Le livre de Louis Robert crée des remous à l’Assemblée nationale

L'agronome et lanceur d'alerte Louis Robert
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir L'agronome et lanceur d'alerte Louis Robert

Quand l’agronome le plus connu du Québec lance à nouveau une alerte, il ne laisse personne indifférent. Accusation de « gouvernement sous influence », appel à la tenue d’une enquête, questions sur la séparation des rôles de l’agronome : les réactions n’ont pas tardé mercredi, jour de publication du livre de Louis Robert, Pour le bien de la terre.

« On n’a pas encore appuyé sur les bons leviers pour faire changer les choses », a dit le lanceur d’alerte en entrevue au Devoir à propos de son livre. Il y revient entre autres sur les pressions subies à l’intérieur du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ). Il y accuse les « vendeurs de pesticides » et aussi d’engrais d’être encore aux commandes de certaines décisions qui ne vont pas dans le sens de l’intérêt public, tant des citoyens que des producteurs agricoles.

« Les questions de fond soulevées par Louis Robert depuis quelques années se retrouvent au cœur de notre action gouvernementale », a déclaré par courriel le cabinet du ministre de l’Agriculture, André Lamontagne. Un « changement de culture » est en cours dans « l’ensemble des pratiques agricoles au Québec » ainsi qu’au ministère, assure M. Lamontagne.

Le Parti libéral a quant à lui demandé au gouvernement Legault de déclencher une enquête sur l’Ordre des agronomes du Québec (OAQ). « Les ordres professionnels sont des chiens de garde qui ont comme mission de protéger le public. Or, les révélations de ce matin soulèvent beaucoup de questions sur les liens entre l’Ordre des agronomes et l’industrie des pesticides », a déclaré Kathleen Weil, porte-parole de l’opposition officielle en matière d’ordres professionnels.

Recours à une tutelle

Dans son livre, M. Robert revient en effet sur les conflits d’intérêts potentiels des agronomes : au Québec, un même agronome peut prescrire des intrants, engrais ou pesticides, à un producteur tout en étant payé par les entreprises mêmes qui les produisent. Le lanceur d’alerte ne peut comprendre que l’OAQ refuse de séparer ces rôles : « Notre ordre professionnel est paralysé par ce dilemme qui l’empêche d’assumer sa mission de défense de l’intérêt public. »

« Peut-être la seule issue réside-t-elle maintenant dans la mise sous tutelle de l’OAQ », écrit-il au bout de 130 pages.

L’Union des producteurs agricoles (UPA) a d’ailleurs appuyé cette demande dans un communiqué mercredi en revendiquant une « offre de services-conseils non liés à l’industrie ».

L’UPA s’est aussi dite « consciente de l’influence et du rôle de l’industrie des pesticides et des fertilisants, tels que décrits par l’agronome Louis Robert ». C’est « le désengagement de l’État dans l’accompagnement des producteurs en matière environnementale » qui a favorisé cette « influence accrue », a déclaré Marcel Groleau, président général de l’UPA.

« Force est de constater que le gouvernement, c’est un gouvernement sous influence et que le ministère de l’Agriculture est encore noyauté par l’industrie des pesticides », a déclaré en point de presse Sylvain Roy, porte-parole du Parti québécois en matière d’agriculture.

Québec solidaire a déposé une motion à l’Assemblée nationale afin de reconnaître le « rôle fondamental » des lanceurs d’alerte comme Louis Robert et de le remercier pour « sa contribution positive au débat sur l’avenir de l’agriculture ».

 

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