Les municipalités passent au vert

Pascaline David
Collaboration spéciale
À Candiac, une navette électrique autonome connectée à des feux de signalisation intelligents circule sur un parcours de deux kilomètres depuis 2018. 
Photo: Keolis À Candiac, une navette électrique autonome connectée à des feux de signalisation intelligents circule sur un parcours de deux kilomètres depuis 2018. 

Ce texte fait partie du cahier spécial Municipalités

Pendant que l’UMQ travaille à l’élaboration d’une plateforme municipale pour le climat, certaines villes du Québec développent déjà d’ambitieux projets pour s’adapter et réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES). Parmi elles, Candiac, L’Assomption et Chelsea se positionnent depuis plusieurs années comme des leaders de la lutte contre les changements climatiques.

« Je pense que les gouvernements municipaux sont les mieux positionnés pour apporter des changements dans le quotidien, qui auront un impact immédiat sur la vie des citoyens et l’environnement », lance le maire de L’Assomption, Sébastien Nadeau. La politique environnementale de L’Assomption implique dix actions à accomplir en tout temps. Dès que l’une est réalisée, une commission de l’environnement en suggère aussitôt une nouvelle.

La municipalité est actuellement en train de révolutionner son économie grâce à Zone Agtech. Ce projet unique au monde est une zone d’affaires entièrement destinée aux entreprises en nouvelles technologies de culture intérieure, d’agriculture aux champs et de bioproduits végétaux. « Le territoire de L’Assomption est composé à 80 % de terrains cultivés et nous voulons aider les agriculteurs à affronter les changements climatiques », indique le maire.

Ce projet pharaonique permettra la création de 2000 emplois et sera notamment un lieu de recherche de solutions de robotisation, de réduction de la consommation d’eau et d’élimination des pesticides et herbicides. « Cela permettra de développer une agriculture en environnement contrôlé, 12 mois par année, pour semer ce qui a été commandé par les restaurants, ajoute Sébastien Nadeau. Le but est d’être moins dépendant des périodes de canicule et des gels, de favoriser une économie circulaire et la souveraineté alimentaire avec la production sur demande. »

L’Assomption a aussi récemment banni les sacs de plastique à usage unique. D’ici 2023, elle implantera son programme Étoile verte pour récompenser et promouvoir les gestes écoresponsables des commerces, industries et organismes reconnus.

Candiac, un modèle d’innovation

Une des premières actions réalisées dans la ville de Candiac a été de planter un arbre sur chacun des terrains dès sa construction en 1957. On retrouve 17 000 arbres sur le territoire, ce qui crée d’emblée un îlot de fraîcheur.

Mais Candiac ne s’est pas arrêtée là. Membre des 82 municipalités qui font partie de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), elle a été nommée projet pilote dans le cadre du plan métropolitain d’aménagement et de développement (PMAD)en 2012. « On ne peut plus construire les villes comme avant, il faut désormais faire de la densité et maximiser l’utilisation du sol », indique le maire, Normand Dyotte.

Candiac a donc entamé deux projets immobiliers phares selon des principes de développement durable, dont la captation des eaux de pluie, l’installation de toits verts ou blancs, la création de places publiques ou encore le verdissement.

Le premier, situé autour de la gare, est un Transit Oriented Development (TOD), c’est-à-dire qu’il favorise l’usage des transports collectifs. Le second, dénommé Square Candiac, est un Pedestrian Oriented Development (POD), un espace industriel reconverti en espace résidentiel axé sur le transport actif, où les citoyens peuvent notamment se déplacer à pied plus facilement sur des trottoirs élargis.

On ne peut plus construire les villes comme avant, il faut désormais faire de la densité et maximiser l’utilisation du sol

 

Le maire de Candiac se dit fier d’avoir mis en place, avec son équipe, une nouvelle division responsable de la transition écologique et de l’innovation en janvier dernier. « Le but est de s’assurer d’avoir une structure administrative compétente et les ressources nécessaires pour mettre en place tous nos plans d’action contre les changements climatiques », dit-il.

Parmi ses bons coups, la municipalité a été la première au Québec, en 2016, à adopter un guide d’aménagement pour les quartiers viables. Cela signifie que les promoteurs sont désormais obligés, selon la réglementation urbaine, de respecter les objectifs de développement durable. Candiac a aussi été la première ville au Canada à lancer une navette électrique et autonome, sans conducteur donc, sur la voie publique.

En 2018, un plan stratégique s’étalant jusqu’en 2033 a été adopté en s’inspirant des 17 objectifs des Nations unies. Candiac est également signataire de la Déclaration d’urgence climatique, qui reconnaît l’importance de passer à l’action climatique.

Le transport collectif à Chelsea

Le village de Chelsea, situé dans la région de l’Outaouais, subit de plein fouet les contrecoups des changements climatiques. « La présence d’argile dans nos sols et des épisodes de pluies importantes ont entraîné beaucoup de problèmes, comme des glissements de terrain », raconte la mairesse, Caryl Green. L’érosion, les périodes de gel plus fréquentes et le ruissellement des eaux sont autant de facteurs qui ont abîmé les infrastructures. La réparation nécessaire d’un barrage a même coûté 1 million de dollars.

Un plan d’adaptation aux changements climatiques 2021-2026 sera adopté au moins de juin et comportera 39 actions. Parmi elles, Caryl Green mentionne une politique des arbres qui consiste à organiser des activités de plantation sur des terrains municipaux en favorisant les arbres natifs de la région.

Pour réduire ses GES, la municipalité mise entre autres sur le transport collectif avec son projet Transcollines implanté depuis 2015. « C’est un système d’autobus qui fait le lien entre quatre municipalités, explique Mme Green. Les gens peuvent aller au travail, à l’école et revenir facilement, c’est un grand succès. »

Les règlements d’urbanisme de Chelsea recommandent aussi de créer une piste cyclable sur chaque route, lorsque cela est possible. Un projet pilote de piste multifonctionnelle accessible toute l’année, même en hiver, a été réalisé. Mme Green note aussi la mise en place d’un projet d’autopartage avec l’installation de bornes électriques pour les voitures et les vélos.

Tous comme ceux de Candiac et de L’Assomption, les habitants de Chelsea sont mobilisés pour l’environnement. Un groupe de citoyens a d’ailleurs récolté 885 000 $ de sa propre initiative pour acheter 23 hectares de forêt, afin d’en faire une aire de conservation protégée. 

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