Trois projets inspirants autour de l'hydrogène

Simon Diotte
Collaboration spéciale, Unpointcinq.ca

Ce texte fait partie du cahier spécial Action climatique

1. Commercialiser une technologie de stockage

Responsable du dossier hydrogène à Hydro-Québec, Mathieu Johnson est formel : si on veut propulser l’hydrogène à un autre niveau, il faut travailler en équipe. La société d’État est passée de la parole aux actes en nouant un partenariat avec l’Université du pays de Galles du Sud, une annonce faite en mars dernier.

Selon cette entente, l’université du Royaume-Uni transférera sa technologie novatrice de stockage de l’hydrogène à Hydro-Québec. En contrepartie, le Centre d’excellence en électrification des transports et en stockage d’énergie (CEETSE) de la société d’État travaillera au cours des deux prochaines années à améliorer cette technologie jusqu’à la phase de commercialisation.

Cette nouvelle façon d’emmagasiner l’hydrogène présente de nombreux avantages, comme l’accroissement de la capacité de stockage, la réduction du poids pour une même quantité, l’amélioration de la sécurité en raison d’une pression moindre, la réduction des coûts de fabrication et la simplification de l’étape de liquéfaction, ce qui conduit à des économies sur le transport à grande échelle.

2. Verdir le bleu

Énergir présente de grandes ambitions climatiques. D’ici 2030, le distributeur gazier, qui dessert plus de 200 000 clients au Québec et 50 000 au Vermont, veut réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 37,5 % par rapport à 1990. Pour y parvenir, il planche sur des projets de production de gaz naturel renouvelable et se penche, depuis peu, sur l’hydrogène.

Énergir a deux options. La première : produire du méthane renouvelable en combinant de l’hydrogène avec du CO2 récupéré chez des clients industriels. « Cette solution présente peu de défis techniques. Dans une boucle en circuit fermé, on peut récupérer le CO2 du méthane consommé afin de le réutiliser », explique Vincent Regnault, directeur approvisionnements gaziers et développement gaz renouvelable chez Énergir.

L’autre option, c’est d’injecter directement de l’hydrogène dans les gazoducs, jusqu’à une proportion de 20 %. C’est ce qu’on appelle la technologie « power to gas », une façon de valoriser les excédents d’électricité. « Cette méthode représente cependant des défis techniques. L’hydrogène est une molécule très petite qui peut fragiliser les conduites d’acier », signale Vincent Regnault.

Pour y voir plus clair, l’ancien Gaz Metro travaille sur deux projets-pilotes d’injection d’hydrogène, dont l’un dans un circuit en boucle fermé implanté dans son quartier de l’énergie, à Boucherville. « Nous allons apprendre comment ce gaz se comporte et comment les équipements vont réagir », indique Vincent Regnault.

3. Faire coup double avec l’hydrogène

Fondée en 2019 à Gatineau, Planetary Hydrogen veut accélérer le processus naturel de séquestration du carbone par les océans tout en produisant de l’hydrogène vert. Comment ? Tout simplement en ajoutant un sel minéral dans le processus de l’électrolyse, qui dissocie l’hydrogène et l’oxygène dans la molécule d’eau. Il en résulte une solution de bicarbonate de soude (oui, comme la « petite vache »). En additionnant cette solution à l’eau, on permet aux océans de capturer davantage de CO2, sans augmenter leur acidité.

Cette jeune pousse compte déjà sur un client d’importance, le géant canadien du commerce en ligne Shopify, qui s’engage à acheter le retrait de CO2 que produira le projet-pilote de Planetary Hydrogen, en développement en Nouvelle-Écosse.

Si beaucoup d’étapes restent à franchir avant l’exploitation à grande échelle de cette technologie, le p.-d.g. de la jeune pousse, Mike Kelland, a bon espoir d’être capable de retirer une gigatonne de CO2 par année à partir de 2035.

Concrètement, cela équivaudrait à presque 13 fois les émissions totales de gaz à effet de serre annuelles du Québec ! Le financement des opérations se fera à la fois par la vente d’hydrogène vert et par les crédits carbone.



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