Lac-Mégantic se reconstruit grâce aux énergies renouvelables

Leïla Jolin-Dahel
Collaboration spéciale, Unpointcinq.ca
Le microréseau comprend plus de 2000 panneaux solaires, dont les trois quarts ont été installés sur le toit du centre sportif.
Photo: Hydro-Québec Le microréseau comprend plus de 2000 panneaux solaires, dont les trois quarts ont été installés sur le toit du centre sportif.

Ce texte fait partie du cahier spécial Action climatique

Après avoir été ravagée par une tragédie ferroviaire, Lac-Mégantic renaît de ses cendres en misant sur les énergies renouvelables. Le premier microréseau électrique de la province, entièrement alimenté par des panneaux solaires, y est en cours de déploiement au centre-ville.

L'âme de Lac-Mégantic a été transformée le 6 juillet 2013. Cette nuit-là, un traina déraillé, tuant 47 personnes et déversant environ six millions de litres de produits pétroliers dans la nature, selon le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques. Aujourd’hui, la ville veut devenir un chef de file de la transition énergétique au Québec, notamment grâce à un microréseau comprenant plus de 2000 panneaux solaires, implanté avec l’aide d’Hydro-Québec.

« Au-delà de la tragédie, du centre-ville meurtri et de la communauté qui pleurait ses disparus, une relance économique était nécessaire », souligne Fabienne Joly, responsable du développement en transition énergétique à la Ville de Lac-Mégantic. Elle ajoute que cette transition énergétique est née du souhait exprimé par les Méganticois de reconstruire le cœur de la municipalité en trouvant de nouveaux créneaux de développement.

La volonté de se tourner vers les énergies durables a d’ailleurs mené à la création de la Commission de l’innovation et de la transition écologique (CITÉ), composée d’employés municipaux et de citoyens, comme Claude Grenier, chez qui la tragédie de 2013 a entraîné de la méfiance envers les énergies fossiles et fait naître la volonté de se tourner vers des solutions de remplacement.

« C’est sûr que ça fait réfléchir. On entend des gens qui sont beaucoup plus sensibles à tout ce qui est lié à l’environnement après ce qu’on a vécu », explique celui qui a été touché de plein fouet par la catastrophe. Les locaux de son entreprise de graphisme et de photographie, Numéra, ont en effet été complètement reconstruits après le drame.

Des essais imminents

L’installation du microréseau s’est terminée en décembre 2020. Après une trêve hivernale, Hydro-Québec a repris sa mise en service le 9 mars dernier. Et si tout va bien, les premiers essais avec les clients situés dans le périmètre se feront d’ici le début du mois de mai, prévoit Patrick Martineau, ingénieur de projet pour la société d’État.

Le site comprend 2200 panneaux solaires totalisant près de 880 kW et 700 kWh de piles destinées au stockage journalier d’énergie, qui permettraient d’alimenter une maison près de 25 jours en été. « C’est un peu comme si on avait un producteur indépendant raccordé au réseau [principal] », explique-t-il.

La plupart des équipements sont aménagés sur les toits des bâtiments du centre sportif, de l’édifice Concerto, de l’immeuble de la MRC et du centre de Service Canada. Selon M. Martineau, l’un des objectifs était aussi d’intégrer le plus possible le microréseau à l’architecture, afin que les installations ne soient pas « visuellement dérangeantes ». Des bornes de recharge pour les véhicules électriques seront également installées sur le site.

Par ailleurs, Hydro-Québec se servira de l’expertise développée à Lac-Mégantic pour plus tard décarboner ses 22 réseaux autonomes. Ceux-ci sont notamment situés au Nunavik, aux Îles-de-la-Madeleine et sur la Côte-Nord et sont pour la plupart alimentés au diesel. « Il y a beaucoup de microréseaux qui incluent des énergies fossiles, des génératrices, des turbines à gaz. À Lac-Mégantic, on voulait vraiment avoir seulement des énergies renouvelables », indique Patrick Martineau.

Un outil de développement

Le nouveau microréseau se veut une « vitrine technologique » pour le virage énergétique de la municipalité, selon le directeur général de la Société d’aide au développement de la collectivité (SADC) de la région de Mégantic, Marc Cantin. « Ça nous permet justement de mettre Lac-Mégantic en lumière pour autre chose que la tragédie », ajoute-t-il, espérant attirer dans la région des entreprises soucieuses de l’environnement.

Le fait d’avoir été victimes de la croissance des énergies fossiles et de se tourner vers autre chose, c’est une bonne façon de se positionner pour l’avenir de Lac-Mégantic

 

S’il reconnaît que l’installation comporte plusieurs aspects « très techniques » liés au fonctionnement du réseau, le directeur général souhaite que l’initiative contribue également à sensibiliser les citoyens. « Il faut s’en servir comme vitrine, mais aussi pour que la population adhère à cette vision de la transition énergétique et y participe, que les gens comprennent bien les innovations qu’il y a derrière tout ça », souligne-t-il.

Un circuit d’interprétation est d’ailleurs en développement, dans le but d’attirer les touristes et de vulgariser le fonctionnement du microréseau. Il consistera notamment en une borne interactive et en des panneaux explicatifs, indique Fabienne Joly, qui précise que ce parcours aura entre autres pour utilité d’« expliquer ce qu’on ne voit pas ».

De multiples défis

Les installations serviront à fournir de l’électricité dans le périmètre du micro-réseau, au centre-ville, en parallèle avec le réseau d’Hydro-Québec. « L’intention à Lac-Mégantic n’est pas de rendre le centre-ville autonome, précise toutefois Patrick Martineau. Mais on voulait en être capables pour des périodes de plus de six heures, qu’on estime à environ 65 % des journées l’été. »

La production solaire diminue néanmoins en fin d’année, notamment en raison des heures d’ensoleillement moindres et des accumulations de neige sur les panneaux. Durant l’hiver, les installations serviront surtout durant les périodes de pointe, quand les clients utilisent plus d’énergie. Ainsi, les édifices reliés au microréseau disposeront d’outils pour gérer la consommation d’électricité. Et en cas de panne du réseau principal, le microréseau permettra également de maintenir une partie du service.

Pour plusieurs Méganticois, le microréseau génère un sentiment favorable. « C’est du savoir-faire qui va être utilisé un peu partout. Ce projet-là va faire des petits. C’est sûr que c’est une fierté pour nous de voir ça et de servir de laboratoire », affirme Claude Grenier.

Marc Cantin, de la SADC Région de Mégantic, abonde en ce sens. « Le fait d’avoir été victimes de la croissance des énergies fossiles et de se tourner vers autre chose, c’est une bonne façon de se positionner pour l’avenir de Lac-Mégantic. »



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