grande biodiversité », a dit M. Pinault.

« Dès la mise en réserve, les principales activités de nature industrielle seront interdites sur les sites choisis, notamment les activités commerciales d’aménagement forestier, d’exploitation minière et de production d’énergie », a précisé M. Charette.

Territoire huron ancestral

L’annonce avait lieu dans la communauté huronne de Wendake, près de Québec, afin de souligner la participation de la communauté autochtone à l’autre projet pilote, celui dans le secteur du Lac-à-Moïse. Dans ce cas, il s’agit d’un territoire de 750 km2 au nord de la Vieille Capitale, dont près de la moitié sera considérée comme aire protégée sans exploitation possible. Il est constitué de forêts anciennes et de forêts vierges qui seront mises à l’abri de l’exploitation forestière pour de bon.

Le grand chef de la nation huronne-wendate, Rémy Vincent, s’est réjoui de cette initiative, faisant valoir qu’il s’agissait là d’une occasion unique de se réapproprier un territoire.

« Ce territoire est fréquenté par la nation depuis des millénaires. De nombreuses preuves d’occupation y ont été découvertes, dont de magnifiques peintures rupestres. Le statut d’aire protégée à utilisation durable permettra de conserver un patrimoine culturel, historique et identitaire particulièrement cher à notre nation », a dit le grand chef Vincent.

Le ministre Charrette a insisté sur le fait que ces deux territoires sont situés au sud du 49e parallèle alors qu’un bras de fer se déroule entre son ministère et celui des Forêts, qui cherche à préserver la possibilité forestière pour l’industrie dans le sud du Québec. Le quotidien La Presse a récemment fait état des échanges musclés entre les deux ministères, celui des Forêts faisant ainsi obstruction à la protection de territoires dans le sud du Québec.

Le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Jonatan Julien, et le ministre responsable des Affaires autochtones, Ian Lafrenière, participaient à l’annonce, tandis que le ministre des Forêts, Pierre Dufour, brillait par son absence. M. Charrette s’est défendu de rencontrer de l’opposition de ce dernier dans sa démarche pour protéger le patrimoine naturel au sud du 49e parallèle et a justifié son absence par « des raisons sanitaires ».

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